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Structure des joues

 La joue, comme les lèvres qui en dépendent, est formée d'une charpente musculaire doublée par la peau en dehors, par la muqueuse en dedans. Entre la couverture cutanée et le muscle existe en arrière une masse graisseuse; entre ce dernier et la muqueuse est intercalée une couche glanduleuse. Tous ces tissus sont mous et dilatables ; la joue est très extensible chez certains animaux, et chez d'autres (singes de l'ancien confinent, quelques rongeurs, etc.) elle se dilate en poches distinctes ou abajoues qui servent de garde-manger.

La charpente musculaire est formée par un seul muscle, le buccinateur, qui s’étend du ligament ptérygo-maxillaire jusqu'à la commissure labiale dans le sens sagittal, entre les deux mâchoires verticalement. Aplati de dehors en dedans, le buccinateur se continue en arrière avec le constricteur supérieur du pharynx, en avant avec la musculature des lèvres. Il est recouvert par l’aponévrose buccinatrice (Voy. Myologie).

La peau fine très vasculaire, pouvant, se colorer ou pâlir avec une grande rapidité dans certains cas (émotions), est recouverte de poils de la barbe en grande partie ou même en totalité 'chez l'homme adulte, Elle est remarquable aussi par la présence d'une grande quantité de glandes sébacées et sudoripares, Entièrement adhérente au muscle sous-jacent, en avant, elle en est séparée en arrière par une masse adipeuse.

La couche adipeuse, interposée entre la peau et te muscle buccinateur, est traversée par les muscles de la face qui se rendent, aux commissures labiales. Ces derniers sont pour ainsi dire noyés dans le tissu graisseux et la dissection en est rendue difficile. Plus ou moins abondante dans les deux tiers antérieurs de la joue, suivant l’âge et le degré d'embonpoint, cette couche est très épaisse dans te tiers postérieur. Là, le buccinateur se dirige profondément vers le ligament ptérygo-maxillaire, en passant en dedans de la branche verticale du maxillaire inférieur, tandis que la peau passe en dehors de celle-ci pour se continuer avec cette qui recouvre le muscle masséter. De cette divergence des deux couches en arrière résulte un espace triangulaire, limité sur une coupe horizontale de la joue en dehors par lit face profonde de la peau, en dedans par la face externe du muscle buccinateur; le sommet tourné en avant répond au point d’accolement de ces deux couches, et la base à l'espace qui sépare le bord antérieur du masséter en dehors du muscle buccinateur en dedans (Fig.43). Cet espace est comblé par un amas graisseux : la boule graisseuse de la joue ou de Bichat. Entre cette boule graisseuse et le reste du tissu adipeux de la joue, il y a des différences tranchées. Aussi faut-il les décrire séparément. Le tissu adipeux de la joue, très abondant, chez l'enfant et chez l'adulte doué d'embonpoint, peut disparaitre presque totalement chez les gens amaigris par la maladie ou la vieillesse. Bien développé, il est cloisonné dans tous tes sens par des tractus ou cloisons cellulaires lâches, unies à la face profonde de la peau d'une part, à la face externe du muscle d'autre part ; par la dissection on peut énucléer les pelotons graisseux contenus dans les mailles du tissu cellulaire. Chez les personnes amaigries, la graisse disparait, les cloisons cellulaires restent, et dans certains cas pathologiques elles peuvent renfermer une grande quantité de liquide.

La boule graisseuse de Bichât occupe la partie postérieure de la joue, entre le masséter, le buccinateur et le grand zygomatique. Son plein développement correspond à la première enfance, c’est-à-dire depuis la naissance jusqu'à l’âge de 3 ou 4 ans. A cette époque, elle présente la forme d’une sphère un peu aplatie, souvent excavée en gouttière sur sa face postérieure qui embrasse le bord saillant du masséter ; elle est, jaunâtre, quelquefois plus grosse d’un côté que de l'autre, unie ou lobée. Son contour arrondi, bien limité permet de l’énucléer facilement et la fait ressembler à un ganglion. Elle est superficielle, saillante sous la peau sur les sujets amaigris ; elle est située en avant du muscle masséter et ne présente pas de prolongement en arrière. Le canal de Sténon la coupe transversalement par le milieu et suit une rainure plus ou moins profonde qui la sépare en deux lobes. Les Injections de Ranke la montrent très vasculaire.

Chez l'adulte, –et cette nouvelle forme, régressive, se manifeste dès la 5ème année, ce n'est plus qu'une masse ovoïde ou aplatie, du volume d'une grosse amande, retirée vers le pharynx, dans le sillon qui sépare les dernières molaires de la branche montante du maxillaire. Tantôt elle déborde le masséter au repos et tantôt seulement dans la mastication. En  revanche-, elle présente deux prolongements postérieurs, l'un, temporal, qui l’embrasse le tendon de ce muscle ; l'autre, zygomatique qui s'interpose entre les muscles styliens et le constricteur supérieur.

La boule de Bichat est enveloppée d'une capsule fibreuse qui est un dédoublement de l'aponévrose buccinatrice et qui l’a fait adhérer à la surface externe du buccinateur. La laxité de cette capsule, qui permet des mouvements faciles, la fait considérer par Verneuil (Soc. anat., 1857) comme une bourse séreuse, qu'il compare à la vaginale du testicule et qu'il appelle bourse géniale ou bourse séreuse de la face. Elle communique souvent en arrière av.ec ta bourse coronoïdienne et peut être le point de départ de kystes. Placée dans un carrefour musculaire, se déplaçant dans tous les mouvements de mastication, de déglutition, de phonation, la boule n'est pas seulement un organe de remplissage, c'est surtout un organe de glissement, un coussinet élastique équivalent d'une bourse séreuse comme sont, les graisses péri-articulaires. Son grand développement chez le petit enfant tient vraisemblablement, comme l’a dit Ranke, à l'acte de la succion, de même que ses prolongements postérieurs se lient à l'évolution de la mastication.

La boule de Bichat apparait au 60ème jour fœtal, et devient adipeuse au troisième mois. Elle est constante: les maladies chroniques de l'enfance la diminuent plus ou moins, mais sans la faire disparaitre comme la graisse sous-cutanée, au moins dans la grande majorité des cas. Elle existe chez le porc et le rat et fait défaut chez le chat, le chien, le tapin (Robin). Elle a été complètement étudiée par Ch. Robin et Gimbert (De la boule graisseuse de Bichat. Gazette médic. de Paris, 1864.). Voyez aussi la thèse inaugurale de Gehewe (Dorpat, 1864), et un travail avec planches par Ranke (Virchow’s Archiv., 1884).

La muqueuse de la joue double la face interne du muscle buccinateur, auquel elle adhère très intimement. Entre la muqueuse et le buccinateur, il n'y a ni tissu cellulaire lâche, ni graisse ; des fibres; du buccinateur se dirigent vers la face profonde de la muqueuse et s'y terminent (Merkel). Lisse et unie, la muqueuse de la joue présente une structure identique à celle des lèvres et d'une façon générale à celle de toute la muqueuse vestibulaire et buccale : l’épithélium pavimenteux stratifié forme une couche épaisse, surtout dans les espaces inter-papillaires ; le derme, constitué par un réseau de faisceaux de tissu conjonctif entrecroisés, est très riche en fibres élastiques; au contact de la couche épithéliale, et se condense et forme la couche limitante, homogène et transparente les papilles, très nombreuses, hautes de 3 à 8 mm, sont abondantes surtout au niveau de la muqueuse des gencives. La sous-muqueuse, à tissu conjonctif serré, adhère entièrement au muscle sous-jacent dans tes gencives, elle devient une masse fibreuse ferme (Frey).

Les glandes des joues ne forment pas comme les glandes labiales une couche continue sous-muqueuse. Certains auteurs décrivent sous le nom de glandes buccales de rares et petites glandes situées entre le buccinateur et la muqueuse, dont le conduit excréteur s'ouvre isolément à la surface de cette dernière. J'ai souvent trouve, près des extrémités des lèvres, des glandes labiales adhérentes se prolongeant plus ou moins dans les joues. Au point où le canal de Sténon s'engage à travers le buccinateur, on observe autour lui, et l’accompagnant jusqu'à son embouchure dans la muqueuse de la joue, un groupe glandulaire dont les acini occupent les interstices du muscle, ou même sont situés en dehors de ce dernier dans l'aponévrose buccinatrice (Sappey). Les canaux excréteurs traversent le buccinateur et s'ouvrent isolément sur la muqueuse de la joue aux environs et autour de l'orifice du conduit de Sténon, en face de la deuxième grosse molaire ce sont les glandes molaires. Toutes les glandes de la muqueuse du vestibule, sous-muqueuses ou intramusculaires, sauf les quelques glandes sébacées du bord libre des lèvres, sont des glandes en grappe, et leur produit de sécrétion contribue à la formation des principes de la salive, d'où le nom de petites glandes salivaires buccales. Au point de vue de leur structure, ce sont des glandes mixtes comme les glandes labiales et palatines.

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