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La bouche est la cavité initiale du tube digestif ; elle est située dans la face, entre les fosses nasales en haut et le cou en bas. Une voûte osseuse, la voûte palatine, constituée par la réunion des apophyses palatines des maxillaires supérieurs et des lames horizontales des os palatins, la sépare des fosses nasale ; un plancher musculaire, formé par le muscle mylo-hyoïdien, véritable diaphragme céphalo-cervical, tendu entre les deux moitiés du maxillaire inférieur d'une part, entre celui-ci et l’os hyoïde d'autre part, la sépare du cou.

 

Latéralement et en avant, la bouche est limitée par la face interne des arcades alvéolo-dentaires des deux mâchoires et, quand celles-ci s'écartent, par un repli musculo-cutané qui passe d'une mâchoire sur l'autre : les joues. Elle présente une large fente en avant la fente ou orifice buccal limité par deux bourrelets ou replis : les lèvres.

En arrière la cavité buccale communique largement avec la cavité pharyngienne, à l’aide d'un orifice circonscrit par le voile du palais et ses piliers antérieurs et par la base de la langue : l'isthme du gosier ou isthme bucco-pharyngé.

Ainsi limitée, la bouche présente deux portions l'une inscrite dans les arcades alvéolo-dentaires des mâchoires c'est la cavité buccale proprement dite ; l'autre située entre ces arcades d'une part, les joues et les lèvres d'autre part c'est le vestibule de la bouche. La première, beaucoup plus vaste, existe seule chez les vertèbres inférieurs la seconde, simple espace en fer à cheval, apparait chez les mammifères elle est le résultat d'un perfectionnement dû à la formation des replis musculo-cutanés qui passent d'une mâchoire sur l'autre.

Les deux cavités communiquent largement quand les mâchoires s'écartent l'une de l'autre; quand les mâchoires se rapprochent et (me les arcades dentaires arrivent au contact, cette communication diminue. La cavité vestibulaire communique avec l'extérieur par l'intermédiaire d'un orifice : orifice vestibulaire ou fente buccale.


 

Vestibule de la bouche

Le vestibule de la bouche est une cavité en forme de fer à cheval à concavité postérieure, qui embrasse la convexité des arcades alvéolo-dentaires. Aplatie dans le sens sagittal a sa partie antérieure, dans le sens frontal sur les côtes. La cavité vestibulaire, virtuelle à l'état de repos, est susceptible d'acquérir des dimensions assez grandes par l'écartement de sa paroi externe. Le vestibule présente, deux parois une interne, dure, osseuse; l'autre externe, moite et contractile; la première est formée par la portion alvéolo-dentaire des deux mâchoires, la seconde par les joues et les lèvres. Au point, ou les deux parois se rencontrent, la muqueuse du vestibule se réfléchit de l'une sur l'autre et forme le fond des sillons ou gouttières vestibulaires, que l'on distingue en supérieure et inférieure. Près de la ligne médiane, la hauteur totale du vestibule, moindre d'ailleurs qu'au niveau des canines, est de 45 mm, dont 20 pour la gouttière Inférieure et 25 pour la supérieure, en mesurant du bord libre des dents au fond du sillon (Magitot).


 

Cavité du vestibule

Chaque sillon ou gouttière vestibulaire (sillon alvéolo-buccal de Luschka) présente sur la ligne médiane, en avant, un repli muqueux saillant, le frein des lèvres. De chaque côté du frein, la gouttière profonde à ce niveau, diminue progressivement de hauteur vers son extrémité postérieure; cette diminution est plus accentuée pour la gouttière inférieure. Le fond du sillon se trouverait à l'état de repos à mi-hauteur des racines dentaires d'après Merkel ; il dépasserait en liant et en bas le sommet des alvéoles de sorte que les racines des dents et une partie du plancher du sinus maxillaire répondraient au vestibule buccal d'après Zuckerkandl. Nos recherches nous ont prouvé que le fond du sillon supérieur reste au-dessous du plancher du sinus maxillaire. En Incisant la voûte muqueuse de la gouttière supérieure on peut se créer une voie commode pour ouvrir la paroi antérieure du sinus maxillaire, ou pour atteindre, le nerf sous-orbitaire et ses branches à leur sortie du trou sous-orbitaire ; en incisant du plancher muqueux de la gouttière inférieure on atteint facilement le nerf mentonnier, à sa sortie du trou mentonnier et l’artère faciale.

Le fond de la cavité vestibulaire présente des dispositions variables suivant qu'on l'étudie les mâchoires simplement rapprochées, fortement serrées, ou au contraire largement écartées.

En poussant le doigt au fond de la cavité vestibulaire, les mâchoires étant simplement rapprochées, on constate une saillie verticale dure et légèrement ; tranchante commençant au niveau delà dernière molaire supérieure c'est le bord antérieur de l'apophyse coronoïde du maxillaire inférieur. En dehors de cette saillie, la paroi vestibulaire est dépressible; en dedans une fente sépare la saillie coronoïdienne de l'arcade alvéolo-dentaire supérieure. Au fond de cette fente, on trouve la saillie du bord antérieur du muscle ptérygoïdien interne tapisse par la muqueuse vestibulaire. Si l'on serre fortement les mâchoires, on sent le bord antérieur et une partie de la face interne du muscle masséter qui viennent faire saillie dans la cavité vestibulaire, en dehors de la saillie coronoïdienne. Ouvre-t-on largement la bouche en écartant fortement les mâchoires, on constate, en dedans de la saillie coronoïdienne tangible, un pli vertical tendu entre les dernières molaires supérieure et inférieure le pli ptérygo-maxillaire (Henle), dur et résistant au toucher, formé par la muqueuse que soulevé le ligament ptérygo-maxillaire, tendu lui-même du crochet de l’aile interne de l'apophyse ptérygoïde à l'extrémité postérieure de la ligne mylo-hyoïdienne du maxillaire Inférieur. Cette saillie de la muqueuse est encore accrue par une traînée de glandes qui se rattachent en arrière à celles du pilier antérieur du voile (Sappey). Le bourrelet coronoïdien et le pli ptérygo-maxillaire se touchent presque derrière la dernière molaire inférieure; ils divergent en haut, pour passer l'un en dehors, l'autre en dedans de la partie postérieure de l'arcade alvéolo-dentaire supérieure; entre les deux, la muqueuse vestibulaire une dépression triangulaire à base supérieure : le sillon intermaxillaire. Ce dernier n'existe à proprement parler que lorsqu'on examine la cavité vestibulaire, les mâchoires fortement écartées.

Dans le vestibule vient s'ouvrir, sur la paroi externe, le canal de Sténon. L'Orifice du canal se trouve au niveau de la deuxième grosse molaire supérieure. Quelques auteurs le placent au niveau de la deuxième petite molaire, de la première grosse molaire (Krause), ou entre celle-ci et la deuxième grosse molaire (Cruveilhier). Généralement ovalaire, il siège quelquefois sur une saillie papillaire de la muqueuse de la joue (Luschka). Dans certaines professions chez les souffleurs de verre entre autres, ii s'élargit considérablement et prend une disposition en entonnoir.

Le vestibule sert à l'expiration et à la gustation préliminaire des aliments.


 

Parois du vestibule

La paroi interne est formée par la face externe convexe, des deux arcades alvéolo-dentaires des mâchoires, recouvertes par la muqueuse vestibulaire et par la gencive. Quand les mâchoires s'écartent, tes arcades dentaires circonscrivent une fente horizontale par laquelle la cavité buccale proprement dite communique largement avec son vestibule. Quand les arcades dentaires sont en contact, la communication des deux cavités se fait : par les espaces ou incisures interdentaires plus ou moins larges, quelquefois nulles, et par une fente plus grande située de chaque cote entre la dernière molaire en avant et le bord antérieur de l'apophyse coronoïde en arrière. Cet orifice postérieur est assez grand pour admettre l'introduction d'une sonde, d'un calibre de 4 à 6 mm (Sappey), quand les mâchoires sont simplement rapprochées: il diminue beaucoup quand ces dernières sont fortement serrées à cause de la saillie prononcée du bord antérieur du masséter. Magitot lui attribue de plus grandes dimensions : 10 à 15 mm de hauteur sur 7 à 8 de large, et dit qu'il peut laisser passer une sonde d’œsophagienne, permettant d'alimenter les aliénés, les tétaniques.

La paroi externe, molle, mobile et très dépressive, présente à considérer trois parties: deux latérales et une antérieure. Les portions latérales forment les joues ; la portion antérieure présente une fente horizontale plus ou moins large, orifice vestibulaire ou fente buccale circonscrite par deux replis, l'un supérieur, l'autre inférieur, s'unissant par leurs extrémités : les lèvres. Ces dernières se continuent sans ligne de démarcation nette avec les joues; il est d'usage pourtant de les décrire séparément: aussi étudierons-nous successivement les lèvres et les joues.


 

Les lèvres

Les lèvres sont deux replis musculo-membraneux qui recouvrent la portion antérieure convexe des arcades alvéolo-dentaires et limitent, par leurs bords libres, l'orifice vestibulaire ou fente buccale. Elles présentent une direction générale curviligne transversalement à concavité postérieure appliquée sur la convexité des maxillaires. Presque verticales, elles montrent chez les individus d’origine africaine une certaine obliquité liée au prognathisme des mâchoires.

Leurs dimensions dans les deux sens, vertical (hauteur) et transversal (longueur), offrent de nombreuses variations individuelles. Ordinairement les deux lèvres ont une hauteur égale qui correspond à celle des arcades alvéolo-dentaires qu’elles doivent couvrir, il n'est pas rare pourtant de voir une lèvre supérieure peu élevée découvrant facilement, dans certains mouvements de la paroi vestibulaire l'arcade dentaire supérieure d'autres fois la lèvre Inférieure est trop haute et présente une tendance assez prononcée au renversement en avant.

Quand les deux lèvres sont également développées, et les arcades dentaires en contact, leurs bords libres se touchent par leur moitié postérieure. Transversalement, les lèvres présentent des dimensions très variables en généra), leur longueur est telle que leurs extrémités, qui s'unissent dans les commissures, répondent de chaque côté aux premières molaires (Merkel) ou aux dents canines (Zuckerkandl). L'épaisseur des lèvres présente aussi de grandes variations individuelles, et suivant l'âge et le sexe. Chez certaines personnes (les scrofuleux), les deux lèvres, mais surtout la supérieure, peuvent atteindre une épaisseur considérable. Les lèvres de l'homme sont en général plus fortes que celles de la femme (Merkel). Celles du nouveau-né, relativement grandes à cause de l'absence des dents et surtout épaisses, sont conformées pour la préhension du sein. Chez le vieillard, les lèvres, également trop hautes, sont repoussées en dedans vers la cavité vestibulaire, au lieu d'être renversées en dehors comme chez le nouveau-né.

Chaque lèvre présente à étudier une face externe ou cutanée; une face interne muqueuse; un bord fibre, limitant l'orifice vestibulaire cutanéomuqueux ; un bord adhérent, se fixant au maxillaire correspondant; et deux extrémités qui forment, en se continuant dans l'extrémité correspondante de l'autre lèvre, les commissures labiales ou angles des lèvres.

La face antérieure ou cutanée présente des caractères différents sur les deux lèvres. La lèvre supérieure montre sur sa partie médiane une gouttière verticale, sillon médian ou sous-nasal, gouttière labiale ou philtrum, qui part de la sous-cloison nasale et se termine au tubercule médian du bord libre. Triangulaire, à sommet supérieur, à base inférieure, le sillon sous-nasal est limité sur les côtés par deux bourrelets latéraux, légèrement obliques en bas et en dehors, dont le développement est proportionnel à la profondeur du sillon.

On a beaucoup discuté sur l'origine de la gouttière labiale, Bichat attribuait sa formation à l’adhérence  du muscle à la peau qui le recouvre. – D'après Cruveilhier, elle serait due à la saillie que forme de chaque côté la terminaison labiale du releveur profond. –Meckel. His. Merkel. L’expliquent par le mode de développement de la lèvre supérieure : la ligne de soudure des bourgeons incisifs constitue le philtrum ; quant aux bourrelets latéraux, ils marqueraient chez l'adulte le point de suture chez l'embryon des bourgeons frontal et maxillaire supérieur (Merkel). D'après Roy, les bourrelets qui bordent la gouttière seraient produits par la saillie que forme la superposition sur trois plans, de chaque côté de la ligne médiane, du muscle incisif, du faisceau nasal de l’orbiculaire avec les vaisseaux de la sous cloison, et du faisceau cutané de l’orbiculaire.

De chaque côté du sillon et au-delà  du bourrelet latéral, la lèvre présente une surface légèrement convexe, triangulaire à base interne, à sommet, recouverte d'un simple duvet chez l’enfant et chez la femme, de poils constituant la moustache chez l'homme adulte.

Elle est séparée de la joue par le sillon naso-labial.

La face cutanée de la lèvre inférieure, légèrement concave dans le sens vertical, montre à son milieu une dépression peu marquée, et de chaque côté une surface faiblement déprimée. Chez l'homme adulte, elle est recouverte des poils de la barbe, abondants sur la dépression médiane (mouche), rare sur les surfaces latérales. Le sillon mento-labial la sépare du menton.

La face postérieure ou muqueuse appliquée sur la face antérieure convexe des arcades alvéolo-dentaires, est lisse, humide, et présente de nombreuses saillies, dues aux reliefs des glandes labiales qui doublent et soulèvent la muqueuse.

Le bord adhérent des lèvres est limité : en avant, pour la lèvre supérieure, par la sous-cloison, et de chaque côté par le bord inférieur de la narine, l'aile du nez et un sillon curviligne, à concavité interne, qui va de l'aile du nez vers la commissure labiale correspondante, le sillon naso-labial. Celui de la lèvre inférieure est limité en avant par un sillon transversal, curviligne a convexité supérieure, le sillon mento-labial, qui embrasse dans sa concavité la saillie du menton.

En arrière du côté de la surface muqueuse, te bord adhèrent de-; lèvres est marqué par te point de réflexion de la muqueuse labiale sur la muqueuse gingivale.–En se réfléchissant sur la gencive, la muqueuse labiale est soulevée sur la ligne médiane en un pli muqueux, triangulaire, à bord libre concave, mince et tranchant : freins ou filets des lèvres, plus prononcé sur la lèvre supérieure que sur l'inférieure. De chaque côté du frein, la muqueuse labiale, passant sur la gencive correspondante, forme le fond des gouttières vestibulaires déjà décrites.

Le bord libre est rouge ou rosé; convexe dans le sens sagittal, il montre dans le sens frontal une disposition différente sur chaque lèvre. Sur la supérieure, il présente le tubercule médian, trace du bourgeon frontal médian qui forme avec les deux bourgeons incisifs latéraux la lèvre supérieure, et de chaque côté une surface légèrement déprimée. Sur la lèvre inférieure, une dépression médiane répond au tubercule, et de chaque côté une surface légèrement convexe s'adapte à la dépression de la lèvre supérieure. Sur les deux lèvres, la muqueuse du bord libre offre en outre de petits plis sagittaux produits par la contraction du sphincter labial sous-jacent. L'épaisseur du bord libre présente de nombreuses variations Individuelles et ethniques; en général, elle est de 8 à 10 mm (Sappey) sur la partie médiane et diminue vers les extrémités.

Les extrémités des lèvres se continuent sans limite appréciable dans tes joues: à leur niveau, les bords libres s'unissent en passant l'un dans l'autre, et constituent de chaque côté l'angle ou commissure labiale.

Les bords libres des lèvres et les commissures circonscrivent l'orifice du vestibule buccal ou fente buccale. Très dilatable, cet orifice présente de telles variations de dimensions que toute appréciation en chiffres nous paraît inutile, aussi faut-d se contenter de dire qu'on en considère trois types grand, moyen et petit. Simple fente transversale à l'état de repos, il peut prendre les formes les plus variées par la contraction des muscles de la face qui pénètrent dans l'épaisseur des lèvres et de tours commissures, et du sphincter labial. La contraction de ce dernier muscle peut rétrécir l'orifice : la contraction de l'appareil musculaire radié peut t'élargir ou simplement étirer une de ces deux commissures en arrière, et augmenter t'étendue de la fente d'un côté ou des deux à la fois. L’écartement des mâchoires ne peut atteindre un certain degré sans amener avec lui l'ouverture plus ou moins large de l'orifice vestibulaire et mettre ainsi la cavité buccale proprement dite en communication avec l'extérieur.


 

Structure des lèvres

Les lèvres sont formées d'une charpente musculaire et d'une couverture cutanéomuqueuse. Nous étudierons successivement la charpente et sa couverture, les glandes et l'appareil vasculo-nerveux.


 

La charpente musculaire des lèvres

La charpente musculaire comprend deux ordres de libres; les unes, curvilignes, forment autour de I' un véritable sphincter: le muscle orbiculaire des lèvres; les autres, radiées, viennent des divers points de la face, convergent vers l'orifice buccal, et constituent dans leur ensemble l'appareil musculaire dilatateur de l'orifice buccal. Le muscle orbiculaire est situé le long du bord libre des lèvres, près de la face muqueuse : l'appareil dilatateur occupe la plus grande partie de la hauteur des lèvres et leur bord adhérent.

Les muscles dilatateurs entrent en connexion intime avec la peau qui recouvre la face antérieure des lèvres; leurs fibres traversent la graisse sous-cutanée et vont s'implanter sur la face profonde du derme en passant entre les glandes sébacées et les follicules pileux. On n'en compte pas moins de dix-huit, neuf de chaque côté de la ligne médiane : les uns se rendent à la lèvre supérieure élévateurs superficiels, élévateurs profonds, et petits zygomatiques; les autres vont à la lèvre inférieure : carrés du menton ; d'autres enfin vont aux commissures labiales buccinateurs, risorii de Santorini, grands zygomatiques, triangulaires, canins, et les quatre muscles incisifs qui s'insèrent sur l'alvéole de chaque Incisive externe.

L'Orbiculaire ou sphincter des lèvres forme un anneau ou mieux une boutonnière transversale; il occupe le bord libre et se prolonge sous la face muqueuse, dont il est séparé par la couche glandulaire. Il est traversé en sens antéro-postérieur par les fibres du muscle de Klein ou muscle compresseur des lèvres, qui s'étendent, de la peau à la muqueuse et qui, bien développées chez le nouveau-né, facilitent la succion (Voy. muscles des lèvres).

Vue par la face postérieure après ablation de la muqueuse. Artères coronaires. A droite les nerfs ont été conservés.


 

Enveloppe cutanéomuqueuse des lèvres

La peau des lèvres est épaisse et résistante, très adhérente au muscles sous-jacents, dont les fibres viennent s’insérer sur son derme ; elle renferme de nombreux et volumineux follicules pilo-sébacés, dont la plupart sont logés dans le tissu graisseux, dur et résistant, qui la double à ce niveau et à travers lequel s'engagent les faisceaux musculaires. Aussi la dissection du tégument, est-elle très difficile.

La muqueuse qui tapisse la face postérieure des lèvres présente une coloration blanc grisâtre ; mince et peu adhérente au muscle orbitaire dont la sépare une couche glandulaire, elle présente par places un aspect bosselé, inégal ; bosselures sont dues à la saillie que forment, les glandes sous-jacentes. D'après Merkel, ces bosselures seraient dues aux orifices des canaux excréteurs des glandes qui se trouvent sur des caroncules surélevés plutôt qu'aux saillies glandulaires mêmes. La muqueuse des lèvres se continue avec la muqueuse gingivale, au niveau du sillon gingivo-labial, avec celle de la joue au niveau des commissures et avec celle du bord libre des lèvres. Dermo-papillaire, elle est formée d'un épithélium pavimenteux stratifié ; d'un derme constitué par des faisceaux de tissu conjonctif entremêlés de fibres élastiques qui s'entrecroisent dans tous les sens. Les faisceaux près de la surface du derme sont très fins et se disposent en un feutrage serré, paraissant presque homogène. Les papilles, assez nombreuses, sont le plus souvent, simples, coniques.


 

Glandes des lèvres

Les lèvres possèdent deux ordres de glandes, les glandes sébacées, cutanées dont nous avons déjà parlé, et les glandes muqueuses labiales, qui forment par leur réunion une couronne glandulaire assez épaisse Interposée entre l'orbiculaire et la muqueuse qu'elles soulèvent : c'est la couche glandulaire des lèvres. Plus nombreuses sur les parties latérales qu'au milieu et au niveau des commissures, ces glandes sont logées dans l'épaisseur du tissu conjonctif sous-muqueux, et entourées de tissu adipeux ; quelques-unes pénètrent même dans l'épaisseur de l'orbiculaire. Ce sont des glandes acineuses, pourvues d'un conduit excréteur principal, élargi à son extrémité qui vient s'ouvrir à la surface de la muqueuse dans la cavité vestibulaire. Ce conduit est tapissé dans la plus grande partie de sa longueur par un épithélium pavimenteux stratifié ; les ramifications qui en partent ont les unes, les plus grosses, un épithélium cylindrique stratifié, les autres, les plus fines, un épithélium cylindrique simple. Souvent le conduit excréteur principal reçoit les conduits excréteurs des petites glandes muqueuses accessoires (Stœhr). La structure de l'acinus est semblable à celle des glandes linguales (Voy. Langue).

Les glandes labiales appartiennent, par leur forme extérieure, au type des glandes tubuleuses (Nadler) ou acino-tubuleuses (v. Hebner) ; les recherches récentes sur leur structure ont montré que c'étaient des glandes mixtes. En effet, les culs-de-sac sécréteurs ont tantôt une lumière large et les cellules qui les limitent sont des cellules muqueuses, tantôt une lumière étroite et les éléments qui la bordent sont des cellules séreuses. Entre ces deux types extrêmes, on peut trouver toute une série d'intermédiaires représentés par des tubes renfermant  en proportion variable les deux variétés de cellules ; mais le plus souvent, dans les culs-de-sac mucipares les éléments séreux se disposent en demi-lunes. Pour Ia structure intime et le mode de fonctionnement des cellules voir l’article de Laguesse sur les glandes salivaires (tome IV 3° fasicule).

Bibliographie. J. Nadler. Zur histology der menschlichen lippendrüsen. Archiv. Für mikrosk. Anatomie, Bd. I Taf. 1897.


 

Lèvre du nouveau-né

Luschka le premier a fait connaitre les particularités que présente chez le nouveau-né le bord libre des lèvres, c'est-à-dire cette partie de transition qui s'étend entre la peau et la muqueuse et qui ne renferme ni poils ni glandes. Cette bordure plus rouge, épaisse, commence dès le cinquième mois fœtal à se différencier en deux zones qui persistent jusqu'à la fin de sa première année et quelquefois plus tard encore. Elles sont typiques chez le nouveau-né.

1° la zone externe, large de 2mm, d’un rose clair possède un épithélium de faible hauteur, à couche cornée, des papilles basses, également espacées, qui renferment des corpuscules du tact. C'est la pars glabra de Luschka, 2° la zone interne, plus large, surtout à la lèvre supérieure où elle atteint 4mm, fait saillie au-dessus, de l'externe; elle est d'un rouge plus violacé, et cette, différence s'accentue après la mort ; la zone interne se dessèche alors rapidement, devient brune, puis noire et durcit. Elle se fait remarquer par la hauteur de son épithélium et des papilles effilées qui atteignent jusqu’à 1mm de longueur et qui lui donnent une forme villeuse (pars villosa) propre à saisir le bout du sein. Cette disposition parait être spéciale à l'homme et en rapport avec la brièveté du mamelon, difficile à saisir par l'enfant (Neustatter). Ces papilles sont peut-être aussi un organe sensitif : toutefois, c'est moins l'attouchement des lèvres que celle des dents de lait ou de la tangue qui provoque chez le nourrisson la succion réflexe.

Rapprochons de cette structure de la lèvre le grand développement du muscle de Klein,  du muscle orbiculaire et de la boule de Bichat.

La double lèvre que présentent certains sujets, et que caractérise un bourrelet muqueux formant comme une seconde lèvre derrière la lèvre proprement dite, est due tantôt à la persistance de l'état infantile, de la double zone des nouveau-nés, tantôt a un ectropion acquis (hypertrophie glandulaire, laxité du tissu sous-muqueux).

Le tubercule médian de la lèvre supérieure apparait au troisième mois fœtal. Il est bien développé chez le nouveau-né, sous forme d’une saillie arrondie qui termine le philtrum ou sillon sous-nasal et mesure 4à 5 mm en hauteur et en largeur. Parfois il est réduit à un simple feston du bord libre. Luschka a montré qu’il représente un reste du bourgeon frontal et que le sillon léger qui le sépare de chaque côté de lèvre supérieure est analogue à la fissure latérale de l’intermaxillaire. Par sa structure, il appartient à la partie villeuse ou zone interne (excroissances frangées très vasculaires); il s'étend en avant près de la peau : la zone externe, pars glabra, se trouve réduite à son minimum. Le tubercule médian persiste chez un grand nombre d’enfants longtemps après la naissance et le plus souvent chez l'adulte on le reconnait encore à une légère saillie sur le milieu du bord rouge.


 

Lèvre de l'adulte

Chez l’adulte, et comme nous l’avons vu, ce type commence dès la deuxième année, le bord libre des lèvres comprend trois zones : cutanée, intermédiaire et muqueuse.

La zone cutanée est caractérisée par ses poils, ses glandes sébacées et sudoripares.

La zone muqueuse, postérieure, renferme des glandes acineuses et les fibres du muscle de Klein.

Quant à la zone intermédiaire, zone de transition, zone cutanée lisse de Robin et Cardial, large de 5 à 6 mm sur la ligne médiane, elle constitue la bordure proprement dite, le rouge des lèvres (rubor labiorum). Elle est glabre, brillante, lisse, finement plissée en sens sagittal par les contractions de l’orbiculaire. Elle est rouge dans la race blanche, plus ou moins pigmentée et noire chez les personnes d’origine africaine et chez la plupart des espèces animales : sa couleur vive ne tient pas seulement à sa richesse des réseaux vasculaires qui occupent les papilles, mais aussi à la transparence spéciale de l'épithélium qui les recouvre. Elle ne renferme ni poils ni glandes, exceptionnellement quelques glandes sébacées aberrantes. Sa surface uniforme ne permet plus d'y reconnaitre les deux zones que nous avons décrites chez le nouveau-né. Luschka pense que la zone interne s'est fondue dans la partie muqueuse et que la zone intermédiaire de l'adule ne représente plus que la zone externe de l'enfant. Neustätter croit pouvoir y distinguer encore histologiquement les deux zones originelles ; seulement la zone interne avec sa structure villeuse s'est rétrécie et reste confinée à la partie qui est située en dedans de la ligne d'occlusion de la bouche. Sur la structure du bord libre Lucshka. Ueber di Leichenverander… Zeitsche. f. nat. Medicin. 1803. WEIUTHEIMER. Arch. générale de médecine. 1883 ; et surtout Neustätter. Ueber den Lippensaum beim Menshen. Dissertat. Inaugur., Munich. 1894. Travail très complet, avec figures où se trouve l'analyse des travaux allemands. Voyez aussi A. üeber das tuberculum labii superioris. Anatom. Hefte, 1899.


 

Vaisseaux et nerfs des lèvres


 

Artères des lèvres

Les lèvres reçoivent deux ordres d’artères les principales, branches de l'artère faciale, portent le nom d'artères coronaires ou labiales ; les accessoires sont des rameaux de plusieurs branches des artères maxillaire interne, temporale et faciale. Les artères coronaires forment autour de l'orifice buccal un cercle vasculaire. Situé à quelques millimètres du bord libre des lèvres ; on peut en sentir les battements en pinçant ce bord entre deux doigts .De ce cercle naissent des vaisseaux en grand nombre ; les uns s'arrêtent autour des glandes, d'autres abordent la couche papillaire de la muqueuse et se terminent dans les papilles abondantes surtout au niveau du bord libre, tantôt par des anses simples, tantôt par un véritable réseau. A côte de cette arcade sous-muqueuse, on en trouve une seconde moins volumineuse, profonde, intramusculaire, formée par des branches anastomosées des artères coronaires.

Les artères accessoires des lèvres viennent : pour la lèvre supérieure : des artères, buccales, sous orbitaires, alvéolaires, branches de la maxillaire interne ; transverse de la face, branche de la temporale ; pour la lèvre inférieure, des artères : mentonnières, branches de la maxillaire interne, et sous mentales branches de la faciale.


 

Veines des lèvres

Les veines, représentées par les veines labiales ou coronaires supérieure et inférieure, se rendent à la faciale, elle-même branche de la jugulaire interne. Elles naissent par deux réseaux, l'un superficiel et l'autre profond. La communication de la veine faciale avec la veine ophtalmique explique comment les phlébites de la lèvre peuvent se propager jusqu'aux sinus veineux du crâne. Les veines labiales sont richement valvulées.

Ajoutons encore quelques remarques : 1° le réseau veineux sous-cutané des lèvres est plus prononcé au niveau du bord libre et contribue à sa turgescence semi-érectile: ce qui explique la fréquence des angiomes ou tumeurs érectiles sur le contour de l'orifice buccal des enfants (Bouisson, 1834); 2° si les veines labiales ne suivent pas en général le trajet des artères coronaires, et sont moins profondément situées que ces dernières, il n'existe pas moins autour des artères des plexus veineux très fins (Zuckerkandl) ; 3° tandis que les veines                 labiales supérieures se rendent en totalité dans la veine faciale (faciale antérieure des Allemands). Les veines labiales inférieures se rendent: en partie dans la veine faciale, en partie dans les veines sous-mentales (Sappey), en partie directement dans la veine jugulaire (Sesemann).


 

Les lymphatiques des lèvres

Les lymphatiques des lèvres, difficiles à injecter, ont été bien décrits par Sappey. Ils forment sur le bord libre des lèvres un réseau d'une extrême ténuité. Du réseau de la muqueuse naissent cinq troncs. Les deux troncs de la lèvre supérieure, l’un droit, l'autre gauche, se dirigent en dehors et en bas, suivent l'artère faciale et vont se terminer dans les ganglions sous-maxillaires qui entourent l'artère faciale. Des trois troncs de la lèvre Inférieure, les deux latéraux se rendent comme les précédents aux ganglions sous-maxillaires; le médian aux ganglions sus-hyoïdiens, situés sur le muscle mylo-hyoïdien à égale distance du maxillaire et de l'os hyoïde.


 

Les nerfs des lèvres

Les nerfs moteurs des lèvres proviennent des ramifications du facial. Les nerfs sensitifs naissent du trijumeau: par les rameaux descendants du nerf sous-orbitaire pour la lèvre supérieure; par les filets ascendants du nerf mentonnier, branche du dentaire inférieur, pour la lèvre inférieure, et par les filets du nerf buccal pour les commissures. – Les dernières ramifications de ces branches du trijumeau se perdent les unes dans les glandes, d'autres dans la peau et dans la muqueuse des lèvres. Pourvus de myéline, ils forment dans la tunique sous-muqueuse un réseau à larges mailles; de ce réseau partent de nombreuses ramifications qui pénètrent dans la muqueuse, où ils se' terminent dans des corpuscules spéciaux corpuscules de Krause (Krause) et corpuscules du tact (Gerlach) ; quelques-unes perdent leur gaine de myéline, pénètrent dans l'épithélium, se ramifient à nouveau et se terminent par des extrémités libres (Stœhr).

Jolyet et Laffont ont constaté que chez le chien le nerf buccal est le nerf vaso-dilatateur et glandulo-moteur de la lèvre inférieure pour la lèvre supérieure, ce rôle est rempli par le nerf maxillaire supérieur.


 

Fonction des lèvres

Les lèvres servent à la préhension des aliments, plus particulièrement à la succion chez le petit enfant ; à la prononciation des voyelles et consonnes labiales, enfin à l'expression des sentiments.


 

Les joues

Nous décrirons sous ce nom les parties latérales de la paroi externe du vestibule buccal. Musculo-membraneuse, molle, dépressive et mobile, la joue est loin de présenter ta surface que lui donnent les auteurs classiques; elle doit être restreinte à l'étendue du buccinateur qui en forme le corps, à la partie buccale de la joue, telle que la comprennent ces auteurs.

Cruveilhier. Sappey, etc., décrivent sons le nom de joue toute la face. Ils la limitent extérieurement en-dedans par le sillon naso-labial qui la sépare des lèvres ; en dehors, par le bord postérieur de la mâchoire; en haut, par la base de l’orbite (Cruveilhier), ou par un plan qui passerait au-devant du plancher orbitaire en rasent le bord correspondant de l'arcade zygomatique (Sappey); en t'as, par ta hase de la mâchoire inférieure. Appliquée sur le maxillaire supérieur et l'os malaire d’une part, sur le corps et la branche du maxillaire inférieur d'autre part, la joue ainsi limitée comprend trois régions bien distinctes la région malaire, la région massétérine et la région buccale proprement dite (Cruveilhier) ; fixe partout auteurs, elle reste flottante dans sa partie moyenne qui répond aux arcades alvéolaires et dentaires (Sappey). Intérieurement, du reste de la cavité buccale, la joue serait limitée par la réflexion de la muqueuse sur les os maxillaires (Cruveilhier). -Pour nous, le terme de joue ne doit être appliqué qu'a cette région buccale de Cruveilhier, à la partie flottante de Sappey; la véritable joue de Merkel, qui a pour limites celles du muscle qui en forme la charpente (le buccinateur); les régions massétérines et molaires ne doivent pas être comprises dans la joue. En se basant du reste sur les limites internes du vestibule le la bouche, on peut se convaincre facilement qu'en haut la gouttière vestibulaire s'arrête au-dessous de la région malaire; car cette gouttière, profonde en avant au niveau de ta région labiale, l'est moin0s en arrière: le fond du vestibule dépasse do bien peu le bord coronoïdien, do façon qu'une faible partie de la face interne de la branche verticale du maxillaire inférieur contribue à former la paroi latérale du vestibule, la plus grande partie de cette branche répondant à la paroi latérale du vestibule bucco-pharyngé et du pharynx.

Extérieurement la joue est limitée en par le sillon naso-labial; en arrière, par le bord antérieur de la branche verticale du maxillaire inférieur et du muscle masséter qui le double; en bas, par la ligne oblique externe du corps du maxillaire inférieur; en haut, par un plan horizontal rasant la partie inférieure de la pommette. Intérieurement, les limites de la joue sont marquées par  la réflexion de la muqueuse vestibulaire de la paroi interne osseuse sur la paroi externe molle.

Ainsi délimitée, la joue est un repli musculo-membraneux, quadrilatère, qui présente a, étudier une face externe ou cutanée, une face interne muqueuse et quatre bords. La face externe, convexe, lisse et unie chez les enfants et les adultes qui ont de l'embonpoint, à peu près plane chez l'adulte, concave chez les personnes maigres, ridée chez le vieillard, est surmontée par la saillie de la pommette, dont on la distingue d'autant plus facilement qu'elle est plus déprimée. –La face interne muqueuse, d'un rouge plus ou moins foncé, s'applique sur les parties latérales des arcades alvéolo-dentaires: leur contact est quelquefois si intime qu'on peut trouver sur cette face l'empreinte des dents, ou de petites éraillures dues au pincement de la muqueuse entre les deux arcades dentaires pendant les mouvements de la mastication. Vers son angle postéro-supérieur est l'orifice d'abouchement du canal de Sténon. Les limites de cette face sont marquées par tes points on la muqueuse vestibulaire se réfléchit de la paroi interne sur l'externe. En avant, elle se continue sans aucune démarcation nette avec la face interne des lèvres; en arrière, elle passe au-delà du pli ptérygo-maxillaire dans la paroi latérale de la cavité buccale; en haut et en bas, tes gouttières vestibulaires la terminent.

Les quatre bords sont adhérents. Le supérieur adhère au massif maxillaire supérieur, au niveau de la limite profonde des cavités alvéolaires ; l'inférieur, à la ligne oblique interne du maxillaire inférieur: l'antérieur se continue sans ligne de démarcation nette, surtout eu dedans, avec les lèvres; le postérieur, épais, est dédoublé par la saillie que forment le bord de la branche verticale et l’apophyse coronoïde du maxillaire inférieur renforcée du muscle masséter. Les couches superficielles (peau, tissu cellulaire) pussent en dehors du ce dernier (muscle) les couches profondes (muscle) en dedans de ta branche verticale du maxillaire pour atteindre le ligament ptérygo-maxillaire, où elles se terminent.


 

Structure des joues

 La joue, comme les lèvres qui en dépendent, est formée d'une charpente musculaire doublée par la peau en dehors, par la muqueuse en dedans. Entre la couverture cutanée et le muscle existe en arrière une masse graisseuse; entre ce dernier et la muqueuse est intercalée une couche glanduleuse. Tous ces tissus sont mous et dilatables ; la joue est très extensible chez certains animaux, et chez d'autres (singes de l'ancien confinent, quelques rongeurs, etc.) elle se dilate en poches distinctes ou abajoues qui servent de garde-manger.

La charpente musculaire est formée par un seul muscle, le buccinateur, qui s’étend du ligament ptérygo-maxillaire jusqu'à la commissure labiale dans le sens sagittal, entre les deux mâchoires verticalement. Aplati de dehors en dedans, le buccinateur se continue en arrière avec le constricteur supérieur du pharynx, en avant avec la musculature des lèvres. Il est recouvert par l’aponévrose buccinatrice (Voy. Myologie).

La peau fine très vasculaire, pouvant, se colorer ou pâlir avec une grande rapidité dans certains cas (émotions), est recouverte de poils de la barbe en grande partie ou même en totalité 'chez l'homme adulte, Elle est remarquable aussi par la présence d'une grande quantité de glandes sébacées et sudoripares, Entièrement adhérente au muscle sous-jacent, en avant, elle en est séparée en arrière par une masse adipeuse.

La couche adipeuse, interposée entre la peau et te muscle buccinateur, est traversée par les muscles de la face qui se rendent, aux commissures labiales. Ces derniers sont pour ainsi dire noyés dans le tissu graisseux et la dissection en est rendue difficile. Plus ou moins abondante dans les deux tiers antérieurs de la joue, suivant l’âge et le degré d'embonpoint, cette couche est très épaisse dans te tiers postérieur. Là, le buccinateur se dirige profondément vers le ligament ptérygo-maxillaire, en passant en dedans de la branche verticale du maxillaire inférieur, tandis que la peau passe en dehors de celle-ci pour se continuer avec cette qui recouvre le muscle masséter. De cette divergence des deux couches en arrière résulte un espace triangulaire, limité sur une coupe horizontale de la joue en dehors par lit face profonde de la peau, en dedans par la face externe du muscle buccinateur; le sommet tourné en avant répond au point d’accolement de ces deux couches, et la base à l'espace qui sépare le bord antérieur du masséter en dehors du muscle buccinateur en dedans (Fig.43). Cet espace est comblé par un amas graisseux : la boule graisseuse de la joue ou de Bichat. Entre cette boule graisseuse et le reste du tissu adipeux de la joue, il y a des différences tranchées. Aussi faut-il les décrire séparément. Le tissu adipeux de la joue, très abondant, chez l'enfant et chez l'adulte doué d'embonpoint, peut disparaitre presque totalement chez les gens amaigris par la maladie ou la vieillesse. Bien développé, il est cloisonné dans tous tes sens par des tractus ou cloisons cellulaires lâches, unies à la face profonde de la peau d'une part, à la face externe du muscle d'autre part ; par la dissection on peut énucléer les pelotons graisseux contenus dans les mailles du tissu cellulaire. Chez les personnes amaigries, la graisse disparait, les cloisons cellulaires restent, et dans certains cas pathologiques elles peuvent renfermer une grande quantité de liquide.

La boule graisseuse de Bichât occupe la partie postérieure de la joue, entre le masséter, le buccinateur et le grand zygomatique. Son plein développement correspond à la première enfance, c’est-à-dire depuis la naissance jusqu'à l’âge de 3 ou 4 ans. A cette époque, elle présente la forme d’une sphère un peu aplatie, souvent excavée en gouttière sur sa face postérieure qui embrasse le bord saillant du masséter ; elle est, jaunâtre, quelquefois plus grosse d’un côté que de l'autre, unie ou lobée. Son contour arrondi, bien limité permet de l’énucléer facilement et la fait ressembler à un ganglion. Elle est superficielle, saillante sous la peau sur les sujets amaigris ; elle est située en avant du muscle masséter et ne présente pas de prolongement en arrière. Le canal de Sténon la coupe transversalement par le milieu et suit une rainure plus ou moins profonde qui la sépare en deux lobes. Les Injections de Ranke la montrent très vasculaire.

Chez l'adulte, –et cette nouvelle forme, régressive, se manifeste dès la 5ème année, ce n'est plus qu'une masse ovoïde ou aplatie, du volume d'une grosse amande, retirée vers le pharynx, dans le sillon qui sépare les dernières molaires de la branche montante du maxillaire. Tantôt elle déborde le masséter au repos et tantôt seulement dans la mastication. En  revanche-, elle présente deux prolongements postérieurs, l'un, temporal, qui l’embrasse le tendon de ce muscle ; l'autre, zygomatique qui s'interpose entre les muscles styliens et le constricteur supérieur.

La boule de Bichat est enveloppée d'une capsule fibreuse qui est un dédoublement de l'aponévrose buccinatrice et qui l’a fait adhérer à la surface externe du buccinateur. La laxité de cette capsule, qui permet des mouvements faciles, la fait considérer par Verneuil (Soc. anat., 1857) comme une bourse séreuse, qu'il compare à la vaginale du testicule et qu'il appelle bourse géniale ou bourse séreuse de la face. Elle communique souvent en arrière av.ec ta bourse coronoïdienne et peut être le point de départ de kystes. Placée dans un carrefour musculaire, se déplaçant dans tous les mouvements de mastication, de déglutition, de phonation, la boule n'est pas seulement un organe de remplissage, c'est surtout un organe de glissement, un coussinet élastique équivalent d'une bourse séreuse comme sont, les graisses péri-articulaires. Son grand développement chez le petit enfant tient vraisemblablement, comme l’a dit Ranke, à l'acte de la succion, de même que ses prolongements postérieurs se lient à l'évolution de la mastication.

La boule de Bichat apparait au 60ème jour fœtal, et devient adipeuse au troisième mois. Elle est constante: les maladies chroniques de l'enfance la diminuent plus ou moins, mais sans la faire disparaitre comme la graisse sous-cutanée, au moins dans la grande majorité des cas. Elle existe chez le porc et le rat et fait défaut chez le chat, le chien, le tapin (Robin). Elle a été complètement étudiée par Ch. Robin et Gimbert (De la boule graisseuse de Bichat. Gazette médic. de Paris, 1864.). Voyez aussi la thèse inaugurale de Gehewe (Dorpat, 1864), et un travail avec planches par Ranke (Virchow’s Archiv., 1884).

La muqueuse de la joue double la face interne du muscle buccinateur, auquel elle adhère très intimement. Entre la muqueuse et le buccinateur, il n'y a ni tissu cellulaire lâche, ni graisse ; des fibres; du buccinateur se dirigent vers la face profonde de la muqueuse et s'y terminent (Merkel). Lisse et unie, la muqueuse de la joue présente une structure identique à celle des lèvres et d'une façon générale à celle de toute la muqueuse vestibulaire et buccale : l’épithélium pavimenteux stratifié forme une couche épaisse, surtout dans les espaces inter-papillaires ; le derme, constitué par un réseau de faisceaux de tissu conjonctif entrecroisés, est très riche en fibres élastiques; au contact de la couche épithéliale, et se condense et forme la couche limitante, homogène et transparente les papilles, très nombreuses, hautes de 3 à 8 mm, sont abondantes surtout au niveau de la muqueuse des gencives. La sous-muqueuse, à tissu conjonctif serré, adhère entièrement au muscle sous-jacent dans tes gencives, elle devient une masse fibreuse ferme (Frey).

Les glandes des joues ne forment pas comme les glandes labiales une couche continue sous-muqueuse. Certains auteurs décrivent sous le nom de glandes buccales de rares et petites glandes situées entre le buccinateur et la muqueuse, dont le conduit excréteur s'ouvre isolément à la surface de cette dernière. J'ai souvent trouve, près des extrémités des lèvres, des glandes labiales adhérentes se prolongeant plus ou moins dans les joues. Au point où le canal de Sténon s'engage à travers le buccinateur, on observe autour lui, et l’accompagnant jusqu'à son embouchure dans la muqueuse de la joue, un groupe glandulaire dont les acini occupent les interstices du muscle, ou même sont situés en dehors de ce dernier dans l'aponévrose buccinatrice (Sappey). Les canaux excréteurs traversent le buccinateur et s'ouvrent isolément sur la muqueuse de la joue aux environs et autour de l'orifice du conduit de Sténon, en face de la deuxième grosse molaire ce sont les glandes molaires. Toutes les glandes de la muqueuse du vestibule, sous-muqueuses ou intramusculaires, sauf les quelques glandes sébacées du bord libre des lèvres, sont des glandes en grappe, et leur produit de sécrétion contribue à la formation des principes de la salive, d'où le nom de petites glandes salivaires buccales. Au point de vue de leur structure, ce sont des glandes mixtes comme les glandes labiales et palatines.


 

Vaisseaux et nerfs des joues

Les artères de la joue sont fournies par la buccale branche de la maxillaire interne, et par la transverse de la face qui vient de la temporale. Sur la périphérie, la faciale, la sous-orbitaire, les alvéolaire et dentaire inférieure donnent quelques rameaux. Le réseau capillaire est très développe dans certaines races, chez les sujets jeunes, chez les personnes à teint fleuri: il est aussi très excitable. Ses radicules veineuses sont facilement engorgées dans les stases de l'appareil circulatoire.

Les veines diffèrent des artères; elles sont presque entièrement tributaires de la faciale. Celle-ci reçoit, en effet, directement ou par l'intermédiaire de la faciale profonde, les veines buccales, celles du plexus alvéolaire et des anastomoses du plexus de Sténon. Seules, les veines transverses de la face vont se jeter en arrière dans la temporale superficielle et appartiennent au territoire de la jugulaire externe.

Les lymphatiques de la joue naissent de la peau et de la muqueuse par des réseaux très déliés du réseau cutané partent deux ordres de troncs les uns, postérieurs, se rendent aux ganglions parotidiens; les autres, inférieurs, vont aux ganglions sous-maxillaires. Ces derniers ganglions reçoivent aussi les lymphatiques de la muqueuse (Sappey).

Les nerfs sont moteurs et sensitifs. Les premiers viennent du facial qui seul donne la motricité au muscle buccinateur. Les nerfs sensitifs proviennent du trijumeau par les branches dentaires supérieure et Inférieure, sous-orbitaire, et surtout par le nerf buccal, une des sept branches de division du maxillaire inférieur. On admet communément que le nerf buccal se distribue à la peau, à la muqueuse et aussi au buccinateur, auquel il apporte ses filets sensitifs. Debierre et Lemaire (Soc. Biol., 1893) croient pouvoir conclure de dissections attentives que le buccal traverse le muscle sans rien lui abandonner et qu'il se termine exclusivement dans la peau, la muqueuse et les glandes, Ce même nerf, d'après les recherches de Jolyet et Laffont sur le chien (Soc. Biol., 1879), est le vaso-dilatateur de la muqueuse de la joue et de la lèvre inférieure; il est aussi le nerf sécréteur pour la grosse glande molaire de cet animal. Le mode de terminaison des nerfs dans la muqueuse est le même que pour le voile du palais (Niemand).

 D'après Traité d'anatomie par P.Poirier.

 

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