En étudiant les parties molles qui entourent le crâne, j'ai montré que les vaisseaux du cuir chevelu diffèrent par leur disposition de ceux des autres parties du corps dans le cuir chevelu, les artères sont abondantes, très-sinueuses, incrustées dans la couche cellulo-graisseuse sous-cutanée, et très-adhérentes à la peau.

J'ai insisté longuement sur les conséquences pathologiques qui en résultent.

Dans l'épaisseur des os du crâne les artères ne se comportent pas non plus comme dans tous les autres points du squelette au lieu de se tamiser dans le périoste pour pénétrer à l'état de ramuscules très-fins, mais très-abondants, dans la substance osseuse, les artères destinées aux os du crâne pénètrent directement sous un volume assez considérable, mais en nombre très-restreint, dans les trous et les canaux dont ces os sont creusés pour les recevoir, principalement au niveau des bosses frontales et pariétales, au niveau de l'apophyse mastoïde. A ces différents points de vue la circulation dans l'épaisseur de la boîte osseuse crânienne présente des caractères propres.

Il en est de même de la circulation encéphalique dont je vais présenter une description rapide. Quatre gros troncs artériels apportent à l'encéphale le sang qui lui est destiné ce sont les vertébrales et les carotides internes. Au lieu de se fendre par un trajet direct, comme c'est l'ordinaire pour les vaisseaux de cet ordre, vers l'organe auquel elles sont destinées, ces artères se contournent ou s'infléchissent plusieurs fois avant d'arriver à l'encéphale. Les artères vertébrales, légèrement sinueuses dans le trajet qu'elles parcourent au dedans du canal ostéo-musculaire formé par la série des trous des apophyses transverses des vertèbres cervicales, décrivent, à partir de l'axis, deux courbures remarquables, la première verticale, la deuxième horizontale. Elles pénètrent ensuite dans la cavité crânienne, se portent sur la gouttière basilaire de l'occipital, où elles se réunissent l'une à l'autre pour constituer le tronc basilaire. Les artères carotides internes s'élèvent verticalement jusqu'à la base du crâne, où elles décrivent une flexuosité très-prononcée. Pénétrant dans le canal carotidien, elles se dirigent d'abord verticalement en haut, puis horizontalement en dedans et en avant. Elles arrivent ainsi au sommet du rocher. De ce point elles se portent en avant, s'engagent dans le sinus caverneux, où elles décrivent deux cour- bures, la première concave en avant, la deuxième concave en arrière; enfin, elles traversent la dure-mère pour entrer dans la cavité crânienne, où elles se divisent après avoir fourni l'artère ophtalmique. Ces courbures que les artères vertébrales et les carotides décrivent soit autour des os, soit dans leur intérieur, n'ont d'autre but que d'épuiser tout l'effort que la systole ventriculaire communique à l'ondée sanguine et de mettre ainsi l'encéphale à l'abri du choc produit par la systole.

Les artères vertébrales et carotides, arrivées à la base de l'encéphale, affectent, en s'anastomosant les unes avec les autres, une disposition des plus remarquables. C'est à l'ensemble de ces anastomoses qu'on a donné le nom d'hexa- gone de la base du crâne: hexagone de Willis.

Les artères communicantes sont au nombre de trois l'une, antérieure, réunit entre elles les deux carotides; deux, postérieures, relient les carotides aux vertébrales. Les artères communicantes jouent dans la circulation artérielle de l'encéphale un rôle capital; grâce à elles les artères d'un côté peuvent suppléer celles du côté opposé, lorsque le tronc qui fournit ces dernières a été obstrué ou bien compris dans une ligature. Cependant la suppression brusque du cours du sang dans une carotide interne produit souvent des accidents cérébraux. D'après M. Le Fort, sur 370 cas, ces accidents se sont produits dans 100 observations. J'ai dû lier la carotide primitive droite d'un jeune étudiant à la suite d'une plaie par arme à feu au moment de serrer le fil, j'examinai attentivement si quelque phénomène se produirait du côté du cerveau il ne s'en produisit pas. Les deux carotides primitives ont pu être liées sur le même sujet sans que cette double ligature ait donné lieu à l'apparition d'aucun trouble cérébral, à condition toutefois que les deux opérations aient été pratiquées à des intervalles plus ou moins éloignés. Chose remarquable, lorsque des accidents sont sur- venus, ils n'ont été observés qu'après la première opération. Les larges communications artérielles entre la vertébrale et la carotide interne rendent compte du rétablissement de la circulation dans ces cas.

Je crois devoir rapporter brièvement ici un fait très-curieux. J'avais en 1873 dans mon service à l'hôpital Lariboisière un malade atteint d'anévrysme de la crosse de l'aorte. Pour m'assurer de la réductibilité de la tumeur et dans le but de chercher à découvrir l'orifice par lequel passait le sac à travers le sternum, j'exerçai une légère pression à sa surface. Cette première exploration ne m'ayant pas renseigné suffisamment, j'en pratiquai une seconde sans presser davantage. Instantanément le malade fut frappé d'une paralysie complète de tout le côté gauche. Un caillot détaché de la poche s'était porté dans la carotide interne droite, avait obstrué à leur origine les branches que cette artère donne au côté droit du cerveau et supprimé la circulation dans les parties correspondantes. Cette paralysie gauche ne fut que de courte durée elle devint droite ensuite et s'accompagna d'aphasie le caillot migrateur était sans doute passé par l'artère communicante antérieure dans les artères du côté opposé. Le lendemain de cet accident, la paralysie avait disparu, il ne restait plus que l'aphasie, qui disparut à son tour quelques jours plus tard (Voir pour plus de détails la thèse de M. le docteur Gassion, 1873, auquel je communiquai le fait pour sa thèse inaugurale.).

Examinons maintenant la circulation cérébrale proprement dite. Ce que nous en connaissons est dû principalement aux travaux de MM. Duret et Heubner et date de ces dernières années.

La circulation intracérébrale se compose de deux grands systèmes Le système artériel de l'écorce ; le système artériel des noyaux gris centraux.

D'après M. Duret, ces deux systèmes seraient tout à fait indépendants l'un de l'autre et ne communiqueraient pas entre eux à leur terminaison, de telle sorte qu'il existerait dans le cerveau une sorte de zone neutre moins fournie de vais- seaux, au niveau de laquelle, d'après M. Charcot, on observerait de préférence les ramollissements.

Système artériel de l’écorce.

 

Les artères qui se rendent à l'écorce du cerveau sont la cérébrale antérieure, la cérébrale moyenne et la cérébrale postérieure. Elles ont chacune des départements qui leur sont affectés.

La cérébrale antérieure se rend aux première et deuxième circonvolutions frontales, à la face interne de l'hémisphère cérébral, au lobule para-central, au lobe carré, situé en arrière du précédent, à la circonvolution du corps calleux. La cérébrale moyenne est logée au fond de la scissure de Sylvius, d'où son nom d'artère sylvienne. C'est de beaucoup la plus importante des trois par son mode nie distribution et la fréquence de ses maladies. Elle est affectée spécialement à la zone motrice. Cette artère se divise dans la scissure: de Sylvius en quatre ou cinq branches volumineuses qui se rendent :

La première au lobule de l'insula;

La deuxième à la troisième circonvolution frontale (M. Charcot rapporte l'exemple d'une embolie de cette artère ayant causé le ramollissement de la troisième circonvolution frontale et l'aphasie);

La troisième à la circonvolution frontale ascendante

La quatrième à la circonvolution pariétale ascendante

La cinquième à la première circonvolution temporale et au pli courbe, situé derrière cette circonvolution.

La cérébrale postérieure se distribue au lobe occipital aux ,deuxième et troisième circonvolutions temporales et à une partie du lobe pariétal. Il faut remarquer que ces artères communiquent peu entre elles. Les différentes artères des circonvolutions sont presque toutes terminales ou finales (Conheim), c'est-à-dire qu'elles ne reçoivent pas d'anastomoses et qu'elles n'en donnent pas. Aussi ne peuvent-elles se suppléer les unes les autres, même les diverses branches d'un même département.

Les artères périphériques arrivées à la surface du cerveau ne pénètrent pas directement dans l'écorce, mais se ramifient en un nombre considérable de rameaux qui, avant d'entrer dans la substance cérébrale, deviennent capillaires. Aussi la pie-mère se compose-t-elle d'une toile celluleuse dans laquelle se divisent toutes les branches dont nous venons de parler, avant leur pénétration dans la substance cérébrale.

De ces branches, les unes vont à la substance corticale grise ce sont lesartères courtes ; les autres se rendent à la substance blanche ce sont les artères longues.

Système artériel des noyaux gris centraux.

 

Les artères destinées aux ganglions encéphaliques, c'est-à-dire au corps opto-strié, naissent isolément du tronc principal, à angle droit. Elles sont parallèles entre elles et ne s'anastomosent sur aucun point de leur trajet, de telle sorte que chacune d'elles représente un système isolé. Elles forment plusieurs groupes distincts.

Un premier se détache de la communicante antérieure ; c'est le groupe antérieur.

Un deuxième groupe, groupe, groupe médian postérieur se détache de la cérébrale postérieure, et aussi de la communicante postérieure.

Deux autres groupes, groupes latéraux postérieurs, prennent naissance sur les artères cérébrales postérieures.

Enfin, deux groupes antérieurs, qu'on nomme groupes latéraux antérieurs se détachent des artères sylviennes. Ces derniers groupes sont de beaucoup les plus importants. Ils sont formés de quinze à vingt branches artérielles qu'on trouve à l'entrée de la scissure de Sylvius au niveau du point appelé espace perforé antérieur.

Ces divers systèmes se détachent de l'hexagone artériel ou à son voisinage dans une zone excentrique qui ne dépasse pas l'hexagone de plus de 2 centimètres.

Les artères des noyaux gris sont toutes des artères terminales.

Le groupe médian antérieur se distribue à la partie antérieure de la tête du noyau caudé.

Le groupe médian postérieur se rend à la face interne de la couche optique et des parois ventriculaires.

Le groupe latéral postérieur va à la partie postérieure de la couche optique.

Le groupe latéral antérieur, ou sylvien, le plus important de tous, forme ce que l'on est convenu d'appeler les striées.

Ces artères, nées de la sylvienne, se partagent, presque aussitôt après leur origine, en deux groupes un groupe interne et un groupe externe. Le groupe interne est le moins important des deux. Il occupe l'espace situé entre le noyau lenticulaire et la capsule interne. Ce sont les artères striées internes.

Le groupe externe, artères striées externes, se place entre la capsule externe et la face externe du noyau lenticulaire, point au niveau duquel M. Charcot a admis une sorte de cavité virtuelle qui est le siège assez fréquent de l'hémorragie cérébrale.

Ce groupe externe se subdivise lui-même. Quelques-unes des artères qui le composent se rendent au noyau lenticulaire. Ce sont les artères lenticulo-striées. Les autres se rendent au noyau lenticulaire et à la couche optique. On les nomme pour cette raison artères lenticulo-optiques.

Les premières ou artères lenticulo-striées se rendraient principalement aux deux tiers antérieurs de la capsule interne, composés de fibres motrices, et les secondes ou artères lenticulo-optiques au tiers postérieur de cette capsule, comprenant des fibres sensitives, de telle sorte que la lésion du premier groupe entraînerait l'hémiplégie, et celle du second groupe donnerait lieu à l'hémi- anesthésie.

Le cerveau est-il animé de battements à l'état normal ? Cette question fort discutée par les physiologistes a si peu d'intérêt au point de vue chirurgical, que je crois inutile d'y insister ici. Le cerveau, mis à découvert, présente des battements isochrones à ceux du pouls, voilà la vérité aussi me contenterai-je de dire avec Longet, dont je partage absolument la manière de voir à cet égard « Le cerveau ne se meut pas chez l'adulte tant que le crâne est intact. »

D'après Traité d'anatomie topographique avec applications à la chirurgie par T. Tillaux

 

 

 

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