Si l'on nous faisait cette question : Qui est-ce qui a enseigné aux hommes à se pourvoit des choses indispensables à la vie, à préparer leurs aliments, à se vêtir, à se construire des abris contre la rigueur des saisons, etc., etc. ? il n'est personne qui fut embarrassé pour répondre : C'est le besoin, la nécessité, c'est l'instinct de la conservation. Si l'on demande maintenant : Qui est-ce qui a inspiré à ces mêmes hommes l'aversion pour la douleur, la crainte de la maladie et de la mort , le désir d'éloigner ces lléaux non seulement de soi-même , mais encore de tous les êtres qui leur sont chers? nous répondrons avec la même assurance : C'est un instinct naturel irrésistible, instinct qui se fait sentir au sauvage du désert comme au citoyen des villes, au pauvre comme au riche , au philosophe comme à l'ignorant , sous la zone glaciale comme sous les feux de l'équateur. De là à l'invention de la médecine il n'y a qu'un pas, et nous allons voir comment il aété franchi. Cela nous sera d'autant plus facile que nous possédons un livre des plus anciens qui fournit sur cette matière des documents très positifs et très explicites : il nous suffira de l'extraire textuellement.


«La nécessité même, dit l'auteur que nous citons, força les hommes de chercher et d'invesiter l'art médical ; car ils s'aperçurent que le régime de la santé ne convenait pas à la maladie, pas plus qu'il n'y convient aujourd'hui. Bien plus, en remontant dans les siècles passés , je pense que le genre de vie et de nourriture dont, en santé , on use de nos jours.

n'aurait pas été découvert, si l'homme, pour son boire et son manger, avait pu se contenter de ce qui suffit au bœuf, au cheval et à tous les êtres en dehors de l'humanité, à savoir, des simples productions de la terre , des fruits , des herbes et du foin. Les animaux s'en nourrissent, s'en accroissent, et vivent sans être incommodés et sans avoir besoin d'aucune autre alimentation. Sans doute , dans les premiers temps , l'homme n'eut pas d'autre nourriture , et celle dont on se sert de nos jours me semble une invention qui s'est élaborée dans le long cours des ans. Mais d'une alimentation forte et agreste naissaient une foule de souffrances violentes, telles qu'on les éprouverait encore aujourd'hui par la même cause : chez ceux qui se sustentaient avec ces matières crues, indigestes et pleines d'activité, il survenait des douleurs intenses, les maladies et une prompte mort. Les hommes d'alors en souffraient m.oins sans doute , à cause de d'habitude : cependant le mal était grand , même pour eux , et la plupart , surtout ceux qui étaient d'une constitution faible, périssaient... Telle fut, ce me semble, la cause qui engagea les hommes à chercher une nourriture en harmonie avec notre nature , et ils trouvèrent celle qui est en usage maintenant.
» Les hommes qui ont cherché et trouvé la médecine , avant les mêmes idées que ceux dont j'ai parlé plus haut, ont d'abord , je pense, retranché quelque chose de la nourriture habituelle, et, au lieu de laisser manger beaucoup, n'ont laissé manger que peu. 11 arriva que ce régime leur suffit pour quelques malades, qui évidemment en retirèrent du bénéfice ; non tous cependant , car quelques uns étaient dans un tel état, qu'ils ne pouvaient triompher même d'une petite quantité de nourriture. On crut devoir leur donner quelque chose de plus faible , et l'on inventa les bouillies où Ton mêle peu de substance à beaucoup d'eau , et où l'on enlève tout ce qu'il y a de substantiel par le mélange et la cuisson. Enfin, à ceux même qui ne pouvaient supporter les bouillies, on les supprima , et l'on se borna aux simples boissons , ayant soin d'en régler la quantité et le tempérament, et de n'en donner ni trop, ni trop peu, ni de trop intempérées.
M Celui donc qui est appelé médecin , celui qui , de l'aveu de tous, possède un art, et qui a découvert le régime et l'alimentation des malades, semble-t-il avoir suivi une autre route que celui qui , changeant à l'origine le genre de vie sauvage et brutal des hommes, les amena à la nourriture qui est aujourd'hui la nôtre? Selon moi , la méthode est la même, la découverte est identique (Oeuvres d'Hippocrate, traduction de M, Littré, Traité de l'ancienne médecine , t. 1, 3, 5, 7.). »
Ce tableau, d'une simplicité et d'une exactitude remarquables, nous montre comment l'homme est parvenu à jeter les premiers fondements de la médecine ; il lui a suffi d'observer que certaines choses lui étaient bonnes et d'autres mauvaises, pour en induire qu'il devait user des premières et s'abstenir des secondes. Ainsi l'application d'un cataplasme chaud sur le côté ayant soulagé , je suppose , Thrasimène d'une pleurodynie , on fut porté naturellement à croire que le même moyen réussirait sur Eurimédon, atteint d'une douleur semblable; ainsi la saignée ayant guéri la fille de Damète, privée de sentiment après une chute grave , on dut en conclure qu'il fallait traiter de la même manière toute personne qui se trouvait dans un cas analogue. Le raisonnement qu'on faisait en cette occurrence était fort simple : on ne s'enquérait pas comment ni pourquoi un remède avait guéri ; on se contentait de savoir qu'il avait guéri , pour se croire autorisé à l'essayer de nouveau. L'observation et la mémoire , qui constituent rexpérience , étaient alors les principales facultés mises en exercice; le raisonnement n'entrait que pour une part bien minime dans l'inventionet l'application des moyens thérapeutiques. Tel fut le premier pas de l'esprit humain dans la carrière médicale; il consiste à avoir substitué les lumières de l'expérience aux inspirations brutes de l'instinct, substitution rationnelle et avantageuse, comme nous allons le démontrer tout-à-l'heure.

d'après histoire de la médecine par P. V. Renouard.

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