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Signification morphologique et homologies

Le grand hypoglosse appartient au groupe des nerfs encéphaliques ventraux. Sa nature ventrale est attestée : 1° par sa distribution à des muscles dérivés des somites céphaliques; 2° par son origine aux dépens de celte partie de la substance grise motrice du bulbe qui prolonge vers l'encéphale le groupe cellulaire antéro-interne des cornes antérieures de la moelle; 3° enfin par sou émergence au niveau du sillon préolivaire qui fait suite en liant à la ligne d'émergence des racines antérieures de la moelle.

Comme tous les nerfs crâniens du système ventral, l'hypoglosse est l'homologue des racines médullaires antérieures; toutefois il ne doit pas être regardé comme répondant à une seule de ces racines, mais comme le produit de la fusion de plusieurs de celles-ci. Les recherches de Froriep (1882) ne laissent aucun doute sur ce point. Etudiant le mode de développement de la région occipitale (liez des embryons de ruminants, Froriep a vu que cette région présente originairement 3 segments mésodermiques; à chacun de ces somites occipitaux répond un nerf construit sur le type des nerfs rachidiens. Mais celte disposition métamérique de la zone occipitale est de courte durée. Il se produit rapidement une fusion des somites occipitaux des nerfs qui leur sont annexés; c'est de la fusion de ces 3 nerfs que résulte la formation de l'hypoglosse. Les recherches embryologiques d'Iversen chez Protopterus, de Ostroumoff chez les Sélaciens, de Chiarugi chez les reptiles, les oiseaux et certains mammifères et enfin de Martin'' chez le chat, ont confirmé les conclusions de Froriep. Encore que le nombre des somites occipitaux, et  partant des nerfs qui leur sont annexés, varie avec les espèces, tous ces auteurs arrivent à admettre que l'hypoglosse est le produit de la fusion de plusieurs nerfs occipitaux.

En étudiant l'hypoglosse dans la série des mammifères, Beck a retrouvé, chez les sujets adultes, des traces de la disposition métamérique embryonnaire; c'est ainsi que chez certaines espèces, et notamment les ongulés, il a vu les racines de l’hypoglosse se condenser en 3 troncs qui ne se réunissaient qu'à leur sortie du canal condylien antérieur.

Chez l’homme adulte, l'hypoglosse, comme d'ailleurs tous les autres nerfs crâniens ventraux, est un nerf purement moteur. Mais, produit de la fusion de plusieurs nerfs à type spinal, il doit présenter originairement des racines postérieures. C'est en effet ce que montre l'étude de son développement ontogénique et phylogénique.

Chez des embryons humains de 6,9 et 10,2 mm, His a vu, annexé à l'hypoglosse, un ganglion qui disparaît d'ailleurs très rapidement. Chez toutes les espèces animales où la portion sensitive de la 12ème paire a été systématiquement recherchée au cours du développement, elle a été retrouvée. Mais, alors que, chez l'homme, la régression de cette portion sensitive est, normalement du moins, rapide et complète, nous voyons, chez nombre d'espèces animales, l'hypoglosse conserver ses racines postérieures. Chez les vertébrés inférieurs, c'est là chose fréquente. Chez les mammifères, cette persistance est normale chez les Ruminants, fréquente chez les Carnivores et les Equidés, plus rare dans les autres espèces (Froriep et Beck). Le nombre et le volume de ces racines postérieurs de l'hypoglosse sont d'ailleurs sujets à do grandes variétés; d'une façon générale la disposition de ces racines sensible régie |tar la loi suivante: les racines postérieures de l'hypoglosse présentent leur maximum de développement au niveau de la partie caudale delà 12ème paire; en d'autres termes la régression de la portion sensitive de l'hypoglosse marche de l’encéphale vers la moelle.

Chez l'homme, la persistance d'une racine postérieure de l'hypoglosse est une anomalie tout à fait exceptionnelle. Froriep et Beck ont examiné'.V2 sujets sans la rencontrer. Beck, qui a soumis les observations déjà publiées à un contrôle rigoureux, rejette comme inexacts ou insuffisamment démontrés les cas de Santorini', de Mayer et de Vulpian. Restent alors les observations de Chiarugi et de Kazzander auxquelles il faut joindre deux cas nouveaux signalés par Testut*. Dans tous ces cas, la racine postérieur*' de la 12ème paire affecte la disposition suivante. Elle sort du sillon collatéral du bulbe au-dessous des filets radiculaires de la portion bulbaire du spinal; elle se porte alors en haut et en dehors, croise soit la face postérieure, soit la face antérieure du tronc du spinal et, après avoir présenté un léger renflement ganglionnaire, vient se joindre aux racines antérieures.

La régression de la portion sensitive de la 12ème paire n'a rien qui puisse nous étonner. Nous avons déjà rencontré un fait analogue pour les autres nerfs crâniens ventraux chez lesquels cette régression est plus marquée encore. Mais il est intéressant de remarquer avec Froriep et Beck que cette atrophie du système radiculaire postérieur peut s'étendre au premier nerf cervical; on verra en effet, en étudiant ce dernier, que la réduction extrême et même la disparition complète de sa racine postérieure est chose relativement fréquente. 

D'après traité d'anatomie par P. Poirier.

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