Les muscles peauciers présentent un certain nombre de caractères communs.

1° Ils sont disposés en sens radié ou en sens concentrique autour des orifices. Henle, a distingué trois couches, une couche transversale superficielle, une couche verticale, et une couche transversale profonde (le buccinateur notamment); cette distinction est en partie arbitraire, car on est obligé de faire rentrer les muscles à direction oblique dans la classe des muscles verticaux ou des transversaux.

2° Ils présentent, dans leur forme typique, une insertion osseuse fixe, et une insertion cutanée mobile. Mais l'insertion osseuse peut être remplacée par une insertion fibreuse. comme il arrive pour le muscle frontal, les auriculaires supérieur et antérieur qui sont fixés à l'épicrâne, le transverse du nez et le risorius insérés tous deux sur une aponévrose. Les deux insertions peuvent même être encore plus modifiées. La portion palpébrale de l'orbiculaire des paupières va d'un ligament fibreux à un autre ligament fibreux, le dilatateurs des narines se fixe par ses deux extrémités sur un cartilage, et l'orbiculaire des lèvres s'épuise à ses deux bouts dans le plan cutanéo-muqueux. En général, les fibres des insertions osseuses sont rouges et compactes, celles des insertions cutanées sont pâles et éparpillées.

Les insertions cutanées se font suivant une disposition étudiée par Podwyssozky (Arch. f. microsc. Anatomie, 1887). Arrivées au voisinage de l'épithélium, les fibres musculaires se décomposent en fibrilles isolées en pinceau, qui aboutissent chacune à une fibrille tendineuse. (Celles-ci s'entre-croisent en réseau et vont se fixer, le plus grand nombre dans les rendements épithéliaux interpapillaires, et quelques- unes dans l'épithélium de la papille elle-même. La terminaison se fait de la façon suivante : un certain nombre de fibrilles tendineuses se confondent avec la membrane basale du derme qui est sans doute elle-même constituée par un réseau fibrillaire; les autres traversent cette membrane et se perdent dans les espaces intercellulaires de l'épithélium en se fixant probablement au ciment.

L'auteur, qui a étudié quelques animaux domestiques et l'homme, a trouvé cette disposition très développée chez le lapin. Il pense qu'elle est en rapport avec la mimique si active des lèvres chez cet animal; par cotte terminaison intra- ou juxta-épidermique et par la dissociation de leurs fibres, les peauciers peuvent faire mouvoir la couche épithéliale et commander à des territoires extrêmement restreints. l'eut-être y a-t-il aussi une action vaso-motrice exercée sur les capillaires de la papille par les fibres musculaires qui enlacent ces vaisseaux.
Il n'est pas dit d'ailleurs que toutes les insertions des peauciers soient épithéliales; vraissemblablement, d'autres se font par fixation des fibres musculaires aux faisceaux fibreux du derme ou mieux du tissu sous-dermique très dense en certaines régions de la lace.

3° La plupart des muscles peauciers n'ont pas de gaine aponévrotique, soit à cause de leur éparpillement, soit parce qu'un certain nombre sont plongés dans une graisse molle. Il faut faire exception pour les muscles auriculaire et occipito-frontal qu'enveloppe un dédoublement de l'aponévrose épicrânienne, le buccinateur qui a un feuillet lamelleux sur sa face externe, le peaucier du cou qui possède un fascia.

4° Sur tous les sujets, un certain nombre de muscles, variables d'ailleurs, sont continus avec les muscles voisins, soit par accolement exact des deux Lords sur un certain trajet, soit le plus souvent par échange de fibres musculaires. Telles sont les anastomoses du peaucier avec le carré du menton, de l'orbiculaire des paupières avec les zygomatiques, du temporal superficiel avec le frontal. Cette continuité est bien plus marquée chez les singes inférieurs; l'homme possède les muscles les plus différenciés, les plus indépendants; mais cette indépendance n'est jamais absolue, les anastomoses excentriques indiquent encore l'origine de chaque muscle dans le masque continu du peaucier qui s'est progressivement segmenté. L'embryon humain présente souvent la disposition simienne, qui se transforme par la suite en muscles autonomes.
Le type fusionné se rencontre surtout chez les sujets ô musculature vigoureuse. Chudzinski a constaté que chez les nègres les muscles de la face sont très intriqués, et forment un masque en apparence uniforme, ce qui est dû soit au plus grand nombre de libres musculaires, soit à leurs anastomoses plus fréquentes. Le type discontinu est au contraire celui des sujets aux traits fins, à musculature un peu grêle.

5° Le développement de la musculature faciale est loin d'être toujours régulier. Il peut varier dans son ensemble et dans ses parties. La musculature totale est sur certains sujets très prononcée, sur d'autres très affaiblie, comme il arrive d'ailleurs pour tous les muscles du corps; mais on observe aussi des différences régionales. On peut voir prédominer les muscles des paupières, ou bien les muscles des lèvres. Cruveilhier a noté que certains muscles présentent un volume inversement proportionnel, comme le releveur superficiel et le releveur profond de la lèvre supérieure, ou directement proportionnel et corrélatif comme le buccinateur et l'orbiculaire, le triangulaire avec le grand zygomatique, le frontal avec le sourciller, l'orbiculaire et le pyramidal. Ce sont là des groupements fonctionnels agissant par synergie ou par antagonisme.

6° Les variations sont plus fréquentes sur les muscles de la face que sur tous les autres muscles du corps, soit parce que leur dérivation d'un muscle unique et commun laisse subsister dans les muscles isolés des traces différentes de la continuité originelle, soit parce que l'exercice éminemment variable des organes des sens et des expressions mimiques pousse les muscles dans des voies spéciales et leur crée des formes individuelles que transmet l'hérédité. Ces variations portent sur le nombre, le volume, la forme, la disposition des muscles, et influent considérablement sur les caractères de la physionomie.

7° Tous les muscles peauciers sont innervés par le nerf facial. La sphère de distribution de ce nerf s'étend depuis l'occipital jusqu'au peaucier du cou; il commande donc à des muscles synergiques et à des muscles antagonistes : la même branche préside à l'élévation et à l'abaissement du sourcil, à l'occlusion et à l'ouverture de la bouche. Au contraire les muscles masticateurs sous-jacents au peaucier, notamment le masséter et le temporal, reçoivent leur motricité du trijumeau par sa petite branche motrice ou branche masticatrice.

8° La dissection de ces muscles offre d'assez grandes difficultés, surtout pour ménager leurs insertions cutanées. On recommande de choisir des sujets vigoureux. Cruveilhier a basé sa description sur l'étude de têtes de suppliciés ou d'individus morts de mort violente, et il fait remarquer que les muscles de la face pâlissent et maigrissent avec une grande rapidité dans le cours des maladies; ils se décolorent aussi promptement après la mort.
Toutefois les sujets vigoureux présentent, ce grand défaut, que leurs muscles sont continus et anastomosés; mieux vaut pour les débutants un sujet sec et maigre, non phtisique, dont les muscles soient bien distincts. Si l'on veut pousser l'étude un peu loin, il faut faire une double dissection, une par la face superficielle, une autre par la face profonde qui ménage mieux les insertions cutanées. Les figures 209 de l'Analomie chirurgicale de B. Anger, et 84 du tome 1er de l'atlas de Bonamy et Beau représentent les muscles vus par leur couche profonde. Cruveilhier recommande aussi le trempage dans l'acide nitrique dilué qui dissout le tissu cellulaire et durcit les fibres des muscles.

d'après traité d'anatomie par P. Poirier.

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