Le triceps sural (M. triceps sarae)constitue une masse musculaire considérable, étendue du fémur et des deux os de la jambe à l'extrémité postérieure du calcanéum. Cette masse musculaire, qui détermine la saillie du mollet, est formée par trois muscles : deux superficiels, les Jumeaux ; un troisième profond, le SoléaireLes trois muscles aboutissent à un tendon commun, le tendon d'Achille.

 

Action

La contraction du triceps produit :

  • 1° l'extension du pied ;
  • 2° son adduction ;
  • 3° sa rotation en dedans ; en somme il place le pied en varus équin.

On peut regarder, d'une façon schématique ce mouvement complexe comme la résultante de deux mouvements secondaires s'accomplissant successivement : dans un premier temps, il se fait un mouvement d'extension simple; dans un deuxième, un mouvement de torsion en dedans, c'est-à -dire de supination.

Le mouvement d'extension s'accomplit avec une grande énergie pour l'arrière-pied et pour la partie externe de l'avant-pied, beaucoup plus faiblement pour la partie interne de ce dernier; une pression légère exercée sous le premier métatarsien empêche très facilement l'extension de ce dernier. Ce peu d'action du triceps sural sur la partie interne de l'avant-pied est dù « à ce que les articulations correspondantes jouent entre elles verticalement de bas en haut et vice versa dans une assez grande étendue, et qu'il n'existe pas à leur partie inférieure de ligaments qui puissent s'opposer à ce mouvement » (Duchenne). - Au contraire, la partie externe de l'avant-pied. est si solidement unie au calcanéum que dans les mouvements d'extension elle ne fait qu'un avec ce dernier. - Ce mouvement d'extension se passe dans l'articulation tibio-tarsienne. C'est un mouvement presque direct; je dis presque, parce que l'axe de rotation de la tibio-tarsienne n'est pas exactement transversal, mais s'incline un peu en arrière par son extrémité externe. Cette inclinaison est d'ailleurs pratiquement négligeable.
Le mouvement de torsion en dedans se passe surtout dans la calcanéo-astragalienne et accessoirement dans l'astragalo-scaphoïdienne. L'axe de cette articulation calcanéo-astragalienne étant dirigé, comme je l'ai dit, en bas, en arrière et en dehors, il en résulte que l'extrémité antérieure du calcanéum se portera en bas, en dedans et un peu en avant, et viendra se placer au-dessous de la tête astragalienne. - La partie externe de l'avant-pied suit passivement l'extrémité antérieure du calcanéum, à laquelle elle est solidement attachée, et il ne se produit aucun mouvement dans l'articulation calcanéo-cuboïdienne. Mais, ce mouvement de la partie externe de l'avant-pied ne peut se produire sans mettre eu mouvement l'articulation astragalo-scaphoïdenne sur laquelle agit le triceps sural. - Nous avons vu que l'axe de l'articulation astragalo-scaphoïdienne coïncidait sensiblement avec celui de l'astragalo-calcanéenne; les deux mouvements vont s'ajouter pour produire la torsion du pied en dedans. - Il importe de remarquer qu'une fois l'action du triceps crural épuisée, on j)eut encore exagérer cette torsion en dedans. Dans ce cas, inter- vient l'articulation calcanéo-cuboïdienne; le cuboïde, qui se déplace en bas et en dedans, permet au scaphoïde une excursion plus étendue sur la tête astra-galienne.
Dans l'étude remarquable qu'il a donnée des mouvements de torsion produits par le triceps sural, Duchenne ne parle que de mouvements se passant dans la calcanéo-astragalienne. Il est facile de se convaincre que tout mouvement dans cette articulation a pour corollaire obligé des mouvements dans l'astragalo-scaphoïdienne.
Cet exemple nous montre que, conformément à la formule générale que j'ai énoncée plus haut, c'est la direction des surfaces articulaires qui détermine le sens du mouvement produit ; je ne fais que signaler l'opinion de Delpeuch qui attribuait les mouvements d'adduction et de rotation en dedans, produits par le triceps sural, à la prédominance d'action de ce muscle sur le bord interne du calcanéum. - A ces mouvements principaux d'extension et de torsion en dedans produits par le triceps sural, il faut ajouter l'extension des premières phalanges des orteils et la flexion des deux dernières. Ce mouvement secondaire est dû à la mise en jeu de la tonicité de l'extenseur commun des orteils, et consécutivement, de celle des fléchisseurs de ces mêmes doigts.
Innervation. - Le nerf du soléaire, branche du sciatique poplité interne, unit très souvent par un tronc commun avec celui du jumeau externe. Il descend au-devant du jumeau externe, suit la face postérieure du soléaire, et pénètre dans le muscle tout près de son arcade fibreuse. Le soléaire reçoit aussi un filet long et grêle qui, venu du nerf du long fléchisseur commun des orteils, s'épuise dans la face antérieure du muscle.

Variations et anomalies

Les chefs constitutifs du triceps sural peuvent s'isoler plus ou moins. Bankart, Pye-Smith, Philips, chez un Africain. Chudzinski, chez un caraïbe, ont observé l'indépendance de ces chefs dans toute leur étendue, disposition constante chez les anthropoïdes, les singes et certains carnassiers. - Le triceps devient quadriceps par l'adjonction d'un faisceau qui tantôt est ischio-calcanéen, tantôt fémoro-calcanéen. Le faisceau ischio-calcanéen détaché du biceps, du demi-tendineux, ou même, quoique plus rarement, du grand adducteur nous est connu. Le faisceau fémoro-calcanéen (gastroenemius tertius de Krause) naît soit dans l'angle de bifurcation de la ligne âpre (Smith, Virchow), soit de la branche de bifurcation interne de la ligne âpre (Terrier, Walsham). Il est assez fréquemment bifide (Quain, Koeliker, Flesch et Wood), l'un de ses chefs naissant de la surface poplitée, tandis que l'autre vient de la capsule du genou. - L'un ou l'autre des chefs constitutifs peut ou prédominer ou disparaître. En général, le jumeau interne est plus développé que le jumeau externe. Macalister a signalé la transformation fibreuse de ce dernier; Shefferd a observé son absence: cependant Chudzinski a vu chez un nègre le jumeau externe plus développé que le jumeau interne. Parfois, on observe dans le tendon du jumeau externe, plus rarement dans celui du jumeau interne (Theile, Hyrtl, Cruveilhier, Macalister) un sésamoïde. Suivant Chudzinski, ce sésamoïde serait presque constant dans les races nègres. - Lorsque le soléaire est distinct des jumeaux dans toute son étendue, il va s'insérer directement au calcanéum par ses fibres charnues. - Sous les noms de soléaire surnuméraire (Cruveilhier), de secundus soleus (Pye-Smith), on a décrit un faisceau ui tantôt s'isole de la face profonde du soléaire, tantôt part de la ligne oblique du tibia et de l'aponévrose d'enveloppe du fléchisseur commun, tantôt encore de ces deux dernières origines à la fois, pour se terminer directement sur le côté interne du calcanénum. Testut a noté une très grande réduction du chef tibial en tout semblable à celle vue par Macalister chez le gorille : les singes ont un soléaire uniquement péronier.

D'après traité d'anatomie par P. Poirier.

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