Le muscle court fléchisseur du pouce (M. flexor pollicis brevis) est triangulaire, incurvé en forme de gouttière dans sa moitié supérieure, le Court fléchisseur se détache du carpe par deux faisceaux.

Un faisceau supérieur qui naît du trapèze, de la partie attenante du ligament annulaire et plus profondément, de la gaine fibreuse du grand palmaire; un faisceau profond qui naît du trapézoïde, du grand os et très souvent encore des fibres tendineuses qui représentent les origines carpiennes du faisceau oblique de l'adducteur.

Un faisceau superficiel descend le long du bord cubital de l'opposant avec lequel il est parfois si intimement confondu qu'on ne peut arriver à séparer les deux muscles. Le faisceau profond, d'abord tendineux et étroit, se porte plus obliquement en dehors et se réunit au précédent pour aller s'attacher au sésamoïde externe et au tubercule externe de la première phalange du pouce.

Le court fléchisseur forme, dans sa moitié supérieure, une gouttière logeant le tendon du long fléchisseur; dans sa moitié inférieure, il est tout à fait en dehors de ce tendon sous lequel a passé son faisceau profond. - Son faisceau superficiel répond en avant à l'aponévrose et à la peau; sa face profonde recouvre la face antérieure du tendon du long fléchisseur propre. En dehors, son bord externe répond à l'opposant dont il est souvent malaisé de le séparer. - Le faisceau profond répond : en avant au tendon du long fléchisseur qu'il croise obliquement ; en arrière au premier métacarpien. Son bord interne confondu en haut avec le bord externe de l'adducteur s'en sépare inférieurement.

La description du court fléchisseur du pouce que nous venons de donner est celle de Cruveilhier, de Sappey, et, d'une façon générale, celle de nos classiques français. En revanche, nombre d'anatomistes étrangers, anciens ou modernes, donnent du court fléchisseur une description toute différente.

Albinus regardait ce muscle comme forme de deux chefs, l'un allant au sésamoïde externe (c'est le court fléchisseur tel que nous l'avons décrit), l'autre, allant au sésamoïde interne (c'est le chef carpien de l'adducteur tel que nous le comprenons). - Soemerring- attachait plus de valeur aux insertions supérieures ; il rattachait les faisceaux qui viennent du ligament annulaire à l'abducteur du pouce sous le nom d'abductor internus et donnait le nom de court fléchisseur à l'ensemble des faisceaux venant directement du massif carpien et se rendant, les uns au sésamoïde radial, les autres au sésamoïde cubital. - La description de Henle se rapproche de celle de Soemerring. Lui aussi rattache à l'abducteur notre chef superficiel du court fléchisseur; ainsi, pour lui, le court fléchisseur est constitué par un chef externe (notre chef profond) allant au sésamoïde radial et un chef interne, ne représentant qu'une partie plus ou moins isolée du chef métacarpien de l'adducteur et allant au sésamoïde cubital. - Krause, Meckel, Hyrtl, Heitzmann adoptent dans ses grandes lignes la description d'Albinus. Ils décrivent au court fléchisseur un chef externe forme par notre court fléchisseur classique et un chef interne formé (et c'est là que leur opinion diffère de celle d'Albinus), non pas par le faisceau carpien de l'adducteur tout entier, mais par la portion de ce faisceau qui forme le chef externe de Henle.

En présence de ces opinions divergentes, Flemming (de Kiel) [Anatomischer Anzeiger, 1er février 1887, a entrepris sur le court fléchisseur une série de recherches. Et, en se basant sur l'innervation des faisceaux en litige, il est arrivé à cette conclusion que : seul le faisceau superficiel du court fléchisseur de Cruveilhier, innervé par le médian, doit être regardé comme un court fléchisseur. Le chef profond de cet auteur qui va cependant au sésamoïde radial et le chef interne de Henle, Krause, Meckel étant innervés par le cubital doivent être rattachés à l'adducteur.

Nous voyons en somme que si nous construisions un court fléchisseur schématique qui serait comme la synthèse du court fléchisseur des différents auteurs, nous aurions un muscle théorique à quatre chefs; - le premier (A) répondrait au chef superficiel des auteurs français (abducteur interne de Soemerring-Henle); - le second (B) au chef profond de nos classiques, chef superficiel de Henle; - le troisième (C) au chef profond de la majorité des anatomistes allemands: - le quatrième (D) au chef profond d'Albinus diminué du chef précédent.

Laissons ce dernier de côté : il appartient incontestablement à l'adducteur et l'opinion d'Albinus n'est plus soutenue par personne. Restent les trois autres. - Pour discuter le muscle auquel il faut rattacher ces faisceaux et individualiser le court fléchisseur, nous avons à notre disposition les données fournies par l'innervation des faisceaux en litige, celles de l'anatomie comparée et enfin la dissection simple de ces faisceaux. Quant à l'action physiologique, elle ne peut, comme Flemming l'a bien montré, fournir aucun renseignement. - Nous avons vu que Flemming avait utilisé les données de l'innervation. Nous discuterons plus loin (Voy. innervation des muscles de l'éminence thénar) ce que valent les recherches de Flemming au point de vue de l'exactitude des faits observés. Ce qu'il faut discuter ici, c'est la valeur de la méthode elle-même. Brooks ne lui en accorde aucune en se basant surtout sur la fréquence des anomalies nerveuses qu'il a trouvées au niveau même du territoire du court fléchisseur. C'est ce qu'avoue d'ailleurs Flemming dans une note de l'Anat. Anzieger du 14 avril 1887. Gegenbaur (Morph. Jahr., vol. XV, p. 483), tout en faisant des réserves au point de vue de la signification générale des anomalies nerveuses et de leur utilisation possible dans des cas donnés, pense que, dans le cas particulier, il faut accepter les conclusions de Brooks.

L'anatomie comparée fournit-elle des renseignements plus importants?

Il semble bien démontré aujourd'hui, depuis les recherches déjà anciennes de Duvernoy et de Bischoff, celles plus récentes de Macalister, de Cunningham, de Brooks. de Quain, de Gegenbaur et de Hepburn que le vrai chef externe du court fléchisseur, l'homologue du chef péronier du court fléchisseur du gros orteil, est l'interosseus primus volaris de Henle.

En bonne logique, on devrait donc décrire, comme chef externe du court fléchisseur, le premier interosseux palmaire et rattacher à l'adducteur, comme le fout les Français, le chef profond des auteurs allemands. Mais, il faut avouer qu'en pratique, la chose n'est pas possible. Le développement de plus en plus considérable de l'adducteur au cours de l'évolution a tellement repoussé le chef cubital du côté de la face dorsale qu'on peut regarder ce faisceau comme ne faisant plus partie du court fléchisseur. En effet, lorsqu'au début de la phylogénie, un muscle donné a subi des modifications aussi grandes que le court fléchisseur, on est autorisé, croyons-nous, tout en faisant des réserves au point de vue de la signification générale du muscle et de ses homologies, à le décrire tel que le montre la dissection chez l'homme et non tel qu'il existe chez des mammifères plus ou moins bas placés dans la série. C'est d'ailleurs l'avis de Gegenbaur qui, dans son traité d'anatomie humaine, donne du .court fléchisseur une description analogue à celle de Cruveilhier.

Nous sommes donc amenés en dernière analyse à nous contenter des données de la dissection. Celle-ci justifie amplement notre description.

Nous devons avouer cependant que, ainsi décrit, le court fléchisseur présente des anomalies relativement fréquentes; que, notamment, l'absence de son faisceau profond n'est pas un fait exceptionnel. Et nous pensons, avec Gegenbaur, que ces anomalies semblent indiquer que la même évolution, qui a fait du chef cubital un faisceau presque insignifiant, fusionné avec l'adducteur, tend peut-être à accomplir le même travail du côté du chef radial.

D'après traité d'anatomie par P. Poirier.

 

 

 

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