L'histoire sainte dit positivement que Moïse , ayant été sauvé des eaux par une des filles de Pharaon, fut élevé à la cour de ce prince et instruit dans toutes les sciences des prêtres égyptiens ; il paraît qu'il y devint très habile : c'est pourquoi, lorsqu'il se présenta devant son souverain pour réclamer, au nom du Dieu d'Israël , l'affranchissement de ses frères réduits à une servitude aussi injuste que cruelle, il ne fut nullement ébloui par les prestiges des magiciens, c'est-à-dire des savants, que Pharaon fit venir à plusieurs reprises dans son palais. Il prouva la légitimité de sa mission , en confondant l'orgueil des magiciens par des prodiges plus éclatants que les leurs , vainquit enfin l'entêtement intéressé du roi , et eut la gloire de délivrer ses frères du joug qui s'appesantissait sur eux depuis près de deux siècles.

On sait à travers combien d'obstacles il les ramena dans la terre où avaient séjourné leurs aïeux , et comment il mit à profit les loisirs d'une longue et pénible pérégrination pour leur donner une constitution politique et des préceptes de morale inspirés de Dieu.
Les écrits de Moïse constituent un monument précieux pour l'histoire de la médecine ; car ils renferment des règles hygiéniques d'une haute sagesse , qu'on peut regarder comme un fragment détaché de la science égyptienne. C'est dans le livre intitulé Lévitique que ce prophète-législateur a réuni la plupart des règles concernant les soins à donner à la santé. Le onzième chapitre contient une longue énumération d'animaux réputés impurs, c'est-à-dire malsains , parmi lesquels on remarque le lapin , le cochon, dont la chair n'a aucune qualité nuisible dans nos climats européens , mais pouvait en avoir sous le ciel de l'Égypte et de la Judée , chez des hommes dont les habitudes différaient tant des nôtres. Peut-être aussi les espèces désignées par ces noms n'étaient-elles pas les mêmes que celles que nous connaissons aujourd'hui. Enfin il est possible que Moïse, en faisant ces prohibitions, ait d'autres vues que celles qu'on lui prête.
Le douzième et le quinzième chapitre du même livre sont destinés à régler les rapports de l'homme avec la femme dans l'état de mariage. En les lisant, on ne peut se défendre d'un sentiment d'admiration pour l'esprit de sagesse et de prévoyance qui a fait un devoir religieux de l'observation de pratiques très salutaires. Le petit extrait suivant mettra le lecteur à même d'en juger.

« 1 . Le Seigneur parla encore à Moïse, et lui dit : »
« 2. Parlez aux enfants d'Israël, et dites-leur: Si une femme , ayant usé du mariage , enfante un mâle , elle sera impure pendant sept jours , selon le temps qu'elle demeure séparée , à cause de ses purgations accoutumées. »
« 3. L'enfant sera circoncis le huitième jour. »
« 4. Elle demeurera encore trente-trois jours , pour être purifiée de ses couches. Elle ne touchera à rien qui soit saint , et elle n'entrera point dans le sanctuaire jusqu'à ce que les jours de sa purification soient accomplis. »
« 5. Si elle enfante une fille, elle sera impure pendant deux semaines , comme lorsqu'elle est séparée à cause de ses purgations accoutumées, et elle demeurera encore soixante-six jours pour être purifiée de la suite de ses couches. »
« 6. Lorsque les jours de sa purification auront été accomplis, ou pour un fils ou pour une fille , elle portera à l'entrée du tabernacle du témoignage un agneau d'un an pour être offert en holocauste , et pour le péché le petit d'une colombe , ou une tourterelle , qu'elle donnera au prêtre. »
« 8. Et le prêtre priera pour elle, et elle sera ainsi purifiée (Chap. XII. Traduction de Lemaistre de Sacy). »
« 19. La femme qui souffre, ce qui dans l'ordre de la nature arrive chaque mois , sera séparée pendant sept jours. »
« 20. Quiconque la touchera sera impur jusqu'au soir. »
« 24. Si un homme s'approche d'elle, lorsqu'elle sera dans cet état qui vient chaque mois , il restera impur pendant sept jours , et tous les lits sur lesquels il reposera seront souillés. »
« 26. La femme qui hors les temps ordinaires souffre plusieurs jours cet accident qui ne doit arriver que chaque mois , ou dans laquelle cet accident ordinaire continue lors même qu'il aurait dû cesser, demeurera impure , comme elle l'est chaque mois , tant qu'elle sera sujette à cet accident. »
« 28. Si cet accident s'arrête et n'a plus sou effet, elle comptera sept jours pour sa purification. »
« 29. Et, au huitième jour, elle offrira pour elle deux tourterelles ou deux petits de colombe, à l'entrée du tabernacle du témoignage (Chap. XV). ».
A part ce qui concerne les cérémonies religieuses, dont l'utilité ne saurait être contestée pour assurer l'exécution des préceptes hygiéniques , ne dirait-on pas que ces propositions sont extraites d'un traité d'hygiène moderne ? Quoi de plus salutaire que la séparation momentanée des époux au retour périodique de certaines fonctions, qui constituent presque une infirmité chez les femmes? Quoi de plus ingénieusement imaginé pour prévenir le dégoût qui peut naître d'une cohabitation non interrompue ? L'auteur d'Emile n'at-il pas donné un semblable conseil plus de trois mille ans après ?
La Bible prescrit aussi des ablutions fréquentes , coutume qui a toujours paru nécessaire dans les pays chauds et arides, et parmi les peuples qui ne connaissaient pas l'usage du linge. Mais ce qui a le plus excité l'étonnement des médecins , c'est le tableau que Moïse trace de la lèpre blanche , et les ordonnances qu'il a faites pour en prévenir la propagation. voici les caractères qu'il assigne à cette maladie dans le chapitre treizième du Lévitique :
« 2. L'homme dans la peau ou dans la chair duquel il se sera formé une diversité de couleur, ou une pustule , ou quelque chose de luisant qui paraisse la plaie de la lèpre, sera amené au prêtre Aaron ou à quelqu'un de ses fils. »
« 3. Et s'il voit que la lèpre paraisse sur la peau , que le poil ait changé de couleur et soit devenu blanc , que les endroits où la lèpre paraît soient plus enfoncés que la et que le reste de la chair, il déclarera que c'est la peau plaie de la lèpre , et le fera séparer de la compagnie des autres. »
Les auteurs anciens ont confondu sous le nom de lèpre une foule d'affections très diverses ; d'où il est résulté que leurs descriptions ne se ressemblent nullement entre elles ni avec celle de Moïse. La pathologie cutanée était un vrai chaos, qui n'a été débrouillé qu'à une époque toute récente ; en sorte qu'il nous est impossible aujourd'hui de prononcer un jugement sur l'exactitude des signes indiqués ci-dessus. Quelques uns conviennent à une forme de maladie appelée lèpre blanche par les dermatologues modernes , mais non les autres. Ce qui augmente notre incertitude , c'est l'opinion universellement admise , et très probable d'ailleurs, que, par l'influence de conditions hygiéniques tout-à -fait différentes , certaines maladies ont pu disparaître ou se modifier au point de devenir méconnaissables , tandis que de nouvelles ont pu surgir. Sans cette considération , il nous serait difficile de ne pas reléguer au rang des préjugés , bien excusables à une époque si novice de la science médicale , ce que Moïse raconte concernant la lèpre qui s'attachait aux vêtements ou aux murailles des maisons , et qui , au dire de l'écrivain sacré , manifestait sa présence sur ces objets inanimés par des caractères évidents (Lévitique , chap. XIII et XIV).
Après le promulgateur du Décalogue , un des hommes dont les livres saints louent le plus la science est Salomon. Ils disent que ce monarque surpassait en sagesse tous les orientaux et les Égyptiens eux-mêmes ; qu'il avait composé cinq cents paraboles et trois mille cantiques; qu'il traita de toutes les plantes, depuis le cèdre du Liban jusqu'à l'humble hysope , et qu'il avait écrit également sur les animaux, les oiseaux, les reptiles , les poissons (Rois, liv. III, chap. IV, V. 30, 32, 33). L'historien Josèphe ajoute que Dieu avait donné à ce prince une connaissance parfaite des propriétés de toutes les productions de la nature, et qu'il s'en était servi pour composer des remèdes extrêmement utiles , dont quelques uns avaient même la vertu de chasser les démons (Liv. VIII, chap. II. - Leclerc, Hist, de la médecine , V partie, liv. II, chap. III).
On a pu remarquer ci-dessus que Moïse adresse toujours ses instructions concernant la lèpre et les autres infirmités aux prêtres seuls ; d'où l'on doit déduire qu'à cette époque les lévites joignaient l'exercice de la médecine aux fonctions du sacerdoce. Il paraît qu'ils conservèrent longtemps ce double privilège, car il n'est fait mention de médecins laïques parmi les Juifs que dans le livre de l'Ecclésiastique, dont l'auteur vivait durant le troisième siècle avant Jésus-Christ. Voici du reste comment il en parle :
« Honorez le médecin à cause de la nécessité, parce que c'est le Très-Haut qui l'a créé.
« Car toute médecine vient de Dieu , et elle recevra des présents du roi.
« La science du médecin l'élèvera en honneur, et il sera loué devant les grands.
« C'est le Très-Haut qui a produit de la terre tout ce qui guérit , et l'homme sage n'en aura point d'éloignement (Ecclésiastique , chap. XXXVIII, v. 1, 2, 3, 4). »

Version anglaise : Medicine of the Hebrews.

D'après histoire de la médecine par P.V. Renouard.

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