La Grèce, qui doit nous fournir bientôt les débris les plus intéressants et les mieux conservés de l'art de guérir chez les anciens , la Grèce ne nous offre , relativement à l'histoire de cet art durant les siècles qui précèdent la guerre de Troie, que des lambeaux informes, des traditions empreintes d'un caractère fabuleux et empruntées souvent à d'autres peuples. Le savant et modeste Daniel Leclerc expose fort au long cette mythologie médicale; il nomme plus de trente dieux ou déesses , héros ou héroïnes , qui étaient censés avoir inventé ou cultivé avec distinction quelqu'une des branches de la médecine.

Il interroge tour à tour les monuments de toute espèce , histoire, poésies, chroniques, inscriptions; il ne néglige rien, dans l'espérance de faire jaillir quelque lumière de ce chaos de traditions invraisemblables ou contradictoires ; mais ses efforts , aussi louables qu'infructueux , n'ont pu en tirer aucune vérité utile, aucun fait bien avéré. Sprengel , qui a repris le même travail deux cents ans après , avec une patience germanique, n'a réussi qu'à étaler une érudition aussi vaste que confuse (Voyez aussi l'Histoire de la chirurgie, commencée par Dujardin et continuée par Peyvilhe. Paris, 1774-1780, 2 vol. in-4). Ce serait donc témérité à moi de m'engager dans un dédale où des hommes d'un si grand savoir se sont perdus. Je me contenterai d'extraire de cette légende fabuleuse quelques anecdotes et quelques noms des plus connus; car il en est qui sont tombés dans le domaine public, et qu'un médecin ne peut ignorer sans paraître étranger à l'histoire de son art.

Mélampe est le premier des Grecs, suivant l'ordre chronologique, qui se soit immortalisé par des cures extraordinaires, et à qui la reconnaissance ait élevé des autels. II vivait du temps de Prœtus , roi d'Argos, environ deux cents ans avant la guerre de Troie. On rapporte qu'il guérit Iphiclus de son impuissance en lui donnant de la rouille de fer. Mais ce fait est difficile à croire quand on songe qu'Iphieus prit part à l'expédition des Argonautes , qui eut lieu cent cinquante ans plus tard.
La plus fameuse des cures attribuées à Mélampe fut celle des filles de Prœtus. Ces princesses, qui s'étaient vouées au célibat, tombèrent dans des accès d'hystérie ou de monomanie, pendant lesquels elles se croyaient transformées en vaches , et abandonnaient la maison paternelle pour errer dans les forets , en poussant des cris semblables à des mugissements. Cette affection nerveuse se communiqua par sympathie à d'autres femmes d'Argos, qui suivirent les Prœtides et imitèrent leurs actes de démence. Le berger Mélampe ayant remarqué que ses chèvres se purgeaient en mangeant de l'ellébore blanc, fit prendre aux jeunes malades du lait dans lequel avait infusé cette plante ensuite il ordonna à de jeunes garçons robustes de les chasser devant eux , à travers champs , pendant un long bout de chemin. Quand il les eut ainsi rendues de fatigue , il les purifia par des charmes, et les fit baigner dans une fontaine d'Arcadie, appelée Clitorienne , ce qui compléta leur guérison. Pour prix d'un si grand service , Prœtus octroya à Mélampe la main d'une de ses filles avec le tiers de son royaume. Le pâtre montra en cette occasion non moins de dévouement fraternel que de perspicacité médicale , car il ne voulut accepter les bienfaits du monarque qu'à condition que son frère Bias obtiendrait une récompense égale à la sienne.
Chiron est moins illustre par les grandes choses qu'il a faites lui-même que par les élèves qu'il a formés. Il tenait école dans une grotte de la Thessalie, et si Ton s'en rapporte à la chronique, nul philosophe de l'antiquité, nul professeur des temps modernes ne réunit dans son auditoire autant de célébrités que le centaure en vit accourir dans son antre.
PÉRIODE PRIMITIVE 62
La plupart des héros qui se signalèrent à la conquête de la toison d'or ou à la guerre de Troie se vantaient d'avoir été ses disciples; on comptait parmi eux Hercule, Jason, Thésée, Castor et Pollux, l'artificieux Ulysse, le bouillant Diomède, le prolixe Nestor, le pieux Enée, l'invincible Achille. Le solitaire leur enseignait, dit-on, la philosophie, la musique, l'astronomie, l'art de combattre et de régner, la médecine. Il guérit Phœnix, fils d'Amyntor, d'une cécité réputée incurable , et sa renommée pour le traitement des ulcères était si grande , qu'on nomma chironiens ceux qui résistaient à tous les moyens curatifs , et qui présentaient en outre un caractère pernicieux. Les étymologistes font dériver le mot centaurée de celui de centaure, pour rester fidèles à la tradition mythologique, et n'ayant sans doute rien de mieux à mettre à la place. Enfin on raconte que ce héros ou ce demi-dieu, si habile dans le pansement des blessures de toute espèce , mourut de la blessure d'une flèche empoisonnée par le sang de l'hydre de Lerne.
Esculape fut, de tous les disciples de Chiron, le plus considérable, sous le rapport de la médecine; il passait pour fils d'Apollon et de la nymphe Coronis. Plusieurs cités de la Grèce se sont disputé la gloire de lui avoir donné le jour: mais l'opinion la plus commune le faisait originaire d'Epidaure, ville de l'Argolide, où il avait un temple et un oracle fameux. Les jumeaux Castor et Pollux voulurent qu'il les accompagnait dans l'expédition des Argonautes, ce qui prouve qu'il jouissait dès cette époque d'une grande renommée comme médecin, ou plutôt comme chirurgien.
L'Esculape des Hellènes étant d'une date postérieure à l'Hermès des Égyptiens, et ces deux personnages ayant entre eux beaucoup de traits de ressemblance, certains auteurs ont pensé que le dernier venu pourrait bien n'être qu'une copie du premier. Ils ont nié l'individualité du dieu d'Épidaure . et l'ont accusé de n'être que le sosie de son collègue de Memphis. Leclerc , après avoir approfondi cette grave question et l'avoir retournée dans tous les sens, n'ose pas la décider : je me range a son avis.
Quoi qu'il en soit , Esculape obtint dans l'antiquité une vénération à peu près universelle. Son culte, qui passa des Grecs aux Romains , s'étendit dans toutes les contrées où pénétrèrent les armes de ces deux nations. Nous parlerons ailleurs des principaux temples érigés en son honneur, des prêtres qui les desservaient et des progrès qu'ils firent dans la science médicale. Pour le moment, nous nous contenterons de rapporter quelques unes des cures qu'on lui attribue, et de jeter un coup d'œil sur l'opinion des anciens relativement à sa manière de traiter les maladies.
On dit qu'il rappela de la mort à la vie Hippolyte fils de Thésée , un Capanée , un Lycurgue , un Eriphyle et bien d'autres. Piuton, dieu des enfers, effrayé de voir diminuer de jour en jour la quantité des nouveaux arrivants dans le royaume sombre, se plaignit à Jupiter, qui foudroya l'audacieux guérisseur. C'est pour cela, dit un plaisant, que les modernes enfants d'Esculape s'abstiennent de faire des prodiges. Mais le spirituel écrivain oubliait qu'il a toujours existé et qu'il existe encore une classe de soi-disant médecins qui n'a jamais cessé d'opérer des miracles : on les appelle, suivant la circonstance, charlatans, théosophes, thaumaturges, etc. Tels furent, entre autres, Asclépiade, de Bithynie, qui ressuscita un trépassé sur la place publique de Rome, en plein jour ; Paracelse, qui se vantait de conserver dans une fiole un petit bonhomme vivant, fabriqué par lui de toutes pièces ; Robert Fludd , l'oracle des théosophes modernes; Mesmer, le magnétiseur, et leurs adeptes.
Quant à la méthode que suivait Esculape dans le traitement des maladies, nous n'avons à ce sujet, comme sur tout ce qui concerne ce dieu, que des documents fort peu dignes de foi. Le poète Pindare, qui vivait sept ou huit cents ans plus tard, a décrit le premier cette méthode dans les termes suivants : « Esculape, dit-il, guérissait les ulcères, les blessures, les fièvres, les douleurs de tous ceux qui s'adressaient à lui , au moyen de doux enchantements , de potions calmantes , d'incisions et par l'application de remèdes extérieurs (Troisième ode pythique). » La plupart des écrivains postérieurs au poëte béotien, tels que Galien, Plutarque, Pausanias , Pline et autres, ont adopté là -dessus le même sentiment. Platon, comparant la médecine d'Esculape à celle de ses contemporains, donne tout l'avantage à la première, pour des raisons qui méritent d'être rapportées.

Dans le troisième dialogue sur la République , Socrate, interrogé par Glaucon, lui fait cette réponse : « Recourir à l'art du médecin, non pour des blessures ni pour quelque maladie produite par la saison, mais grâce à cette vie molle que nous avons décrite, et qui nous remplit d'humeurs et de vapeurs malsaines comme des marécages, mettre les dignes enfants d'Esculape dans la nécessité d'inventer pour nous les mots nouveaux de fluxions, de catarrhes, n'est-ce pas là une chose honteuse à ton avis ? »
En effet, Socrate, ce sont là des noms de maladie nouveaux et extraordinaires.
- « Comme il n'en existait pas, je pense, du temps d'Esculape : ce qui me porte à le croire , c'est que ses deux fils (Machaon et Podalire) au siège de Troie, ne blâmèrent point !a femme qui donna pour breuvage à Eurypile blessé du vin de Pramme, sur lequel elle avait répandu de la farine et du fromage râpé , toutes choses propres à engendrer la pituite ; ni Patrocle qui guérit la blessure avec des simples.

- « Il était étrange cependant de donner ce breuvage à un homme blessé. »
- « Il ne l'était pas, si tu fais réflexion qu'avant Hérodicus l'art de conduire et, en quelque sorte, d'élever les maladies , qui est la médecine actuelle, n'était point, dit-on, mis en pratique par les disciples d'Esculape. Hérodicus était maître de gymnase : devenu valétudinaire , il a fait de la gymnastique et de la médecine un mélange qui servit à le tourmenter surtout lui-même et bien d'autres après lui.
«  Comment donc? »
« En lui ménageant une mort lente; car, comme sa maladie était mortelle , il la suivait pas à pas sans pouvoir se guérir, et négligeant tout le reste pour la soigner, dévoré d'inquiétudes pour peu qu'il s'éloignât de son régime, de sorte qu'à force d'art il parvint jusqu'à la vieillesse dans une vraie agonie.
« Son art lui rendit là un beau service ! »
« Il le méritait bien, pour n'avoir pas vu que si Esculape n'enseigna pas à ses descendants cette médecine, ce ne fut ni par ignorance ni par défaut de savoir, mais parce qu'il savait qu'en tout Etat bien policé , chaque citoyen a une tache à remplir , et que personne n'a le loisir de passer sa vie à être malade et de se faire soigner. Nous sentons le ridicule de cette méthode chez des artisans , nous ne le sentons plus chez les riches et les prétendus heureux de ce monde.
« Explique-toi. »
« Qu'un charpentier soit malade, il trouve bon qu'un médecin lui donne un remède pour le faire vomir ou purger par en bas , ou le délivre de son mal par le moyen du feu ou du fer ; mais si on vient à lui prescrire un long régime , en lui mettant autour de la tête de molles enveloppes et tout ce qui s'ensuit, il a bientôt dit qu'il n'a pas le temps d'être malade et qu'il ne lui est pas avantageux de vivre ainsi, ne s'occupant que de son mal et négligeant son travail qui l'attend. Il dit adieu à une pareille médecine , et revenant à sa vie ordinaire , il recouvre la santé et reprend son travail ; ou si son corps ne peut résister à l'effort de la maladie, la mort vient le tirer d'embarras C'est, selon nous , par ces considérations qu'Esculape n'a prescrit de traitement que pour les gens qui se portent bien par nature et par régime , dans le cas seulement où il leur survient quelque maladie , et qu'il s'est borné à des potions et à des incisions , sans changer leur manière de vivre , ne voulant pas faire tort à l'état; mais à l'égard des sujets radicalement malsains , il n'a pas voulu se charger de prolonger leur vie et leurs souffrances par des injections et des éjections ménagées à propos, et les mettre dans le cas de produire d'autres êtres destinés probablement à leur ressembler. Il a pensé qu'il ne faut pas traiter ceux qui ne peuvent remplir la carrière marquée par la nature, parce que cela n'est avantageux ni à eux-mêmes, ni à l'État,
« Tu lais d'Esculape un politique. »
« Il est évident qu'il l'était, et ses enfants en fourniraient la preuve. Ne vois-tu pas qu'en même temps qu'ils se battaient avec intrépidité sous les murs de Troie , ils exerçaient la médecine , comme je viens de dire (De la République, livre III, traduction de M. Cousin, p. 167 et suiv.)...»

Toute cette argumentation , tendant à prouver que la science médicale ne doit pas s'occuper des hommes valétudinaires ou d'une constitution débile, s'écroule devant la réflexion bien simple d'un des interlocuteurs : « Tu fais d'Esculape un politique. » C'est, en effet, le tort de Socrate ou de Platon qui s'exprime par sa bouche , de vouloir que le médecin sacrifie les sentiments de la nature et les droits de l'humanité souffrante aux exigences d'une politique impitoyable. Non, quoi qu'en dise ce sage, l'homme de l'art ne doit pas s'enquérir si la conservation de l'individu qui réclame ses soins est onéreuse ou utile à l'État. Sous les anciennes républiques , on a pu louer ce farouche patriotisme; mais nos mœurs actuelles le repoussent. Elles ne permettent pas au médecin de s'ériger en juge de ses malades; il ne doit en être que la providence.
Telle est la manière dont le corps médical de France a compris ses devoirs à toutes les phases de nos dissensions intestines. Naguère encore, il en a donné un éclatant témoignage. On se rappelle qu'à la suite d'une des émeutes qui ensanglantèrent la capitale, durant les premières années du règne de Louis-Philippe , un préfet de police voulut imposer aux médecins l'obligation de déclarer les noms des blessés auxquels ils donnaient des soins. Le magistrat ne voyait dans cette mesure qu'un moyen honnête, selon lui, de découvrir quelques ennemis du gouvernement; mais le public et le corps médical y virent l'abus du secret confié , la délation se cachant sous le manteau d'un ministère de bienfaisance : la politique fut contrainte de fléchir devant la morale, et ce n'est pas là une des moindres gloires de notre époque. Il n'en eût pas été probablement de même au temps de Platon; car l'opinion que nous combattons ici et dont ce philosophe s'est fait l'écho , appartient bien moins à lui qu'à son siècle; elle régnait dans toutes les anciennes républiques , avant l'avènement du christianisme.
Machaon et Podalire touchent aux confins qui séparent la mythologie de l'histoire : ces deux personnages participent de ce double caractère , leur biographie offrant un mélange de contes fabuleux et de récits vraisemblables. Leur existence, par exemple, ne peut être révoquée en doute; car les chants homériques et d'autres anciens écrits s'accordent à les représenter comme de vaillants capitaines et d'habiles médecins , qui prirent une part très active au siège de Troie : mais leur généalogie ne saurait inspirer la même confiance. On les disait fils d'Esculape, et nous savons que la réalité individuelle de ce dernier est excessivement problématique. D'ailleurs ces mots fils ou enfants d'Esculape sont souvent employés au figuré, chez les anciens auteurs, pour désigner les hommes qui se vouent à la profession médicale.
Machaon était regardé comme l'aîné des deux frères; il traita Ménélas , lorsque ce prince fut blessé traîtreusement par Pandare ; il guérit aussi Philoctète qui était resté boiteux, à la suite d'une blessure qu'il se fit en laissant tomber sur son pied une des flèches d'Hercule. Cet illustre chirurgien trouva la mort dans un combat singulier sous les murs de Troie.
Podalire lui survécut et assista à la ruine du royaume de Priam ; mais, à son retour, il fut jeté par une tempête sur les côtes de la Carie. Un berger le recueillit , et , ayant su qu'il était médecin , il le mena chez Damète, roi du pays, dont la fille s'était laissée choir du haut d'une maison. La jeune personne était sans connaissance et sans mouvement, les assistants la tenaient déjà pour morte ; mais l'habile chirurgien la saigna aux deux bras et eut le bonheur de la rappeler à la vie.
Voilà le premier exemple d'une saignée pratiquée dans un but de guérison ; malheureusement il n'est pas très authentique. Etienne de Byzance, qui le rapporte, écrivait dans le Vème siècle , c'est-à-dire environ 1600 ans après l'événement, et il ne dit pas à quelle source il l'a puisé. Quoi qu'il en soit, l'usage de la saignée remonte bien avant Hippocrate , car ce médecin en parle dans divers passages comme d'une chose commune de son temps.
Les autres membres de la famille d'Esculape sont tous des êtres fictifs, dont les noms symboliques servent à rappeler certaines attributions de la médecine. Ainsi le nom d'Epione, sa femme, dérive d'un nom grec qui signifie adoucir: ceux d'Hygie et de Panacée, ses filles, expriment, l'un la santé, l'autre la guérison de tous maux.
En outre , beaucoup de dieux et de déesses de l'Olympe se faisaient honneur de remplir quelque fonction médicale. Apollon ou Phœbus, père d'Esculape, les usurpait à peu près toutes ; sous le titre de Pœon , il s'arrogeait le privilège d'exciter et d'apaiser les épidémies. On sait que Junou présidait aux accouchements , et prenait alors les surnoms de Lutine, Ilithye ou Natalis. Enfin, du rapprochement ingénieux de plusieurs passages de l'Iliade et de l'Odyssée, M. Malgaigne induit qu'Apollon était censé l'auteur de toutes les morts naturelles chez les hommes, et Diane chez les femmes (Études sur l'anatomie et la physiologie d'Homère (Bullelin de l'Académie royale de médecine. Paris , 1842 , pag. 1006 et suiv.)).

Les premiers habitants de la Grèce, nommés Pelages, se nourrissaient encore des glands de leurs forêts , se couvraient de peaux de bêtes fauves , s'abritaient dans des antres, à une époque où, depuis longtemps déjà , l'Egypte, la Phénicie, la Chaldée, jouissaient de tous les avantages de la civilisation. Des émigrations successives parties de Sais, de Tyr et de Memphis, portèrent dans la péninsule hellénique les germes des arts et des sciences. Inachus , victime d'une révolution , conduisit en Grèce la première colonie égyptienne et jeta les fondements de la ville d'Argos, l'an 1856 avant Jésus-Christ. Plusieurs siècles après , Cecrops, contraint de fuir aussi les rivages du Nil, débarquait sur les côtes de l'Attique, où il devint le fondateur d'Athènes, qu'il consacra à Minerve. Cadmus , venu de Tyr avec une troupe de Phéniciens, s'établit dans la Béotie, et éleva les murs de Thèbes, dont la citadelle prit le nom de Cadmée.
La majeure partie des autochtones embrassa de gré ou de force les habitudes de la vie civilisée, adopta le culte et les lois des nouveaux-venus; tandis qu'un certain nombre d'autres, préférant l'indépendance et l'oisiveté de la vie nomade , se formèrent en hordes errantes, qui dévastaient les campagnes, enlevaient les troupeaux, dépouillaient et massacraient les voyageurs. Les fondateurs des nouvelles colonies leur firent une guerre à outrance , et les premiers hommes qui se signalèrent par des victoires remportées sur les chefs de ces brigands ou sur des monstres sauvages furent considérés comme des héros, des bienfaiteurs de l'humanité. La reconnaissance mêla leurs louanges à celles des dieux. Mais peu à peu le souvenir de ces événements s'affaiblit, parce qu'il n'était consigné dans aucune narration écrite. On confondit les aventures des héros indigènes avec celles des dieux importés de l'étranger ; on brouilla les noms et les dates ; et la vanité nationale se plut à donner une origine grecque aux uns comme aux autres , à transporter le théâtre de tous les événements célèbres, de toutes les grandes découvertes sur le territoire hellénique. Les premiers chroniqueurs, venus longtemps après, ne cherchèrent pas à remonter jusqu'à la source des traditions, à les éclairer les unes par les autres : ils ne furent que les échos des croyances populaires. Voilà comment il se fait que la mythologie des Grecs, quoique assez moderne, offre tout autant d'incertitude et d'obscurité que celle des peuples beaucoup plus anciens.

D'après histoire de la médecine par P.-V. Renouard

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