La couronne des dents est creusée à son centre d’une cavité, allongée de bas en haut pour les incisives et les canines, ovoïde pour les prémolaires, cuboïde pour les grosses molaires.

Cette cavité, qui se réduit progressivement au fur et à mesure que le sujet avance en âge, se prolonge en se rétrécissant dans toute la longueur de la racine et aboutit à l’orifice, signalé ci-dessus, qui occupe le sommet de cette dernière. La cavité centrale de la dent, tant dans sa portion radiculaire que dans sa portion coronaire, est comblée al état frais par une substance molle, que l’on désigne sous le nom de pulpe dentaire. Envisagée au point de vue de sa constitution anatomique, la dent se compose donc de deux parties : une partie molle, qui occupe le centre et qui est la pulpe dentaire ; une partie dure, de consistance pierreuse, qui constitue sa périphérie. Cette portion dure est formée en majeure partie par une substance particulière, que l’on désigne indistinctement sous le nom de dentine ou d 'ivoire (b). L’ivoire est recouvert extérieurement, au niveau de la couronne par l'émail (a), au niveau de la racine par le cément (c). La dent nous offre donc à considérer les quatre parties suivantes : 1° la pulpe ; 2° l’ivoire ; 3 ° l’émail ; 4 ° le cément.

Pulpe dentaire

La pulpe dentaire, qui représente, chez l’adulte, la papille dentaire de la vie fœtale, est un organe mou de couleur rougeâtre ou simplement rosé, occupant la cavité centrale de la dent et la remplissant entièrement.

Coupe longitudinale d’une dent de la mâchoire inférieure, avec son alvéole (schématique).

1, dent, avec : 2, émail et, 2', membrane de Nasmyth. — 3, ivoire ou dentine. — 4, cément. — 5, pulpe dentaire. — 6, coupe du maxillaire inférieur, avec : 6, son périoste — 7, paquet vasculo-nerveux partant du canal dentaire et allant à la pulpe. - 8, alvéole de la dent comble par le périoste alvéolo-dentaire. — 9, 9 trousseaux fibreux, les uns transversaux, les autres obliques, représentant les ligaments de la dent. — 10, logettes inter-ligamentaires. — 11, 11, muqueuse gingivale.

Caractères macroscopiques

Elle a donc, naturellement, la même forme que la dent qui la recouvre : elle est fusiforme dans les canines, taillée en biseau dans les incisives, surmontée dans les molaires d’un certain nombre de saillies conoïdes correspondant aux tubercules de la couronne. Son volume varie avec l’âge : très considérable chez l’enfant, la pulpe diminue chez l’adulte et se trouve très réduite chez le vieillard, où elle finit même par disparaître, complètement.

Composition chimique

Examinée au point de vue chimique par Wurtz, la pulpe dentaire a été trouvée imprégnée d’un liquide fortement alcalin et contenant en dissolution une matière albuminoïde particulière : elle précipite, en effet, par l’acide acétique, caractère que ne présente pas l’albumine. Le liquide pulpeux renferme constamment une petite quantité de phosphate de chaux. Or, comme le phosphate de chaux ne se dissout que dans un milieu acide, il est rationnel de penser que ce sel se trouve dans la pulpe, non à l’état de dissolution, mais à l’état de combinaison intime avec l’albumine elle-même.

Structure

Histologiquement, la pulpe dentaire est essentiellement formée par un tissu conjonctif mou et délicat, dont les principaux éléments, fibres et cellules, sont séparés par une matière amorphe extrêmement abondante.

  1. Les fibres, d’une extrême finesse, plus ou moins anastomosées entre elles, ne paraissent être que des prolongements conjonctifs.
  2. Les cellules sont de deux ordres. Les unes, irrégulièrement disséminées dans toute l’étendue de la pulpe, sont des cellules conjonctives ordinaires ; elles sont fusiformes, étoilées, munies de prolongements plus ou moins nombreux ; elles sont d’autre part, relativement abondantes, surtout dans les parties centrales. Les autres (Od ) sur la figure, s’étalent à la surface de la pulpe, formant là, entre la pulpe et l’ivoire, une rangée assez régulière, qui rappelle assez exactement les rangées d’ostéoblastes appliquées contre une lamelle osseuse en voie de formation ; elles ont reçu le nom d’odontoblastes.
  3. Les odontoblastes, durant la période d’évolution de la dent, sont formés par des éléments cellulaires allongés à grand axe perpendiculaire à la surface de l’ivoire. Mais quand la dent a atteint sont complet développement, ils deviennent arrondis ou ovoïdes : quelques-uns d’entre eux sont même aplatis de dedans en dehors ; comme le monde nettement la figure ( Od ).Chacun d’eux est constitué par un protoplasma fin et granuleux : il a un contour très net et possède un noyau, se cantonnant de préférence dans celle des deux extrémités de la cellule qui est en contact avec la pulpe. Weil a décrit, au-dessous des odontoblastes, entre ceux-ci et la pulpe, une mince t ouche hyaline (couche basale). Mais cette couche, comme l’établissent les recherches d’Ebner et de Rose, ne paraît être qu’un produit artificiel.

Les odontoblastes envoient sur tout leur pourtour des prolongements protoplasmiques, que nous distinguerons, d’après leur direction, en internes, externes et latéraux : les prolongements internes pénètrent dans la pulpe et s’y anastomosent vraisemblablement avec les prolongements des cellules conjonctives ci-dessus décrites ; les prolongements latéraux,

 

Coupe transversale de la racine d’une jeune dent, pour montrer la pulpe en place (d’après Rose).

D, dentine ou ivoire. - - P, pulpe dentaire. — V, V. veines. — A. A, artères. — N, filets nerveux. — Od, odontoblastes, de forme cylindrique, déposant encore de la dentine. — OU, odontoblastes aplatis, ayant cessé de produire de la dentine.

 

Prolongements des odontoblastes (schématique).

1, ivoire. — 2, pulpe. — 3, trois odontoblastes avec : 4, leurs prolongements externes. — 5, leurs prolongements latéraux. — 6, 6’, leurs prolongements internes.

toujours très courts, s’unissent avec les prolongements similaires des odontoblastes voisins ; les prolongements externes, les plus importants des trois, s’engagent dans les tubes de l’ivoire, où ils constituent ce qu’on appelle les fibres de l’ivoire ou fibres de Tomes. Nous les retrouverons tout à l'heure (Voy. Ivoire). Disons ici, en passant, que chaque cellule peut envoyer dans l’ivoire une seule fibre ou des fibres multiples ; on en a compté jusqu’à six pour la même cellule.

Ivoire

L’ivoire ou dentine (3) est la partie principale de la dent. C'est une substance dure, d’une coloration blanchâtre, inclinant sur le gris jaunâtre. Sa densité, inférieure à celle de l’émail, est supérieure à celle du tissu compact des os longs.

Forme et rapports

L’ivoire, sur une dent quelconque, a la même forme générale que la dent elle-même. Sa surface inférieure répond à la pulpe. Sa surface extérieure est en rapport avec l’émail pour la partie coronaire de la dent, avec le cément pour la partie radiculaire.

De même que l’émail recouvre entièrement la couronne, le cément forme à la racine ou aux racines un revêtement complet.

Les deux substances recouvrantes prémunit réciproquement contact au niveau du collet et, à ce niveau, le bord supérieur du cément empiète légèrement sur l’émail, en se continuant avec la cuticule. Il en résulte que, sur une dent parfaitement saine, l’ivoire n'est sur aucun point exposé au dehors.

Composition chimique

Au point de vue chimique, l’ivoire renferme des substances organiques et des substances inorganiques, les premières dans la proportion de 28 p. 100, les secondes dans la proportion de 72 p. 100. Ces substances se décomposent comme suit, d’après l’analyse de Bibra :

Osséine 27,01 %
Graisse 0,40 %
Phosphate de chaux et fluorure 66,72 %
Phosphate de magnésie 1,08 %
Carbonate de chaux 3.36 %
Sels solubles 0,83 %

 

Structure

Histologiquement, l’ivoire nous offre à considérer les trois parties suivantes : 1° une substance fondamentale ; 2° dans cette substance fondamentale, des cavités tubuleuses appelées canalicules de l’ivoire; 3 ° dans ces canalicules, des fibres que l’on désigne sous les noms de fibres de l’ivoire ou fibres de Tomes. 

Vaisseaux et nerfs. — Outre les éléments conjonctifs précités, la pulpe dentaire renferme des vaisseaux (sanguins et lymphatiques) et des nerfs, les uns et les autres fort nombreux. Nous les décrirons plus loin.

  1. Substance fondamentale

La substance fondamentale (5) se présente à l’œil sous la forme d’une matière transparente, homogène ou finement granuleuse. On la rencontre indistincte-

 

 Coupe de la racine d’une dent, montrant à la fois l’ivoire, le cément et le périoste (d’après Rose).

1, cellules épithéliales contenues dans le périoste (restes de la gaine épithéliale de Hertwig). — 2, ostéoblastes. — 4, lacunes du cément. — 4, couche granuleuse de l’ivoire. — 5, ivoire.

ment dans toutes les régions do l’ivoire, mais cependant avec des proportions variables : c’est ainsi qu’elle est moins abondante dans la couronne que dans la racine, moins abondante aussi dans ses parties centrales (au voisinage de la pulpe) que dans ses parties périphériques (au voisinage de l’émail et du cément). Ces variations quantitatives tiennent naturellement aux variations volumétriques que présente, sur les points sus-indiqués, le deuxième élément constitutif de l’ivoire, les canalicules.

Vu sur des coupes, l’ivoire nous présente çà et là un certain nombre de lignes courbes et

 

Coupe transversale d'une dent au niveau de la racine (d’après Rauder).

a, cavité pulpaire. — b, dentine ou ivoire- — c, cément. — 1, lignes incrémentales. — 2, couche granuleuse do l’ivoire.

 

parallèles entre elles, qui divisent la masse fondamentale en couches multiples et superposées : ce sont les lignes de contour d’Owen, les lignes incrémentales (incrémental Unes) de Salter. Ces lignes, sur des coupes longitudinales de la dent, se présentent sous la forme d’arcs surmontant la cavité pulpaire et plus ou moins parallèles à la surface de la couronne ; sur les coupes transversales, elles se disposent sous la forme d’anneaux concentriques entourant la cavité pulpaire. Les lignes incrémentales sont la conséquence de la disposition stratifiée de l’ivoire, autrement dit résultent de ce fait que l’ivoire, au cours du développement de la dent, se dépose par couches successives tout autour de la pulpe, tout comme se déposent autour du vaisseau ossificateur les lamelles concentriques qui constituent les systèmes de Havers.

On rencontre assez fréquemment, do préférence le long des lignes incrémentales, un certain nombre de cavités irrégulières, dont le contour paraît formé par des masses globuleuses faisant saillie dans la cavité : de ce fait, les cavités en question ont été désignées par Czermak sous le nom d'espaces inter globulaires. La figure, empruntée à Tomes, nous présente un de ces espaces, où les masses globuleuses qui le délimitent sont nettement marquées. Les espaces inter globulaires, que Czermak et Owen considéraient comme normaux, probablement à cause de leur fréquence, no seraient, pour Magitot, que des accidents d’évolution, do véritables anomalies de structure. Tomes se range à cette dernière opinion et, pour lui, les espaces de Czermak doivent être considérés comme indice d’un arrêt de développement local.

Nous devons signaler encore, dans la partie toute superficielle de l’ivoire, la présence d’une quantité innombrable do lacunes (4), toutes petites, fort irrégulières, communiquant toutes les unes avec les autres et donnant à la région qu’elles occupent une apparence granuleuse : c’est la couche granuleuse do Tomes. Ces lacunes, qui sont immédiatement sous-jacentes à l’émail et au cément, sont plus apparentes au niveau de la racine qu’au niveau de la couronne.

Nous verrons tout à l’heure qu’elles sont l’aboutissant d’un très grand nombre de canalicules de l’ivoire, de tous peut-être.

Espaces inter globulaires dans l’ivoire (d’après Tomes).

  1. Canalicules de l’ivoire

Découverts par Leeuwenhoeck en 1673 et injectés pour la première fois par Gerlach en 1859, les canalicules de l’ivoire sont des tubes microscopiques de 2 à 4 p. de diamètre en moyenne, qui prennent naissance sur la paroi de la cavité pulpaire et qui, de là, s’étendent sans interruption jusqu’à la couche granuleuse de l’ivoire, quelquefois plus loin, jusque dans les parties avoisinantes de l’émail. Ils suivent tous une direction radia ire, et, par conséquent, sont perpendiculaires à la fois à la surface intérieure et à la surface extérieure de l’ivoire : les plus élevés, ceux qui se dirigent vers la partie centrale delà couronne, sont verticaux ; ceux qui viennent après sont obliquement ascendants ; ceux qui répondent au collet et à la partie supérieure de la racine sont horizontaux ; les inférieurs enfin, ceux qui répondent à la pointe de la racine, sont plus ou moins obliquement descendants.

Les canalicules ne sont pas rectilignes. L’examen des coupes nous apprend qu’ils décrivent deux ordres d’ondulations : de grandes ondulations, ondulations primaires de Tomes, qui se font à longs rayons et qui rappellent les inflexions de 1’$ iliaque ; de petites ondulations, ondulations secondaires de Tomes, qui ont moins d’amplitude que les précédentes, en même temps qu’elles sont infiniment plus nombreuses. D’après Kölliker, chaque canalicule décrirait en général

 

Tubes, de l’ivoire se terminant dans les espaces de la couche granuleuse (d’après Tomes).

 

Tubes de l'ivoire, vus sur une coupe transversale (d’après Tomes).

(Le double contour est, à dessein, d’une netteté exagérée pour rendre la figure plus démonstrative.)

 

Coupe transversale de la dentine montrant les tubes dentaires (d’après Tomes).

Dans quatre tubes dentinaires, les fibrilles sont fortement colorées par le carmin. En même temps, elles sont quelque peu rétractées par l’action de la glycérine dans laquelle la coupe a été plongée.

deux ou trois grandes courbes et un nombre très considérable (jusqu’à 200 par ligne) de petites courbes. Les ondulations primaires, s’effectuant au même niveau et dans le même sens pour les canalicules

Coupe de l’ivoire (d’après Boll).

Sur le bord de la coupe, on voit se détacher les gaines destinataires et de celles-ci sortir les fibrilles molles.

contigus, déterminent sur les coupes, par la manière dont elles réfléchissent la lumière, des lignes onduleuses que l’on désigne sous le nom de lignes de Schreger.

Au cours de leur trajet, les canalicules de l’ivoire s’envoient mutuellement de nombreuses anastomoses qui, suivant les cas, sont transversales ou obliques, rectilignes ou disposées en anses, simples ou ramifiées. Arrivés dans les couches superficielles de l'ivoire, ils se divisent et se subdivisent en des rameaux extrêmement ténus, lesquels se jettent finalement dans les lacunes, ci-dessus décrites, qui constituent la couche granuleuse de Tomes.

Les canalicules de l’ivoire possèdent, comme les ostéoplastes et les canalicules osseux, une sorte de paroi cuticulaire, que l’on met en évidence par la décalcification : si l’on fait agir, en effet, une solution acide sur l’ivoire, on voit la substance fondamentale se dissoudre, tandis que la paroi des canalicules reste intacte. On la désigne ordinairement sous le nom de gaine de Neumann, bien qu’elle ait été signalée, avant Neumann, par Kolliker. Il convient d’ajouter que cette paroi propre n’est pas admise par tous les histologistes et que, pour beaucoup d’entre eux, la prétendue gaine de Neumann n’est qu’une dépendance de la substance fondamentale.

A l’état frais, chaque canalicule renferme une fibre, la fibre de l’ivoire.

Fibres de l’ivoire

Découvertes par Tomes, en 1853, les fibres de l’ivoire, que l’on appelle encore fibres de la dentine, fibres dentinaires, fibres de Tomes, sont situées dans les canalicules de l’ivoire et les remplissent entièrement. Comme eux, elles s’étendent en sens radiaire depuis la pulpe jusqu’à la couche granuleuse ; comme eux encore, elles se divisent et s’anastomosent réciproquement au cours de leur trajet. Les fibres de Tomes, comme nous l’avons déjà vu (p. 79), tirent leur origine do la face externe des odontoblastes et, par conséquent, ne sont que des prolongements {prolongements externes) du protoplasma de ces dernières cellules.

Elles sont molles, amorphes, transparentes, élastiques. Elles se détruisent par la dessiccation, ce qui fait que, sur une dent macérée ou desséchée, les canalicules de l’ivoire se trouvent remplis d’air.

 

 Fragment d’ivoire : n. traversé par des fibrilles molles se continuant avec les cellules odontoblastiques b, b, (d’après Lionel Beale).

Tomes, sans considérer les odontoblastes comme de véritables cellules nerveuses, attribue à leurs prolongements externes un rôle important dans la sensibilité toute spéciale (chaud, froid, saveur acide et sucrée, sensation de contact) dont jouit l’ivoire.

Émail

L’émail (2) est cette couche de tissu dur et compact qui revêt la partie sus- alvéolaire de l’ivoire.

Forme et rapports

L’émail recouvre toute la couronne à la manière d’un capuchon ou d’un chapeau, le chapeau (l’émail. Il présente son maximum d’épaisseur au niveau de la surface triturante de la dent. De là, il se réduit graduellement en descendant sur les parties latérales et se termine, au niveau du collet, par un bord très mince, droit ou plus ou moins dentelé. Le chapeau d’émail nous offre à considérer deux surfaces, 1 une interne, l’autre externe. — La surface interne repose immédiatement sur l’ivoire, auquel elle adhère d’une façon intime sans interposition d’aucune substance.

Elle est irrégulière, raboteuse, hérissée de pointes

 

Coupe d’une partie de la couronne faite parallèlement aux prismes de l’émail (d’après Rauber).

a, un prolongement de l'ivoire. — b, tubes de l'ivoire se prolongeant dans les parties voisines de l'émail. - c, c, prismes de l’émail. — d, d, prismes coupés en travers. — e, cuticule de l’émail.

qui pénètrent dans l’ivoire et, d’autre part, creusée de petites cavités que viennent combler les tubes dentaires : les deux substances, ivoire et émail, se pénètrent donc réciproquement. — La surface externe de l’émail paraît, au premier abord, lisse et unie. Elle nous présente, en réalité, un système de stries transversales, disposées perpendiculairement au grand axe de la couronne.

Caractères physiques

L’émail a une coloration qui varie depuis le jaune plus ou moins foncé jusqu’au blanc mat et assez souvent jusqu’au gris bleuâtre (Magitot). Cette coloration, toutefois, ne lui appartient pas en propre : elle est celle de l’ivoire sous-jacent. L’émail, par lui-même, est diaphane ou très légèrement opalin. L’émail est d’une dureté et d’une résistance remarquables : il fait feu au briquet et émousse les instruments, la lime par exemple, avec lesquels on essaie de l’attaquer. Comme le diamant, l’email n’est rayé que par lui-même et ainsi s’explique l’usure des couronnes dentaires frottant réciproquement les unes contre les autres dans les mouvements divers de la mastication.

Composition chimique

Les analyses chimiques décèlent dans l’émail une proportion considérable de matières inorganiques (95 p. 100), pour une proportion relativement faible de substances organiques (5 p. 100 seulement). Voici, d’après Bibra, comment se répartissent ces substances chez l’enfant nouveau-né et chez l’adulte :

 

 

NOUVEAU-NÉ

ADULTE

Matière organique.

 

15,59 %

3,60 %

Phosphate de chaux.

 

75,23 %

96,00 %

Carbonate de chaux.

 

7,18 %

Phosphate de magnésie.

 

1,72 %

1,05 %

Phosphate de fer.

 

0,63 %

1,05 %

Sels solubles.

 

0,35 %

1,05 %

 

Structure

Envisagé au point de vue histologique, l’émail se compose d’une masse d’éléments allongés, appelés 'prismes de l’émail, que recouvre extérieurement une membrane cuticulaire.

  1. Prismes de l’émail

Les prismes de l’émail ou fibres de l’émail sont de petites colonnes, juxtaposées par leurs faces et adhérant intimement les unes aux autres sans interposition d’une substance quelconque. Ils s’élèvent perpendiculairement sur la surface externe de l’ivoire et s’étendent de là sans interruption jusqu’à la surface extérieure de l’émail ou, plus exactement, jusqu’à la membrane cuticulaire. Ceux qui répondent à la partie moyenne do la couronne sont verticaux : les autres s’inclinent peu à peu en dehors, de façon à devenir presque horizontaux au niveau du collet. Ils ont donc la même direction générale que les tubes de l’ivoire. Leur longueur, quelque point de la couronne que l’on considère, est toujours représentée par l’épaisseur même de l’émail : elle est maxima pour les fibres centrales, pour celles notamment qui répondent aux cuspides des molaires ; elle est minima pour celles qui répondent au collet, descendant à 0 au niveau de la circonférence ou bord terminal de l’émail.

 

Les prismes de l’émail, B, vus en coupe transversale (Klein).

Les prismes de l’émail, bien que se disposant suivant une direction radiaire, ne sont pas exactement rectilignes. On les voit assez souvent, après s’être séparés de l’ivoire, décrire des courbes plus ou moins marquées et devenir, suivant les cas, onduleux, contournés en S italique ou même plus ou moins spiroïdes.

Considérés à l’état d’isolement, les prismes de l’émail, comme leur nom l’indique, ont une forme prismatique : chacun d’eux revêt la forme d’un prisme à six pans, mesurant de 3 à 6 pi de largeur. Vus en longueur (A), ils rappellent en petit les colonnes prismatiques bien connues des for-

mations basaltiques. Vus en coupe transversale (B), ils figurent une élégante mosaïque où toutes les pièces sont de forme hexaédrique et régulièrement juxtaposées les unes aux autres.

Les prismes de l’émail présentent dans toute leur longueur (A) des stries transversales > couleur foncée, allant régulièrement d’un bord à l’autre et séparées par des espaces clairs de 3 ou 5 µ. de hauteur. La signification de ces stries n’est pas encore nettement élucidée : tandis que les uns 1 expliquent par la présence, dans l’émail, de deux substances différentes et alternant régulièrement, d’autres croient devoir les considérer comme le résultat d’un simple effet d’optique, les prismes de l’émail étant mal calibrés et reflétant irrégulièrement la lumière. On a signalé, dans les zones externes et les zones moyennes de 1 émail, la présence, entre les prismes, de lacunes plus ou moins considérables, affectant la forme do fentes ou de vacuoles. Ces lacunes doivent être considérées comme pathologiques, du moins chez l’homme.

  1. Membrane cuticulaire

L’émail, formation protectrice pour l’ivoire, est protégé lui-même par une membrane cuticulaire qui s’étale sur toute sa surface extérieure (e et a). Elle a été découverte par Nasmyth en 1839, d’où le nom de membrane de Nasmyth que lui donnent encore la plupart des auteurs.

C’est une simple pellicule, amorphe, transparente, continue, adhérant intimement aux prismes de l’email. Son épaisseur est en moyenne de 1 µ. Sa résistance est vraiment remarquable, elle ne s’altère nullement dans l’eau bouillante ; elle est inattaquable par les acides ; les alcalis la gonflent, mais sans la désagréger.

Morphologiquement, Tomes, dont l’opinion sur ce point est partagée par Magitot, considère la cuticule de l’émail comme l’homologue, chez l’homme, du cément coronaire des ruminants : ce serait donc un cément coronaire, mais un cément coronaire qui ne serait pas développé, un cément coronaire rudimentaire.

 

Membrane de Nasmyth, devenue libre par la destruction partielle de l’émail au-dessous d’elle (Tomes).

a, membrane de Nasmyth, avec : a’, extrémité détachée de cette membrane. — b, dentine. — d, masse occupant une cavité de l’émail. — e, émail.

Cément

Le cément (4) revêt et protège la racine comme l’émail revêt et protège la couronne. C’est une substance dure, opaque, de coloration jaunâtre, présentant les plus grandes analogies avec lo tissu osseux.

Disposition et rapports

Il commence, en bas, au niveau du sommet de la racine, où il présente son maximum de développement : il peut mesurer, à ce niveau, jusqu’à 3 et 4 millimètres d’épaisseur. De là, il se porte en haut, en s’atténuant graduellement, et vient se terminer à la hauteur du collet, par un bord très mince qui empiète un peu sur le bord terminal de l’émail. L’étui radiculaire se moule exactement, par sa face interne, sur la portion radiculaire de la dentine. Sa face externe répond au ligament alvéolo-dentaire, dont les faisceaux fibreux, comme nous l’avons déjà vu, la pénètrent plus ou moins profondément en devenant des fibres de Sharpey.

Composition chimique

Au point de vue chimique, le cément renferme, d’après les analyses de Bibra, 29,42 de substances organiques, contre 70,58 de substances inorganiques. Ces substances sont les suivantes.

Phosphate de chaux et fluorure de calcium

48,73

Carbonate de chaux.

7,22

Phosphate de magnésie.

0,99

Sels solubles.

0,82

Cartilage.

31,31

Graisse.

0,93

 

100,000

 

La composition chimique du cément est, comme on le voit, presque identique a celle de l’os. 

Structure

Histologiquement, le cément nous présente, comme le tissu osseux, une substance fondamentale, des ostéoblastes et des canalicules osseux.

  1. Substance fondamentale. — La substance fondamentale est homogène ou finement granuleuse. Sur les points où le cément présente une certaine épaisseur, elle se dispose sous forme de lamelles concentriques tout comme dans le tissu compact des os. Sur les points où la couche cémentaire est plus mince, au voisinage du collet par exemple, cette disposition lamellaire a disparu : tout au plus y rencontre-t-on quelques stries plus ou moins nettes et plus ou moins étendues. Les canaux do Havers font défaut chez l’homme, excepté au sommet des racines, où le cément présente son maximum d’épaisseur : mais ils existent en grand nombre dans le cément dos ruminants et des pachydermes.
  2. Ostéoblastes. — Les ostéoblastes se rencontrent dans le cément comme dans le tissu osseux ordinaire, mais avec dos caractères spéciaux. Tout d’abord, ils sont plus volumineux : leur diamètre moyen serait, d’après Magitot, de 30 à 60µ. dans leur plus grande longueur. Puis ils se disposent sans ordre et sans orientation déterminée. Ce n’est que sur les points où se trouvent les canaux de Havers, qu’on les voit revêtir une forme régulière et, d’autre part, s’ordonner parallèlement au contour des lamelles osseuses.
  3. Canalicules osseux. — Les canalicules osseux sont tout aussi irréguliers que les ostéoblastes dont ils dérivent. Tantôt ils sont très nombreux et dirigés dans tous les sens. Tantôt ils se portent tous du même côté, ressemblant alors, comme le dit Tomes, à une touffe de mousse. Enfin, pour certains ostéoblastes, ils sont à la fois très rares et très courts ; pour d’autres même, ils font complètement défaut.

Quoi qu’il en soit de leur nombre et de leur direction, les canalicules cémentaires présentent ici la même structure générale que dans le tissu osseux ordinaire. Ceux qui arrivent à la face ex-

 

 Coupe de la racine d’une dent montrant à la fois l’ivoire, le cément et le périoste (d’après Rose).

1, cellules épithéliales contenues dans le périoste (restes de la "aine épithéliale de Hertwiq). — 2, ostéoblastes. — 3, lacunes de cément. — 4, couche granuleuse de l’ivoire. — 5, ivoire.

terne du cément s’ouvrent dans les espaces conjonctifs alvéolo-dentaires. Ceux qui arrivent à la face interne entrent en relation, au niveau de la couche granuleuse, soit directement, soit par l’intermédiaire des espaces lacunaires de cette couche, avec les canalicules de l’ivoire.

 

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