Le cœur se partage en deux moitiés latérales, semblablement constituées : une moitié droite ou cœur droit, dans lequel circule le sang veineux ; une moitié gauche ou cœur gauche, en rapport avec le sang artériel.

Chacune de ces deux moitiés se subdivise a son tour en deux cavités : l’une supérieure, aux parois minces et flasques, appelée, oreillette ; l’autre inférieure, aux parois plus épaisses et plus résistantes, portant le nom de ventricule. Chaque oreillette communique avec le ventricule correspondant à l’aide d’un large orifice, appelé orifice auriculo-ventriculaire.

Par contre, les deux cœurs sont séparés l’un de l’autre par une cloison verticale, placée en sens sagittal, laquelle prend le nom de cloison interauriculaire au niveau des oreillettes, celui de cloison interventriculaire au niveau des ventricules.

Schéma de la circulation dans le cœur et les gros vaisseaux.

(Les flèches indiquent le cours du sang.)

1 oreillette gauche. — 2, ventricule gauche. - 3, oreillette droite. — 4, ventricule droit. — 5, aorte ascendante. — 5', crosse de l’aorte — aorte descendante. — 6, tronc brachiocéphalique. — 7, carotide gauche. — 7 , sous- davière gauche. — 8, artère pulmonaire et ses tranches. — 9, veine pulmonaire droite. T veine pulmonaire gauche. — 10, veine cave rendante. — 11, veine cave descendante. — 12, veine coronaire.

Ces notions fondamentales étant bien comprises, nous pouvons aborder une description plus détaillée. Après quelques considérations générales du cœur, nous étudierons successivement sa configuration extérieure et ses rapports, sa configuration intérieure , sa structure , ses vaisseaux et ses nerfs .

Situation

Chez l’homme comme chez tous les mammifères, le cœur occupe la partie moyenne de la cavité thoracique. Il est situé entre les deux poumons ; au-dessus du diaphragme, qui l’isole des viscères abdominaux ; en avant de la colonne vertébrale (4e, 5e, 6e, 7e et 8e vertèbres dorsales, vertèbres cardiaques de Giacomini), dont il est séparé par l’œsophage et l’aorte ; en arrière du sternum et des cartilages costaux, qui le protègent à la manière d’un bouclier. Il forme ainsi une partie importante de cette cloison, disposée en sens sagittal, qui sépare les deux poumons et qu’on désigne sous le nom de médiastin.

Moyens de fixité.

Le cœur est maintenu dans cette position par sa continuité avec les gros vaisseaux qui en sortent ou y aboutissent : telles l’aorte et ses branches principales, qui se dirigent vers le cou et les membres supérieurs, tels les vaisseaux pulmonaires qui solidarisent le cœur aux deux poumons, telles, enfin, les veines caves dont l’inférieure surtout arrime solidement le cœur à la partie postérieure droite du centre phrénique. En dehors des vaisseaux, le péricarde, par ses attaches diaphragmatiques, vertébrales, sternales, aponévrotiques, d’une part, et ses replis sur les gros vaisseaux, d’autre part, constitue l’élément le plus important de fixité cardiaque.

Cependant le cœur, libre dans la cavité péricardique, sauf au niveau des points d’attache de la séreuse, se déplace assez facilement dans de certaines limites soit de haut en bas sous l’influence des mouvements du diaphragme, soit de gauche à droite ou d’arrière en avant (déviation de la pointe du cœur en position latérale droite ou gauche). En outre, le cœur peut se déplacer en masse avec son appareil de suspension, c’est-à-dire avec la cloison médiastinale, sous l’influence d’une cause pathologique (hydrothorax, pneumothorax).

Schéma des faces du cœur.

1, face antéro-externe. — 2, face inférieure. — 3, face gauche.

Forme et orientation.

Le cœur du cadavre, séparé de ses connexions et placé sur la table d’autopsie, s’affaisse, s’étale et prend la forme d’un cône aplati d’avant en arrière.

Le cœur en place, le sac péricardique étant ouvert.

1, sac fibreux du péricarde. 2, ventricule droit. 3, pointe du cœur. 4, ventricule gauche. 5, oreilllette droite. 6 auricule droite. 7, artère pulmonaire. 8, aorte. 9, repli aortique. 10, récessus aortique. 11, récessus pulmonaire. 12, veine cave supérieure (portion extra-péricardique). 12’, veine cave supérieure (portion intra-péricardique. - 13, tronc veineux céphalique droit. - 14, tronc veineux brachio céphalique gauche. 15, tronc artériel brachio-céphalique. — 16, artère carotide primitive gauche. — 17, artère sous-clavière gauche. 18, branche inter-ventriculaire antérieure de l’artère coroonaire gauche.

(Le cœur appartient à un homme âgé, il est volumineux et l’on constate l’abondance des amas graisseux au au niveau de la portion du sillon auriculo-ventriculaire, S. A. V., et au niveau du sillon interventriculaire anterieur, S. I. V. ant.)

Vu en place, après l’ablation du plastron sterno-costal et ouverture du péricarde, il présente encore la meme forme, mais avec un aplatissement moindre, surtout s il a été fixé au préalable par une injection conservatrice. On peut alors lui considérer la forme d'une pyramide triangulaire, à base supérieure, présentant trois faces d’inégale importance d’ailleurs : l’une, antérieure , est sterno-costale ; l’autre, postérieure et inférieure, est diaphragmatique ; la troisième établit la jonction entre ces deux faces ; elle pourrait être considérée comme une dépendance de la face précédente, c’est la lace gauche ou, mieux, pulmonaire gauche . Cette face disparaît, lorsque le cœur est contracté ; elle ne forme plus alors qu’un bord tronqué, le bord gauche du cœur , tel que le décrivent les classiques. Ce bord devient une face lorsque le cœur est fixé en diastole, lorsqu’il est distendu.

L’orientation du cœur est la suivante : sa base est dirigée en haut, à droite et en arrière ; son sommet ou pointe , en bas, a gauche et en avant ; son grand axe , c est-a-dire la ligne droite qui descend du milieu de la base sur le sommet, a donc une triple obliquité : il est incliné à la fois de haut en bas, de droite à gauche et d’arrière en avant.

L’inclinaison sur le plan médian est très prononcée et l’on peut dire avec raison que l’axe du cœur se rapproche plus de l’horizontale que de la verticale ; l’angle qu’il fait avec le plan horizontal mesure en moyenne 40°. De plus, comme nous le verrons plus loin, le cœur a subi surtout dans sa portion ventriculaire une torsion sur son axe, de telle sorte que le bord droit du cœur est plus antérieur que le gauche, le ventricule droit, plus superficiel que le ventricule gauche.

La forme que nous venons de décrire est le type normal ou type oblique. La radioscopie et des constatations cadavériques permettent de décrire deux autres variétés qui sont sans doute en relation avec la morphologie du thorax. Ces deux variétés constituent le cœur transversal et le cœur vertical. Le cœur vertical appartient aux individus dont le thorax possède un diamètre transverse étroit et un diamètre vertical relativement allongé. Le cœur transversal , plus couché, plus allongé sur le diaphragme que le cœur normal, se rencontre chez les individus a thorax court, large, de taille peu élevée.

La forme du cœur est donc, dans une certaine limite, adéquate à la morphologie generale. Martinet distingue trois types adultes : le type longiligne (taille allongée et thorax étroit), le type medioligne , ou type normal, et le type brèviligne , ou type trapu. A ces trois types correspondent les trois formes du cœur : microchordie, c’est-à-dire petit cœur allonge avec atresie aortique et hypoplasie artérielle, le type normal et le cœur transverse très développé. Le premier type n’est pas construit de manière à fournir un travail important.

On a signalé encore une disposition plus rare du cœur normal, à laquelle on a donné le nom de cor pendulum (en all. Tropherz ; en angl. Droping heart). C’est un cœur haut suspendu par ses attaches au péricarde et aux vaisseaux de la base et dont la pointe n’affleure pas le diaphragme pendant l’inspiration. Il s’agirait dans ce cas d’une insertion basse du diaphragme (Wenckebach) coïncidant avec un allongement de la cage thoracique. Ces différentes variétés doivent être connues du médecin appelé à examiner le cœur vivant sur l’écran radioscopique (voy. plus loin).

Coloration

Envisagé au point de vue de sa coloration, le cœur varie, suivant les sujets et suivant les états pathologiques, du rose clair au rouge foncé. Sa surface extérieure présente par place des traînées ou même des plaques jaunâtres, dues à des amas adipeux qui se sont déposés entre la couche des fibres musculaires et le péricarde. Ces amas s’observent de préférence au niveau du bord droit du cœur, autour des vaisseaux et dans les sillons coronaires et longitudinaux. A peine ébauchés à la naissance, ils s’accroissent à la puberté ; ils augmentent chez le vieillard, même amaigri.

Consistance

La consistance du cœur est variable suivant ses cavités, suivant les sujets, suivant l’âge, suivant l’état du cœur. Les parois des oreillettes, minces, sont dépressibles ; les parois ventriculaires sont résistantes et élastiques ; celles du ventricule gauche, plus épaisses, sont très fermes. Le cœur diastolique est mou ; le cœur systolique est dur. Les lésions pathologiques (sclérose, hypertrophie cardiaque, endocardite, etc.) influencent considérablement la consistance normale du cœur, la diminuant ou 1 augmentant.

Volume et poids

Le volume du cœur varie suivant le sexe et l’âge. Laennec comparait le volume du cœur à celui du poing. C’est là, il faut en convenir, un mode d’évaluation par trop approximatif : car, comme le fait remarquer avec beaucoup de raison Sappey, les professions sont nombreuses qui font varier le volume de la main, sans avoir sur celui du cœur une influence quelconque. Les dimensions changent encore considérablement suivant que le cœur est fixé en systole (diminution de tous les diamètres), ou en diastole (augmentation). Il est donc de toute nécessité, pour évaluer le volume du myocarde, de mesurer directement ses difîérents diamètres ou tout au moins sa longueur (1hauteur) et sa largeur. Bizot, utilisant cette dernière méthode, est arrivé aux résultats suivants, dans les deux sexes et aux différents âges :

Ages Hommes Femmes
Longuer Largeur Longueur Largeur
De 1 à 4 ans 52 61 51 58
De 5 à 9 ans 70 74 60 65
De 10 à 15 ans 77 83 77 70
De 17 à 29 ans 95 103 87 96
De 30 à 39 ans 97 108 94 100
De 50 à 79 ans 105 119 105 105

Nous voyons nettement par ce tableau :

  1. que les dimensions du cœur sont un peu plus considérables chez l’homme que chez la femme ;que ces dimensions s accroissent graduellement, dans l’un et l’autre sexes, depuis la naissance jusqu’à la vieillesse.

Le poids du cœur s’accroît de même avec l’âge et se trouve plus élevé chez 1 homme que chez la femme, ce qui nous indique nettement qu’à l’agrandissement de ses diamètres se trouve lié un accroissement pondéral de sa masse contractile. Clendenning, qui a examiné le cœur de 400 sujets environ, nous donne les chiffres suivants, comme représentant le poids moyen de cet organe aux divers âges et dans les deux sexes :

  Hommes Femmes
De De 15 à 30 ans 264 gr.

260 gr.

30 à 50 272 272
50 à 70 298 272

70 et au-dessus

312 286

En chiffres ronds, le cœur, chez un homme adulte, pèse,-en moyenne, de 270 à 275 grammes et mesure 98 millimètres de hauteur, 105 millimètres de largeur, 250 millimètres de circonférence. Ces différents chiffres, diminués chacun de 5 à 10 millimètres, donnent les dimensions correspondantes du cœur chez la femme, dont le poids semble, d’après les recherches de Peacoch, plus faible que celui donné par Clendenning et être en moyenne de 250 grammes, vérifié chez l’homme et chez les animaux : le cœur du canard sauvage (B. Grober) est plus volumineux que le cœur du canard domestique. Loer a fait remarquer que le volume du cœur des oiseaux est en rapport avec le travail qu’ils fournissent : c’est ainsi que les grands voiliers ont un cœur plus vo u- mineux que les oiseaux dont le vol est plus lent et plus rare.

L’altitude joue aussi un rôle. Le cœur du lagopus alpinus pèse davantage que celui du lagopus albus dans la proportion de 16,3 à 11,8 si on le considère au poids total du corps (Strohl).

Le volume du cœur varie aussi sur un même individu suivant l’effort qu il fournit. Après un effort violent et court (course de 100 mètres), l’aire cardiaque est souvent plus petite qu’au repos : l'hypertonicité du muscle cardiaque est entrée en jeu. Après une course de 5 000 mètres, épreuve d efforts prolongés pendant plus d’un quart d’heure, l’aire cardiaque est au contraire augmentée. Dans ce cas, il y a hypotonicité transitoire du cœur. Celle-ci devient considérable et l'aire cardiaque augmente dans des proportions certainement nuisibles à la santé après les courses de grand fond (course de Marathon, 40 km ,200).

Volume et poids du cœur pendant la grossesse

Larcher (1828) constata le premier l’hypertrophie cardiaque pendant la grossesse. Plus tard, ses observations furent confirmées par Durozier (examen clinique) et par Ducrest (observations cadavériques). Plus récemment, Muller et Dreysel sur le cadavre, et, enfin, les constatations radioscopiques, sur le vivant, de Bouchard et de Balthazard, de Muller et de Jaschke, ont précisé les résultats anciens.

D’après Muller :

  1. le cœur subit au moment de la grossesse une augmentation de sa masse qui est proportionnelle à l’augmentation de la masse de la femme enceinte ;
  2. l’influence de l'âge joue un rôle sur la musculature cardiaque pendant la grossesse ;
  3. l’indice atrio-ventriculare des femmes enceintes et des accouchées est un peu plus petit que celui des femmes de même âge.

Comme on le verra par le tableau suivant, le cœur des femmes enceintes présente une augmentation constante jusqu’à l’accouchement pour diminuer à partir de ce moment, abstraction faite de la première semaine où l’établissement de la lactation semblerait plutôt augmenter le volume cardiaque.

Ci-joint le tableau des observations cadavériques faites par Dreysel :

LE CŒUR PENDANT ET APRÈS LA GROSSESSE (DREYSEL)

DATE

du décès.

NOMBRE

AGE

Moyenne.

  POIDS absolu du cœur avec les vaisseaux.
1er, 4e mois de la grossesse

2

32

45,0

237,5

5e , 9e mois de la grossesse

7

29

44,1

257,1

Jour de la naissance.

7

31

53,1.

296,4

1re semaine après l’accouchement post partum.

32

30

50,9

291,7

2e semaine après l’accouchement post partum. 14

28

45,5

253,6

3e, 5e semaine après l’accouchement post partum.   28

44,2

248,0

L’augmentation du volume cardiaque et l’hypertrophie excentrique des cloisons ventriculaires sont le reflet de l’adaptation fonctionnelle du cœur à un état physiologique different. La diminution du poids du cœur après l’accouchement, de même que la diminution rapide de l’épaisseur de ses parois ventriculaires peuvent être expliquées par la diminution subtile de la pression dans le système aortique succédant à la suppression de la circulation placentaire.

Capacité

La capacité du cœur varie naturellement avec son volume. Hiffels- heim et Robin, qui ont mesuré à cet effet la capacité des deux oreillettes et des deux ventricules, sont arrivés à des résultats assez dissemblables, que nous résumons dans le tableau suivant :

  CŒUR DROIT CŒUR GAUCHE TOTAUX
Oreillettes 110 à 185 c. c. 100 à 150 c. c. 210 à 315 c. c.
Ventricules 160 à 230 c. c. 143 à 212 c. c. 303 à 442 c. c.
Totaux 270 a 415 c. c. 243 à 341 c. c. 513 a 757 c. c.

L’étude de la capacité du cœur sur le cadavre nous donne des rapports ou, si l’on veut, des relations approximatives sur la contenance réelle du cœur vivant. Elle nous renseigne sur différents états du cœur et l’on s’aperçoit facilement sur la table d’autopsie si un cœur est dilaté ou ne l’est pas, si un cœur est petit ou gros, etc. Par contre, la capacité la plus intéressante, c’est-à-dire la capacité sur le vivant de chacune des cavités cardiaques, nous est complètement inconnue. Un auteur allemand, Koch, a essayé d’obtenir des résultats meilleurs que ceux obtenus par les anatomistes anciens, en fixant quelques minutes après la mort des cœurs humains (soldats tués par des gaz asphyxiants). Ces cœurs étaient fixés soit à l’état de diastole, soit à 1 état de systole. Les chiffres obtenus par Koch sont inférieurs à ceux que nous donnons plus haut. C est ainsi que les ventricules auraient une capacité moyenne comprise entre 70 et 80 centimètres cubes, sans parler du sang résiduel.

Il semble acquis que la capacité de l’oreillette droite soit plus elevée que celle de l’oreillette gauche : cette capacité est encore augmentée par le petit réservoir supplémentaire que constitue l’auricule droite ; par contre, la capacité de 1 auricule gauche est minuscule. Par ailleurs, l’oreillette droite est soumise à des variations de pression plus grandes que l’oreillette gauche ; son auricule peut lui servir de réservoir compensateur. Sa musculature, plus puissante que celle de l’oreillette gauche, lui permet une évacuation capable de s’adapter a des variations de contenance. En somme, la capacité physiologique de l’oreillette droite nous paraît plus élevée que celle de l’oreillette gauche.

La question est plus difficile à trancher au niveau des ventricules : ceux-ci paraissent être de capacité à peu près égale d’après Koch. Mais la minceur des parois libres du ventricule droit nous permet de supposer que ce ventricule s’adapte mieux à des variations brusques de capacité que le ventricule gauche.

Comme on le voit, cette question de la capacité physiologique du cœur n’est pas encore élucidée et réclame de nouvelles recherches.

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