La surface extérieure de la peau est loin d’être lisse et unie. Indépendamment des productions çornées, les ongles et les poils, que nous étudierons a propos des annexes, elle nous présente des saillies, des sillons et des orifices.

Saillies

Les saillies sont de deux ordres :

a. Les unes, permanentes, sent formées par les papilles du derme, que nous retrouverons dans un instant. Elles sont principalement visibles à la paume des mains et à la plante de pieds, où elles se disposent en rangées régulières, tantôt rectilignes, tantôt curvilignes. Sur la pulpe des doigts, elles forment un système de courbes concentriques à concavité dirigée en haut.

b. Les autres, purement temporaires, sont déterminées par la projection au dehors des follicules pileux sous l’influence du froid ou à la suite d’une émotion vive. Leur apparition brusque à la surface de la peau est vulgairement connue sous le nom de chair de foule.

Sillons ou plis

Les sillons ou plis que nous présente la face externe de la peau sont de quatre ordres, suivant leur mode de production :

  1. Nous remarquerons, tout d’abord, les sillons inter-papillaires, qui séparent les unes des autres les rangées de papilles ci-dessus décrites.
  2. Nous avons ensuite les plis musculaires, qui se produisent sur les portions du tégument où viennent s’insérer les muscles, au front et à la face par exemple : ils résultent de la contraction des fibres musculaires sous-jacentes et il est à remarquer que leur direction est toujours perpendiculaire à celle des fibres qui les déterminent. Ces plis sont d’abord temporaires, durant seulement ce que dure la contraction elle-même. Mais plus tard, à force de se renouveler, ils s’impriment peu à peu sur les téguments, s’accusent de plus en plus et finissent par devenir permanents.
  3. Nous avons en troisième lieu les plis articulaires ou plis de locomotion, dus aux mouvements qu’exécutent les uns sur les autres les différents leviers du squelette. Ces plis sont situés au voisinage des articulations et, comme leur position est ordinairement fixe, ils deviennent pour le chirurgien des points de repère précieux. Comme exemple de plis de locomotion, nous rappellerons les plis transversaux que l’on observe à la face antérieure du coude et du poignet. Nous rappellerons encore les plis transversaux ou obliques de la région palmaire, qui, sous le nom de lignes de la main, servent de base à la chiromancie. Pour la disposition de ces plis palmaires et leurs rapports avec les vaisseaux sous-jacents (voy. Traités d'anatomie topographique).
  4. Enfin, un quatrième ordre de plis, qu’on pourrait appeler plis séniles, est constitué par les rides qu’amène la vieillesse. Ces rides résultent de la disparition progressive de la graisse au-dessous de téguments vieillis, qui, ne pouvant plus se rétracter, restent trop étendus pour la surface qu’ils ont à recouvrir et sont dès lors obligés de former des plis.

Orifices

La surface extérieure de la peau est, pour ainsi dire, criblée d’orifices. Ces orifices, de forme et de dimensions fort variables, appartiennent : 1° aux follicules pileux, qui livrent passage aux poils ; 2° aux glandes sébacées et sudoripares, par lesquelles s’écoulent la matière sébacée et la sueur.

Nous les retrouverons plus loin à propos des annexes de la peau.

Les crêtes papillaires

Les téguments présentent, en diverses régions du corps : face palmaire de la main, face plantaire du pied, et,, à un beaucoup moindre degré, scrotum et grandes lèvres, des saillies extérieures correspondant aux crêtes dermiques des papilles. Ces saillies dessinent des lignes plus ou moins incurvées au sommet desquelles s’ouvrent les orifices des glandes sudoripares, et séparées par des sillons. Il semble que les dessins papillaires, et notamment ceux des phalangettes, sont connus depuis la préhistoire, puisqu’on en trouve des figurations très nettes, notamment sur les pétroglyphes de Kejimkoojik, en Nouvelle-Écosse, et sur les menhirs de Gavr’inis, en Morbihan. En tout cas, les Chinois, les Japonais, les Hindous ont remarqué l’existence de ces dessins, puisqu’ils ont employé, dès le VII e siècle, l’application de la phalangette comme contrôle des signatures.

Disposition des crêtes papillaires sur la surface palmaire de la phalangette du pouce.

La disposition des crêtes papillaires a été observée pour la première fois en 1686 par Malpighi. Mais la première description est due à Purkinje, de Breslau (Thèse de doctorat, 1823). Cette description a été reprise par Huschke et par Kœlliker. Depuis, des descriptions de plus en plus complètes ont été faites par Faulds, G Alton, Henry Féré, Alix, Forgeot, Testut et Schlaginhaufen. Toutes ces descriptions ont tendu à systématiser les dessins digitaux, palmaires et plantaires, et à les faire rentrer dans les classifications. Depuis, les criminalistes ont utilisé, en les simplifiant, ces classifications, pour faire des empreintes, et surtout des empreintes digitales, un moyen d’identification des criminels, et, en particulier, des récidivistes.

Morphologie des crêtes. — Les crêtes papillaires ne sont ni continues, ni simples. Elles présentent des particularités consistant en interruptions, en bifurcations, en anastomoses, en îlots et en anneaux. Les particularités sont surtout abondantes sur les phalangettes et à la limite de la paume, dans l’espace interdigital. Elles sont plus rares sur les phâlangines et sur la paume, beaucoup plus rares sur les phalanges et sur la plante du pied.

Dessins digitaux. — La phalangette présente le maximum de complication des crêtes papillaires. Mais tous les dessins observables peuvent se ramènera l’un des quatre types suivants :

  • Pas de triangle...... Arc.
  • Un triangle à droite...Boucle gauche.
  • Un triangle à gauche....Boucle droite.
  • Deux triangles..Verticille.

Le triangle est conditionné par l’incurvation des crêtes. En effet, dans les formes les plus extrêmement simples de dessins digitaux (aussi bien palmaires que plantaires), les crêtes sont toutes parallèles entre elles. C’est ce que l’on observe, par exemple, sur les plantes et les paumes des rats, et sur la partie nue de la queue des singes du Nouveau Continent (singes à queue prenante). Chez l’homme, le parallélisme n’est jamais aussi strict, mais on rencontre cependant des dessins ou les crêtes, sans être jamais horizontales, ont des courbures peu variées, et où, en tout cas, toutes les lignes vont du bord radial au bord cubital sans qu’aucune revienne sur elle-même. C’est ce qu’on nomme le dessin en arc. Mais si une ligne ou deux se replient sur elles-mêmes, dessinant une anse ouverte, soit du côté radial, soit du côté cubital, les lignes placées au-dessus de cette anse subiront pour la contourner une déformation angulaire. Là est l’origine du triangle. Quand un grand nombre de crêtes s’infléchissent en anse, ce qui est la règle et forme le dessin typique chez l’homme, le triangle deviendra extrêmement net et apparent. Il sera nécessairement placé du côté où les lignes se recourbent, du même côté, par conséquent, que le centre de la figure de la courbe. Enfin, si la courbe est fermée, en forme d’amande ou de cercle, ou si elle est constituée par une double boucle, les crêtes qui s’écarteront des deux côtés de ces figures centrales dessineront deux triangles.

Empreintes du pouce droit. Le triangle dessiné par l’incurvation des crêtes (schématique).

1, lignes courbes. — 2, lignes transversales. — 3, lignes intermédiaires.

C, la plus élevée des lignes courbes. — T, la plus inférieure des lignes transversales. — e, i, côté externe et côté interne du pouce.

La présence du triangle est caractéristique des dessins digitaux de l'homme. On ne l’observe jamais ni chez les singes, ni chez les autres mammifères (martre, chien, loup, roussette), ou oiseaux (grimpeurs). C’est le triangle qui conditionne la disposition des boucles. Quand il n’y a pas de triangle, ce qui est l’exception, toutes les crêtes sont sensiblement transversales, avec une coudure plus ou moins forte en leur milieu. Quand le triangle est sur un côté, les crêtes prennent une disposition en boucle ouverte du côté opposé au triangle. Enfin, quand il y a un triangle de chaque côté, on a, soit une figure fermée en cercle, en ovale ou en spire, soit deux boucles jumelées ouvertes chacune d’un côté opposé. Il peut exceptionnellement y avoir trois triangles : en ce cas, on trouve, en principe, une figure fermée entre le triangle médian et chacun des triangles latéraux.

 

Les différents types des lignes papillaires de la phalangette du pouce (photographies prêtées obligeamment par le Dr Locard).

Lorsqu’il y a deux triangles, il est assez rare qu’ils soient situés à une même hauteur. Très habituellement, leur base, ou du moins les crêtes qui les prolongent, sont séparées par un certain nombre de crêtes intermédiaires. On a tiré de cette variation un des moyens de classement des dessins digitaux. Quant à la forme du triangle en lui-même, elle se ramène à deux types. Tantôt le centre du triangle est formé par un delta dont chacun des angles peut être ouvert ou fermé ; tantôt ce centre est constitué par un trépied, c’est-à-dire par trois droites divergeant d’un centre commun.

La partie la plus apparente du dessin digital est ce que l’on appelle la figure centrale. Cette figure centrale, conditionnée, comme il vient d’être dit, par l’existence et la position du triangle, peut affecter une des formes suivantes :

1° Arc. — Toutes les lignes sont transversales sans se replier sur elles-mêmes. Mais, parfois, les lignes se soulèvent en leur milieu et constituent l’arc en tente. Exceptionnellement, ce soulèvement médian renferme un certain nombre de petites lignes verticales : c’est un type commun au chimpanzé et à un petit nombre de dégénérés, d’épileptiques et d’idiots (type simiesque de Forgeot, tipo cippolare de Cevidalli).

2° Boucle. — Le dessin en boucle, conditionné par un triangle latéral, est formé de crêtes recourbées sur elles-mêmes. La boucle peut s’ouvrir à droite ou à gauche. Elle peut être presque complètement horizontale, ou être redressée dans toutes les positions jusqu’à l’angle droit. Le centre de la boucle, ou, comme disent les anatomistes anglais, le point of core, peut être constitué par une baguette à terminaison libre (c’est le type normal), par une baguette atteignant la première boucle, par deux ou trois baguettes, par deux baguettes jointes par l’extrémité, par un point d’interrogation, par un petit cercle, ou par une raquette. Ces trois dernières formes constituent le groupe des poches centrales.

3° Verticille. — Ce sont les figures à deux deltas. Leur centre peut être constitué par un cercle, un ovale, une spirale dextrogyre ou sinistrogyre, ou des boucles jumelées.

4° Composite. — Des cas tératologiques, pas très rares, présentent côte à côte, sur une même phalangette, un arc et une boucle, un arc et un verticille, une boucle et un verticille, trois boucles.

Entre le triangle et la boucle pour les figures monodeltiques, entre chaque triangle et un côté du verticille dans les figures bideltiques s’étend la zone delto-centrale. C’est là que se trouvent les plus nombreuses particularités des crêtes. Le nombre de lignes coupées par la ligne idéale (ligne de Galton), joignant le centre du triangle au point of core, est un des moyens essentiels de classification des dessins digitaux. C’est ce que les Anglais appellent le procédé de la ridge counting.

Autour de la partie essentielle constituée par le triangle, la figure centrale et la zone delto-centrale, sont les zones périphériques : zone basale vers l’articulation phalanginophalangettique marginale, sur les côtés du doigt ; zone distale vers l’extrémité du doigt. Les crêtes distales présentent une particularité extrêmement intéressante. D’une façon constante pour le pouce, et fréquemment pour les autres doigts, sauf l’index, les crêtes distales sont obliques et descendent vers le côté cubital. Si donc l’on trouve l’empreinte d’une phalangette, la direction des crêtes distales indigue de quelle main la trace provient.

La phalangine et la phalange ne présentent pas de dessins comparables a ceux de la phalangette. On y trouve surtout des lignes transversales plus ou moins obliques. Le nombre des particularités est restreint, surtout pour la phalange.

Dessins palmaires

Les dessins palmaires sont d’une variété presque aussi grande que ceux des phalangettes, notamment dans les zones interdigitales et à la base du pouce.

A la base des quatre doigts : index, médius, annulaire et auriculaire, existent constamment des deltas. De chacun de ces deltas partent trois rayons qui en continuent les sommets, et qui vont se perdre soit dans les espaces interdigitaux, soit en des points absolument quelconques des bords latéraux de la paume. C’est par la variation de ces aboutissements que l’on peut arriver à classer le plus commodément les dessins palmaires et leurs empreintes.

D’autre part, il existe toujours, au moins à l’état d’ébauche, un delta nommé triangle carpal, au milieu du pli du poignet, entre les bases des éminences thénar et hypothénar.

Sur l’éminence thénar existe un dessin analogue au centre de figure des phalangettes et qui paraît avoir une certaine valeur de détermination ethnique. Certaines races présenteraient là, en effet, un verticille allongé, alors que d’autres ont des dessins ouverts analogues aux boucles phalangettiques. Quant à l’éminence hypothénar, il est rare qu’elle présente autre chose que des lignes assez régulièrement parallèles, plus ou moins obliques.

Empreintes digitales prises au Laboratoire de police municipale de Lyon

 

Le reste de la paume est constitué par des crêtes enveloppant les figures interdigitales, les crêtes de la base des doigts, la figure de l’éminence thénar et le triangle carpal.

Dessins plantaires

La plante du pied offre, au point de vue de la disposition des crêtes papillaires, une certaine analogie avec la paume. D’abord les dessins des orteils présentent des variétés analogues à celles des phalangettes de la main. Mais les dessins sont à la fois moins complexes et moins polymorphes, sauf pour le gros orteil, spécialement étudié par Féré.

Il existe au pied, comme à la main, des figures dans chaque espace interdigital et des triangles à la base de chacun des quatre derniers orteils. Mais les crêtes partant des sommets de ces triangles se perdent parmi les crêtes voisines de la façon la plus capricieuse, au lieu de gagner, comme à la main, les espaces interdigitaux ou les bords du tarse.

Les orifices sudoripares

Les orifices sudoripares présentent les mêmes phénomènes d’immutabilité et de pérennité que les crêtes papillaires. Leurs dispositions demeurent invariables depuis la naissance jusqu’à la mort. Ils sont disposés à des intervalles variables au sommet des crêtes. Le plus ordinairement, ils forment une série simple, mais on observe parfois des séries géminées et, exceptionnellement, des séries triples. La forme de l’orifice peut être circulaire, ovale, elliptique ou en triangle curviligne.

Dans les régions qui ne présentent pas de crêtes papillaires, c’est-à-dire sur les parties du tégument autres que la paume et la plante, les glandes sudoripares ne présentent pas les alignements si caractéristiques des dessins palmaires ou plantaires. Les orifices sudoripares sont alors dispersés d’une façon tout à fait irrégulière, mais qui demeurent constamment immuables pour un même individu, en même temps qu’extrêmement variables d’un sujet à un autre. La disposition de ces orifices sur les organes génitaux (scrotum chez l’homme et grandes lèvres chez la femme) constitue des dessins fort curieux qui mériteraient une étude approfondie. Sur les avant-bras et les bras, la disposition des orifices sudoripares a été étudiée par Aubert, au point de vue de la physiologie pathologique, et par Locard, du laboratoire de Police technique de Lyon, au point de vue des traces laissées par contact (criminalistique). Ces traces se présentent sous forme d’un piqueté sans lignes directrices.

L’étude des dessins papillaires, complétée par celle des orifices sudoripares, a reçu des applications quotidiennes en criminalistique, les dessins des crêtes, et en particulier les dessins phalangettiques, représentant le meilleur des signes d’identité.

Consultez, au sujet des lignes papillaires de la main : Forgeot, Th. de Lyon, 1891 ; — Féré (Ch.), Notes sur les mains et les empreintes digitales de quelques singes y Journ. de l’Anat. et de la Physiol., 1900; — Du même, Les lignes papillaires de la paume de la main y ibid., 1900; — Du même, Les lignes papillaires de la plante du pied y ibid., 1900 ; — Locard, La dactyloscopie, Lyon, 1903 ; — Yvert, L'identification par les empreintes digitales palmaires, Th. de Lyon, 1904 ; — Béclère, Journ. de Radiologie et d'Èlectrologie y 1920, t. IV, n° 4.

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