Les carotides primitives (Syn. A. soporalis (Vésale) troncs céphaliques (Chaussier) carotis comunis s. primitiva.) sont au nombre de deux ; elles s'étendent la droite de la bifurcation du tronc brachio-céphalique, la gauche, de la crosse de l'aorte au bord supérieur du cartilage thyroïde, où elles se divisent en deux branches terminales la carotide externe et la carotide interne. Le niveau de la bifurcation est d'ailleurs variable elle peut se faire au niveau de l'os hyoïde et même au-dessus.

D'après Merkel, la bifurcation élevée se rencontrerait chez les individus à cou court et la bifurcation basse chez les sujets à cou allongé.

De ces différences d'origine, il résulte que les deux carotides diffèrent par leur longueur, la gauche étant plus longue que la droite, de toute la longueur du tronc brachio-céphalique. Elles diffèrent également par leur situation générale ; la portion horizontale de la crosse aortique est orientée dans un plan presque sagittal ; le tronc brachio-céphalique naissant en avant de la carotide gauche, la carotide droite sera, du moins à son origine, sur un plan plus antérieur que la carotide gauche.

A leur origine, les deux carotides se dirigent en haut et un peu en dehors, puis elles deviennent verticales et cheminent parallèlement entre elles dans tout le reste de leur trajet. D'après Richet, la direction des deux carotides ne serait cependant pas absolument identique la carotide droite répondrait à une ligne partant du milieu de l'espace compris entre la branche montante de la mâchoire et l'apophyse mastoïde pour aboutir à l'extrémité interne de la clavicule ; la ligne de la carotide gauche aboutirait à l'intervalle qui sépare les deux faisceaux du sterno-mastoïdien.

On admet généralement que le calibre des carotides est sensiblement uniforme. Cependant. Stahel regarde comme constant un rétrécissement siégeant à la partie moyenne de leur trajet. En outre, il existe souvent, à la partie supérieure des carotides primitives, au niveau même de la bifurcation, une dilatation plus ou moins marquée, bulbe carotidien. Cette dilatation n’existe jamais chez le nouveau-né ; on ne la rencontre qu'exceptionnellement chez des sujets ayant, moins de trois ans. Elle peut même faire défaut. Chez des individus âgés ; cependant, il est peu de personnes âgées, surtout chez les athéromateux, qui ne la présentent à un degré plus ou moins avancé.

Rapports

Les rapports des deux carotides primitives sont identiques dans la région cervicale. Mais, la carotide primitive gauche présente une portion intra-thoracique que ne possède pas la carotide droite.

Dans cette portion intra-thoracique longue de 3 cm. environ, la carotide primitive gauche répond : en avant, à l'origine du tronc veineux brachio-céphalique gauche, qui la croise obliquement et la sépare du sternum double a en niveau par les muscles sternothyroïdien et sternohyoïdien entre l'artère et. la veine descendent les nerfs cardiaques supérieurs du pneumogastrique; f/! à l'artère sous-clavière gauche et à l'origine de la vertébrale correspondante; en < à la plèvre et au poumon gauche; le nerf pneumogastrique, situé dans la région cervicale derrière l'artère, contourne ici sa face externe pour descendre en avant, et à gauche de la portion horizontale de la crosse aortique; en la carotide répond à l'origine du tronc brachio-céphalique, dont elle s'écarte a angle aigu, à la face latérale gauche de la trachée et au nerf récurrent; l'œsophage, situé plus en arrière, reste distant de l'artère de 1 cm. et demi environ.

Dans leur portion cervicale, les deux carotides affectent des rapports identiques.

En arrière, elles reposent sur les apophyses transverses des vertèbres cervicales un peu en dedans des tubercules antérieurs de ces vertèbres. On sait l'Importance de l'un de ces tubercules (celui de la sixième cervicale, tubercule de Chassaignac), comme point de repère dans la ligature de la carotide primitive. Le plan osseux est doublé à ce niveau par les muscles long du cou et droit antérieur, recouverts par l'aponévrose prévertébrale. Le grand sympathique descend en arrière des carotides, et certaines de ses branches cardiaques (nerf cardiaque supérieur et moyen) ont un long trajet rétro-carotidien avant de pénétrer dans la cage thoracique. Au niveau du tubercule de la sixième cervicale, la face postérieure de la carotide est croisée perpendiculairement par l'artère thyroïdienne Inférieure.

En dedans, les carotides répondent la trachée, à l'œsophage et aux nerfs récurrents et, plus haut. au larynx et au pharynx. Les rapports de l'œsophage et de la carotide sont beaucoup plus étendus à gauche, à cause de la situation légèrement asymétrique du conduit œsophagien qui déborde la trachée de ce côté. Leur partie supérieure est longée par la thyroïdienne supérieure.

En dehors, elles répondent à la veine jugulaire interne qui, lorsqu'elle est distendue, proémine en avant de l'artère et la recouvre en partie ; la veine tend de plus en plus à se placer en avant de l’artère ; elle lui devient franchement antérieure au voisinage de sa terminaison. Dans l'angle ouvert en arrière que forment l'artère et la veine, se trouve le nerf pneumogastrique, qui, dans quelques cas cependant, peut rester assez éloigné de la veine ; il se place alors en arrière de l'artère.

En avant l'artère est recouverte par les plans suivants peau, peaucier, couche celluleuse sous-jacente dans laquelle on trouve les filets de la branche cervicale transverse, et souvent une veine jugulaire accessoire, et sterno-cléido-mastoïdien engainé dans un dédoublement de l'aponévrose cervicale superficielle. Il est classique de dire que l'artère étant verticale et le muscle oblique en haut et en arrière, les rapports des deux organes varient suivant le point considéré en bas, à son origine, la carotide répondrait à l'interstice qui sépare le chef sternal des chefs claviculaires à la partie moyenne du cou, l'artère ne serait plus recouverte que par le bord antérieur du muscle; enfin, elle se dégagerait de ce bord près de sa bifurcation et ses deux branches terminales seraient situées en avant du sterno-mastoïdien. Richet s'est élevé vivement contre cette opinion pour lui, le muscle, lorsque sa gaine aponévrotique est Intacte, recouvre non seulement la totalité de la carotide primitive, mais encore ses deux branches de bifurcation. Richet a évidemment exagéré et, comme le fait remarquer Tillaux, si les rapports donnés par Richet sont exacts lorsque la tête est dans sa position normale, ils deviennent inexacts lorsque la tête occupe la position qu'on lui donne dans la ligature. Au-dessous du sterno-mastoïdien, on rencontre de nombreux ganglions lymphatiques en rapport, moins avec la carotide, qu'avec la jugulaire interne. Sur un plan plus profond, le ventre supérieur du scapulo-hyoïdien, tendant l'aponévrose moyenne, croise la face antérieure de l'artère vers la partie moyenne du cou.

Sur les vaisseaux, reposent la branche descendante de l'hypoglosse et les rameaux cardiaques supérieurs du pneumogastrique. La face antérieure de l'artère est encore en rapport avec le bord postérieur des lobes latéraux du corps thyroïde on dit souvent qu'elle se creuse au niveau de ce bord une véritable gouttière ; d'après Gaudier cette gouttière n'existerait que post mortem ; et serait la conséquence du décubitus dorsal prolongé des sujets examinés.

Carotide, jugulaire interne et pneumogastrique sont contenus dans une gaine spéciale qui a été longuement décrite avec les aponévroses du cou (voy. Myologie, p. 407).

Les carotides primitives ne fournissent normalement aucune branche collatérale, sauf quelques ramuscules insignifiants à la jugulaire interne et à la glande inter-carotidienne (Henle).

Corpuscule inter-carotidien (Ganglion inter-carotidien)

Découvert en 1762 par Haller et non par Arnold, comme on le dit généralement, le corpuscule inter-carotidien a été surtout étudié par Mayer, Valentin, Henle, Luschka. En 1863, Switzer (de Copenhague) lui a consacré une monographie. Plus récemment (1892), Rieffel a fait de ce corpuscule l'objet d'un travail intéressant (RIEFFEL, Le corpuscule rétro-carotidien. Steinheil, 1892).

Le corpuscule inter-carotidien est situé, non entre les deux branches de bifurcation de la carotide primitive, mais derrière ces branches, réunies entre elles à leur origine par une gaine de tissu cellulaire très dense ; il est donc plutôt rétro-carotidien qu'intra-carotidien (Rieffel). Il est fixé à la carotide primitive par un trousseau fibreux qui se détache de son extrémité inférieure, et qu'on désigne quelquefois sous le nom de ligament de Mayer.

La forme du ganglion inter-carotidien est variable ; il est le plus souvent ovoïde a grand axe vertical. Il est quelquefois divisé en quatre ou cinq corpuscules secondaires ; dans ce cas, il peut passer inaperçu, mais c'est a tort que quelques anatomistes l'ont regardé comme inconstant. De consistance ferme, de coloration rougeâtre, le ganglion inter-carotidien mesure 7 millimètres de longueur, 4 millimétrés de largeur et 2 millimètres d'épaisseur (Luschka). D'après Rieffel, ces dimensions seraient peut-être exagérées. Le ganglion inter-carotidien reçoit deux ou trois ramuscules naissant de la carotide primitive (Honte). Un grand nombre de filets nerveux l'abordent, soit directement, soit après s'être jetés dans le plexus carotidien ; ces filets viennent du ganglion cervical supérieur, des nervi molles de Haller, du glosso-pharyngien, du grand hypoglosse, du laryngé supérieur. Seuls, les rameaux venant du sympathique paraissent constants.

On est loin d'être fixé sur la structure et par conséquent sur la signification morphologique du corpuscule inter-carotidien. Luschka a décrit dans ce corpuscule des culs-de-sac glandulaires ; le corpuscule inter-carotidien deviendrait ainsi une glande à sécrétion interne comparable à la thyroïde. Arnold a insisté surtout sur la richesse du tissu du corpuscule en vaisseaux sanguins et tendrait plutôt à le rapprocher de la rate. D'autres, frappés par le nombre des rameaux nerveux que reçoit le corpuscule, l'ont comparé à un ganglion nerveux. Un tend aujourd'hui à le regarder comme le reliquat d'une disposition atavique disparue. Pour Debierre, il représenterait les débris d'un réseau vasculaire qui est annexé, chez les amphibiens, au deuxième arc branchial.

Dans ces dernières années, un certain nombre d'anatomistes ont voulu faire du corpuscule carotidien un dérivé branchial, analogue au thymus ou à la thyroïde, provenant, soit de la 4° fente (Stieda, de Meuron), soit de la 3° (Van Bemmelen, Rabtl, Prenant). Pour ce dernier auteur (Elém. d’embryol,1896, t. II, p. 738), la glande carotidienne naitrait comme un épaississement de la paroi de la troisième poche entodermique branchiale. D'abord purement épithéliale, elle serait ensuite pénétrée par le tissu conjonctif et les vaisseaux du voisinage. Cette opinion n'a pas été confirmée et les recherches histologiques et embryologiques de Schaper, de Verdun, de Kohn semblent montrer que l'origine vasculaire du corpuscule carotidien est de beaucoup la plus vraisemblable.

Sur l'anatomie du corpuscule carotidien, voy. Princetau, Le Corpuscule carotidien au point de vue de ses connexions vasculaires et nerveuses chez l'homme. J. de Méd. de Bordeaux 8 oct. 1899.

Sur l’embryologie et l’histologie, voy Paltauf, Ueber Geshwülste der Glandula Carotica nebst Beiträge z. Histol der Glandula carotica, Archiv. f. mickr. Anat., XL 1892 ; Ueber die sogenannten Epithelkörper, etc., Archiv. f. mickr. Anat., XLVI 1896. – VERDUN, Dérivés branchiaux. Th Toulouse, 1898. -KOHN, Ueber den Bau u. die  Entwick. der. sog. Carotisdrüse. Arch. f. mikrosk. Anat. u. Entwick. Bd. LVI, II, I, p. 81.

Variétés de carotides primitives

Nous avons indiqué les variétés d'origine de la C. P. (voir crosse de t'aorte). Elle peut manquer, les deux carotides secondaires naissant directement soit du tronc brachio-céphalique, soit de la crosse de l'aorte. Sa longueur peut être diminuée un l'a vue se bifurquer à la hauteur du cartilage cricoïde (5 fois sur 293) (Quain), de la cinquième cervicale (Dubrueil, Hyrtl), de la sixième cervicale (Burns), ou même à la partie inférieure du cou (Monro, Ryan, etc.). Sa longueur est augmentée dans les cas de bifurcation tardive, qui peut se faire au niveau de l'os hyoïde ou même de l'apophyse styloïde ; la carotide passe alors entre le digastrique et le stylo-hyoïdien, pour gagner le canal carotidien, et donne les branches qui normalement naissent de la carotide externe.

La carotide primitive peut donner anormalement naissance à une artère coronaire (Mayer), à la vertébrale droite, à la vertébrale gauche, à une thyroïdienne inférieure accessoire, à ti thyroïdienne inférieure, à une artère thymique, à la thyroïdienne supérieure, a ta linguale, à la pharyngienne ascendante. Ces dernières branches ne viennent de la carotide primitive que dans les cas de bifurcation tardive de cette artère.

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