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Structure de la membrane du tympan.

Quoique très-mince, la membrane du tympan présente une structure assez compliquée. Elle est formée de trois couches très-faciles à démontrer (L’existence de ces couches est parfois démontrée par certains phénomènes pathologiques. C’est ainsi que M. de la Bellière a dissèque des membranes du tympan sur lesquelles il n'existait plus que la couche externe dermo-épidermique. Par contre, sur un malade atteint de myringite aiguë primitive, on observait avec la dernière évidence une ulcération des deux couches externes et une hernie de la muqueuse à travers cette ulcération.) l'une,  superficielle, cutanée, est la prolongation de la peau du conduit auditif externe l'autre, moyenne, est fibreuse; la troisième, profonde, est formée par la muqueuse de la caisse.

La première peut se dédoubler en couche épithéliale et couche dermique, la seconde en couche de fibres radiées et couche de fibres circulaires, en sorte qu'il y a en réalité cinq plans successifs, qui sont

  • 1° La couche épithéliale
  • 2° La couche dermique (dermoïde de Toynbee)
  • 3° La couche des fibres radiées
  • 4° La couche des fibres circulaires
  • 5° La muqueuse.

D'après Toynbee, ces couches ne seraient que la prolongation et la juxtaposition des membranes qui tapissent les deux cavités voisines, c'est-à-dire la peau du conduit auditif externe et la muqueuse de la caisse ainsi nous avons vu que la portion osseuse du conduit auditif externe était tapissée par la peau doublée du périoste, qui y adhère intimement ; cette peau, suivant Toynbee, formerait les trois premières couches, tandis que les deux couches profondes ne seraient autre chose que le périoste de la caisse et la muqueuse.

La continuation de la peau du conduit auditif avec la couche superficielle du tympan est surtout visible à la partie supérieure (dans le point ou l'anneau tympanique est interrompu). Elle se présente sous la forme d'une bande renfermant des fibres élastiques, des artérioles et un filet nerveux. Cette bande cutanée accompagne le manche du marteau jusqu'à l'ombilic et a été décrite encore sous le nom de muscle externe du marteau, muscle que l'on considérait comme un relâcheur du tympan, par opposition au muscle interne, qui est tenseur mais cette bande ne renferme aucune fibre musculaire, pas plus du reste que la couche moyenne, qui est exclusivement fibreuse. Cette couche moyenne du tympan ou couche fibreuse contient le manche du marteau dans son épaisseur; elle est constituée par deux plans distincts, que l'on peut voir à l'œil nu l'un superficiel, formé de fibres radiées l'autre profond, composé de fibres circulaires le premier provient du périoste du conduit, le deuxième du périoste de la caisse, au dire de Toynbee. Les fibres radiées partent de la périphérie de la membrane, où elles s'attachent au cercle tendineux qui fixe le tympan dans son cadre et vont se porter, les inférieures sur la spatule, et les supérieures sur le manche du marteau. Les fibres circulaires forment une couche incomplète placée en arrière de la précédente. Le manche du marteau est donc situé entre ces deux couches de fibres, mais de plus il donne naissance aux fibres de la couche radiée (fig. 43), circonstance très-importante, qui nous fait comprendre pourquoi le marteau, faisant corps avec la membrane du tympan, reste en place dans les larges perforations de cette membrane, et pourquoi l'acuité auditive peut être alors conservée presque normale le manche du marteau demeure en effet suspendu dans la caisse comme le sont les stalactites, fixé dans sa position par ce qui reste des fibres radiées.

Quant à la couche muqueuse, sa description trouvera place au chapitre qui traite de la caisse du tympan.

Les qui se distribuent à la membrane du tympan proviennent de deux sources du conduit auditif et de la caisse. Les premières se distribuent à la couche superficielle ou cutanée, les secondes à la couche profonde ou muqueuse. La couche moyenne ou fibreuse est, à Fêtât normal, presque complètement privée de vaisseaux.

Les artères de la couche cutanée proviennent d'abord des artérioles de la peau du conduit, qui empiètent sur tout le pourtour de la circonférence de la membrane et s'avancent plus ou moins loin vers son centre, en lui formant une sorte de couronne, mais les principales y pénètrent en haut au niveau de l'apophyse externe, descendent au nombre de deux, une de chaque côté du manche du marteau, et fournissent un abondant réseau à la portion sus-ombilicale du tympan. Ces artérioles proviennent principalement de la stylo-mastoïdienne; ce sont elles qui donnent sans doute lieu aux battements que l’on observe souvent au fond du conduit auditif dans les cas de perforation de la membrane du tympan; ces battements ne sont généralement visibles que s'il y a au niveau de la perforation une couche de liquide à laquelle sont transmises les pulsations de l'extrémité de l'artère.

Les artères de la couche muqueuse sont fournies par l'artère tympanique, branche de la maxillaire interne qui pénètre dans la caisse par la scissure de Glaser; elles se distribuent principalement à la portion sous-ombilicale du tympan. Nous avons vu plus haut les conséquences pathologiques qui résultent de cette double source de circulation du tympan. J'ajouterai que, contrairement à l'opinion qui règne généralement, une plaie ou une déchirure de la membrane du tympan siégeant au voisinage du manche du marteau pourra donner lieu à une hémorragie assez considérable pour devenir inquiétante, ainsi que l'a observent Duplay.

La couche cutanée reçoit un filet nerveux volumineux provenant de la branche auriculo-temporale de la cinquième paire. Ce filet pénètre comme les artères au niveau du pôle supérieur, descend vers l'ombilic en se ramifiant et donne à la membrane son exquise sensibilité.

Nous voyons, en résumé, que les éléments importants de la membrane du tympan siègent dans sa portion sus-ombilicale on y trouve le manche du marteau, les artères principales, les nerfs; à cette partie correspond la corde du tympan; plus profondément, c'est encore à la portion sus-ombilicale que correspondent la chaîne des osselets et la fenêtre ovale, le promontoire et la fenêtre ronde, le tendon du muscle du marteau à la portion sous-ombilicale de la membrane, au contraire, ne correspond aucun organe important cette portion est en outre peu vasculaire et moins sensible que l'autre d'où le précepte : la paracentèse de la membrane du tympan devra toujours être pratiquée dans la portion sous-ombilicale.

La paracentèse du tympan répond à deux indications très-différentes que nous indiquerons sommairement, car la nature de ce livre nous empêche de discuter comme il le mériterait cet intéressant point de chirurgie. A la suite d'une otite interne aiguë il se produit souvent un abcès dans la caisse. Le pus emprisonné détermine d'atroces douleurs et finit par s'ouvrir une voie à travers la membrane du tympan. Le chirurgien doit toujours, s'il le peut, prévenir cette ouverture spontanée et mettre ici en pratique les règles de la chirurgie générale, c'est-à-dire donner issue au pus. Il résultera de cette conduite de grands avantages pour le malade : la douleur et les phénomènes sympathiques quelquefois fort graves qui accompagnent cette otite disparaîtront; on évitera les lésions que le séjour prolongé du pus peut faire éprouver an contenu de la caisse, ainsi que la propagation possible aux méninges et à l'encéphale, et on aura beaucoup plus de chances de voir la perforation s'oblitérer que si elle était le résultat d'une ulcération.

La paracentèse du tympan est encore pratiquée pour permettre l'accès direct des ondes sonores dans la caisse, lorsque la membrane épaissie ou altérée est incapable de vibrer ou de transmettre les vibrations au labyrinthe, ou bien lorsque la trompe d'Eustache est définitivement oblitérée. On peut alors obtenir des résultats remarquables, comme cela arriva à A. Cooper, mais à une condition, c'est que la caisse et les fenêtres du labyrinthe seront saines. Or j'estime, pour mon compte, que ces cas sont de beaucoup les plus rares, quoi qu'en dise M. Bonnafont. Une seconde condition est de maintenir l'ouverture faite à la membrane, ce qui est fort difficile, à cause de son défaut d'élasticité. Je renvoie d'ailleurs aux traités spéciaux pour l'étude des divers procédés qui ont été mis en usage à cet effet, tout en faisant remarquer cette chose, singulière en apparence, à savoir que rien n'est plus difficile que de fermer une ouverture spontanée du tympan, et rien de difficile comme de maintenir ouverte une incision chirurgicale, même en y interposant des corps étrangers.

Bien que la paracentèse du tympan ne me paraisse pas devoir donner souvent des résultats très-satisfaisants, comme elle ne présente, en définitive, aucun danger, je ne vois pas d'inconvénient à la proposer au malade quand on a acquis la certitude que les moyens ordinaires de traitement sont inefficaces. Les perforations spontanées du tympan, ai-je dit, n'ont aucune tendance à la réparation, qu'elles soient consécutives à une otite externe, aune myringite, ou, ce qui est de beaucoup le plus fréquent, à une otite moyenne aiguë ou chronique. Il est des malades, j'ai déjà signalé le fait, qui, arrivés à l'âge adulte, ne soupçonnent même pas qu'ils soient affectés de cette lésion elle date de l'enfance et n'amène qu'une diminution en quelque sorte inappréciable dans l'acuité auditive. Chez d'autres, au contraire, la perforation du tympan s'accompagne d'une dysécie presque complète. Je n'ai pas à discuter ici pourquoi cette différence entre les sujets. Je signalerai seulement un fait curieux qui a servi de point de départ à Toynbee pour imaginer son tympan artificiel. Il est des malades affectés de perforation du tympan avec surdité très-prononcée chez lesquels l'ouïe est immédiatement améliorée dans des proportions très notables par l'introduction dans le conduit auditif externe d'un petit cylindre d'ouate. J'en ai observé un exemple fort curieux sur une jeune fille anglaise qui avait précisément reçu à Londres les soins de Toynbee. Cet auteur a imaginé de remplacer les cylindres d'ouate par une petite rondelle de caoutchouc j ayant la forme du tympan, au centre de laquelle est fixée une tige en argent t qui sert à l'introduire jusqu'au fond du conduit auditif. Toynbee pense que le tympan artificiel agit en confinant les vibrations sonores dans la cavité tympanique peut-être est-ce en les transmettant directement à ce qui reste de la chaîne des osselets. Quoi qu'il en soit de la théorie, le fait existe, et le chirurgien devra toujours songer à ce moyen, infidèle souvent, mais simple et jamais dangereux, lorsqu'il traitera une perforation du tympan accompagnée de dysécie.

D'après anatomie topographique par P. Tillaux.

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