Nous avons reconnu dans la circulation du membre supérieur un double système veineux, superficiel et profond. Le système superficiel est le système primordial, c'est lui qui reçoit les veines profondes. Avec le développement des masses musculaires, celles-ci croissent en importance et finissent, par constituer la voie principale, du moins à la racine du membre; ce sont elles alors qui reçoivent les veines superficielles.

A la main, le type fœtal persiste toute la vie, les veines superficielles sont les veines dominantes; à l'avant-bras, il semble y avoir égalité; au bras et à l'épaule les veines profondes .sont les voies principales, au moins dans la grande majorité des cas. Cette proportion a été contestée, et les auteurs allemands tendent à admettre que sur toute l'étendue du membre, jusqu'à l'épaule exclusivement, le système superficiel est le plus considérable. Des mesures précises seraient désirables. Toutefois, je persiste à croire qu'en dehors de toute compression, les veines musculaires l'emportent, au bras surtout, sur les veines sous-cutanées. Il en est de même, et avec plus d'évidence, pour le membre inférieur.

Les deux systèmes communiquent entre eux, d'abord par l'abouchement même des veines céphalique et basilique et de leurs canaux collatéraux dans les veines axillaire et humérale, ensuite par de nombreuses anastomoses échelonnées sur leur trajet. Ces anastomoses, établies par des branches avalvulaires dites perforantes parce qu'elles traversent les aponévroses, sont, les unes inconstantes, irrégulièrement disséminées sur la ligne de superposition des veines superficielles aux veines profondes, les autres constantes et situées au niveau des articulations et des confluents veineux. Parmi celles-ci nous rappellerons la communicante du coude, les perforantes interosseuses ou métacarpiennes des espaces interosseux de la main, surtout celles du 1er et du 4ème espace, les communicantes du carpe; ces dernières, sur la face antérieure et la face postérieure du poignet, unissent les veines radiale et cubitale superficielles avec les veines radiale et cubitale profondes, interosseuses antérieure et postérieure, et les veines musculaires de la main avec la céphalique du pouce et la salvatelle. Aussi les injections que l'on pousse par le réseau dorsal de la main remplissent-elles toujours les veines profondes de l'avant-bras dès l'articulation radio-carpienne, si on a eu soin de placer une ligature en haut du bras.

La conséquence physiologique de cette disposition est que dans l'extrémité du membre, à la main, la circulation principale est la circulation superficielle et que vraisemblablement une partie du sang des veines profondes passe régulièrement dans les veines dorsales, troncs collecteurs plus importants que les arcades palmaires. Sur l'avant-bras et le bras, au contraire, la circulation profonde intermusculaire est devenue la voie importante, tandis que le système superficiel n'est plus qu'une voie accessoire, supplémentaire de la voie profonde à certains moments. C'est ce que semblent nous indiquer la petitesse des veines superficielles à l'état de repos, leur effacement total dans la compression uniforme du membre, leur gros volume sur les gros bras musclés, le nombre moindre de leurs valvules attestant une circulation plus lente et plus irrégulière (1 valvule par 4 ou 5 centimètres, au lieu de 1 par 3 ou 4 sur les veines profondes; Houzé). Les anastomoses étant dépourvues de valvules sont des voies neutres qui permettent, suivant les circonstances, l'afflux du sang superficiel dans le système profond ou la décharge du sang profond dans le système superficiel.

Sur les veines du membre supérieur : Barkow, Die Venen der oberen Extremitaten des Menshen. Breslau, 1868.

Injection

Pour injecter les veines de l'avant-bras, du bras et de t'épaule, il faut pousser dans le sens du courant veineux, car même sur les sujets très âges on ne peut espérer de forcer les valvules. On choisit sur le dos de la main la plus grosse veine du premier et du quatrième espace interosseux, plus ordinairement la salvatelle et la céphalique du pouce. Il est bon de lier au préalable la veine sous-clavière au niveau de la première cote. Cette injection par les veines superficielles remplit presque toujours les veines profondes à partir du poignet. Un complète par des injections partielles les tronçons restés vides.

Pour remplir le réseau dorsal de la main, on s'adressera à l'arcade dorsale de la première phalange, ordinairement assez grosse pour placer tacitement une canule.

L'injection des veines des doigts et des veines profondes et superficielles de la paume de la main présente de grandes difficultés. Hyrtl dit avoir pu placer de fines canules dans les veines de la phalange unguéale et injecter si complètement le doigt tout entier, y compris même sa pointe, que l'on eût dit une injection poussée par les artères. Mais c'est là un tour de force et l'un a préfère dans ces derniers temps essayer de remplir les veines en passant par les artères. Beaucoup de masses à injection, la gélatine notamment, peuvent remplir les artères, les capillaires et les veines, quand on opère sur un sujet un peu vigoureux, dont le membre a été longtemps chauffe; mais l'identité de coloration dans les deux ordres de vaisseaux rend la dissection très compliquée. Lejars, perfectionnant les recherches de Bourceret, a donné une technique plus sûre, et dont les résultats sont plus démonstratifs. C'est la méthode de la double injection colorée. Elle consiste à pousser par l'artère du membre, l'une après l'autre, deux masses, la première à couleur soluble (suif et cire colores en rouge à l'orcanette), qui franchit le réseau capillaire; la seconde, à couleur pulvérulente (même masse colorée par jaune de chrome ou outremer), qui s'arrête net aux capillaires. Cette seconde injection chasse la première dans les veines. On devra s'attendre a de nombreux échecs.

(Voy. Bourceret. Circulations locales 1883. Lejars. Académie de médecine, 1888, et Etudes sur le système circulatoire, 1891.)

Terminologie

Contrairement à Hyrtl qui attribue aux mots basilique et céphalique une origine arabe, Macalister pense que ces termes sont bien grecs, conformément à leur apparence : basilique, royale, principale ; céphalique, qui est en rapport avec la tête (Journal of Anatomy, 1899, p. 343).

Variétés et anomalies

Veines radiales et cubitales profondes

Les interosseuses et radiales profondes aboutissent toutes à la céphalique au pli du coude. Les cubitales ou les radiales se jettent par un seul tronc ou deux dans l'humérale, au-dessus du pli du coude. Les cubitales et les radiales s'unissent au pli du coude en un plexus irrégulier ou aboutissent à une arcade transversale, d'où partent des veines variables, les humorales, la communicante, des anastomoses avec la céphalique ou même les humorales profondes.

Veines humérales

Participent à toutes les anomalies de position et de division de l'artère humorale. Quelquefois double sur toute sa longueur, ou même triple; la troisième veine peut être un canal collatéral allant de la perforante du coude à la veine axillaire (Charpy). Unique sur toute sa longueur, ou seulement au pli du coude dans sa portion initiale. Remplacée au coude par un lacis veineux des veines profondes qui recouvrent l'artère. L'humorale externe se jette dans l'axillaire au-dessus du pli pectoral et simule une veine axillaire (M. Duval). L'humérale commune envoie un vaisseau aberrant à l'axillaire ou à l'extrémité de la céphalique. Reçoit dans son tronc ou dans celui des humérales profondes les veines circonflexes et scapulaires inférieures.

Veine axillaire

Bardeleben et Gegenbaur, qui considèrent la veine basilique comme la veine principale du membre supérieur, même chez l'adulte, regardent la veine axillaire comme étant plutôt le prolongement de la basilique que des veines humorales profondes, soit que la basilique se jette directement dans la veine axillaire, soit qu'elle n'y arrive que prolongée elle-même par la veine humérale interne.

Présente un dédoublement insulaire entouré par le brachial cutané interne ou traversé dans son ouverture par l'artère qui le franchit d'arrière en avant (M. Duval, 2 cas). Assez sauvent, complètement double depuis l'humérale. Il y a dans ce cas une branche interne et une branche externe, par rapport à l'artère. La branche externe, qui est l'accessoire longe l'artère et le nerf médian ou même repose sur la branche externe de ce nerf et remonte jusqu'au-dessus du pectoral, pour se jeter dans la satellite interne en passant par-dessus l'artère et le nerf, d'où l'isolement difficile de l'artère à ce niveau. D'autres fois se jette dans le tronc innominé après avoir passé avec l'artère entre les scalènes. L'axillaire accessoire naît ordinairement de l'humorale externe, quelquefois de la basilique. J'ai vu l'humérale externe être la veine principale et passer en avant de l'artère au lieu d'élection de la ligature. Un tronc veineux anastomotique va de la jugulaire externe au bout inférieur de l'axillaire, en traversant le plexus brachial (Cruveilhier, un cas). Une veine superficielle du cou va à son extrémité supérieure en passant par-dessus la clavicule.

Veine sous-clavière

Décrit une courbe qui s'élève plus haut que I:t clavicule et lui fait couvrir l'artère dans le creux sus-claviculaire. Cas rares, passe entre la clavicule et le muscle sous-clavier. Passe avec l'artère en avant du scalène antérieur, ou bien avec l'artère entre les deux scalènes et alors est toujours en avant de l'artère qu'elle recouvre. Exceptionnellement change de place avec l'artère; l'artère passe en avant du scalène antérieur, la veine en arrière. Se dédouble en un !lot qui entoure d'une couronne vasculaire l'insertion du scalène antérieur. Très rarement double sur toute sa longueur; dans ce cas la branche accessoire, qui est l'externe, passe avec l'artère entre les scalènes. Reçoit les deux branches d'une veine axillaire dédoublée; une veine bronchique gauche; la céphalique au-dessus de la clavicule.

Les auteurs ne sont pas d'accord sur le débouché normal des veines intercostales supérieures. Selon les uns (Theile.), les intercostales supérieures droite et gauche sont des affluents normaux de la veine sous-clavière, plus rarement des troncs veineux brachio-céphaliques, et lui amènent le sang des deux premiers espaces intercostaux. Suivant le plus grand nombre, les veines intercostales supérieures se jettent dans les azygos, et, à titre d'anomalie d'ailleurs fréquente, dans les troncs brachio-céphaliques ou même dans la veine cave supérieure. Nous reviendrons plus loin sur cette question.

Veines superficielles

Pour comprendre les variétés et les anomalies des veines superficielles de l'avant-bras et du bras, il faut se reporter à leur disposition embryonnaire.

Bardeleben, d'après l'étude de 36 embryons humains, a reconnu l'existence d'une veine principale (vena capitalis) du membre qui, née du dos de la main, de la salvatelle et de la céphalique du pouce, remonte en hélice sur la face antérieure de l'avant-bras et du bras et se termine dans la jugulaire. Elle correspond à ce que nous avons décrit sous le nom de veine radiale, médiane basilique et basilique. Elle reçoit comme branches collatérales une transverse du coude, qui se prolonge par deux branches ascendante et descendante sur le bord externe de l'avant-bras et du bras, accessoirement une ou deux veines médianes de l'avant-bras, et sur le bord interne de l'avant-bras une veine qui sera la cubitale superficielle. Sur l'épaule, une veine deltoïdienne ascendante qui longe le deltoïde et va se jeter dans l'axillaire. La veine principale reçoit encore dans l'aisselle les veines numérales et la veine axillaire, à ce moment grêles et accessoires.

La veine principale se transforme comme nous l'avons indiqué; sa partie supérieure diminue progressivement, à mesure que la veine profonde croit en importance, et c'est elle qui, abaissant de plus en plus son embouchure, s'ouvre dans l'axillaire ou même dans l'humérale. La transverse du coude devient la médiane céphalique sa branche descendante, la radiale accessoire; sa branche ascendante, la partie brachiale de la céphalique. Cette dernière s'unissant à la veine deltoïdienne constitue le tronc unique de la céphalique, dans lequel le sang circule de bas en haut. Une partie de ces dispositions sont encore visibles chez le nouveau-né.

A la vérité Hochstetter a contesté les données de Bardeleben; il lui a surtout reproché de ne pas avoir examiné des embryons assez jeunes et d'avoir décrit comme primitive une disposition embryonnaire qui est déjà un état secondaire; la veine principale originelle serait la veine cubitale prolongée par la basilique et non la radiale. Cette réserve acceptée, et tout en admettant que la forme décrite par Bardeleben est déjà une forme secondaire, issue des transformations d'une figure antérieure, il n'en reste pas moins vrai qu'elle explique tout à la fois l'état normal de l'adulte et la plupart de ses variétés. Peut-être les autres s'expliquent-elles par la forme originelle encore imparfaitement connue.

(Voy. K. Bardeleben. Die Hauptvene des Armes. Lemaische Zeitschrift, 1880. Hochstetter, Ueber die Entwicklung der Extremitaetvenen. Morphol Jahrb., 1891).

Veine cubitale superficielle

Fréquence d'une cubitale accessoire ou postérieure, pouvant être plus grosse que l'antérieure.

Veine radiale superficielle

Dédoublement partiel et formation insulaire; une et même deux radiales accessoires. Atrophie de la radiale principale dans sa partie terminale de l'avant-bras; prépondérance d'une radiale accessoire, ancienne branche descendante de la transverse du coude.

Veine médiane commune

Exceptionnellement volumineuse. Multiple; deux et trois branches. -Manque parfois chez l'embryon, souvent chez l'adulte, ou n'a qu'un court trajet, ou existe sur le milieu de l'avant-bras et finit en plexus.

Veine du pli du coude

Le type régulier étant la radiale bifurquée, avec une veine médiane céphalique (son ancienne collatérale embryonnaire) plus petite, notons comme variétés une bifurcation aux dépens de la veine médiane de l'avant-bras (ancien type classique); -l'absence de bifurcation; une des deux médianes fait défaut la bifurcation est remplacée par un plexus.

Citons encore une médiane basilique double;- cette même veine recevant du bras une cutanée récurrente. (Sur les veines du coude : Bertelli, Ricerche intorno alla vene… Pisa, 1890.)

Veine basilique

Peu sujette aux variations. S'ouvre dans l'axillaire (cas fréquent est la règle pour quelques auteurs), ou même au commencement de la sous-clavière. Reçoit les deux veines humorales petites et va former l'axillaire. Une basilique accessoire superficielle continue la veine principale à la partie supérieure du bras.

Veine céphalique

Très sujette aux anomalies en raison de son origine par fusion de deux veines différentes. Exceptionnellement, plus grosse que la basilique, quelquefois double. Très grêle. La partie brachiale manque 2 fois sur 93 (Hallett). La partie deltoïdienne fait défaut; dans ce cas, la partie brachiale grêle s'ouvre dans l'humérale au-dessous de l'aisselle, ou par un courant descendant dans la médiane céphalique, puis par elle dans la basilique. Absence totale 2 cas. Débouche dans la jugulaire externe, communique avec la jugulaire externe par une branche jugulo-céphalique qui passe par-dessus la clavicule. La jugulo-céphalique est normale chez les singes et l'embryon humain, et même le débouché du tronc principal dans la jugulaire. Dans 2 cas de Thomson, cette anastomose perforait la clavicule. S'ouvre dans la sous-clavière, ou en passant par-dessus la clavicule, ou en passant au-dessous, entre l'os creusé en gouttière et le sous-clavier, dans un canal ostéo-musculaire, ou en perforant le muscle sous-clavier, ou enfin par deux branches, l'une sus-, l'autre sous-claviculaire.

Sa partie deltoïdienne est transformée en réseau. Reçoit une veine aberrante de l'humérale commune.

(Voy. Kadyi, Ueber die Vena basilica, Zetischr. f. Anat., 1877.)

D'après Traité d'anatomie humaine P. Poirier.

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