Si l'on accepte que la région temporale a pour limite externe la peau, pour limite interne l'encéphale (et c'est ainsi qu'il faut, selon moi, la comprendre), on voit que les artères doivent être divisées en trois groupes groupe sous-cutané, groupe sous-aponévrotique, groupe sous-osseux. Le premier groupe comprend l'artère temporale superficielle le second, les artères décrites sous le nom de temporale moyenne et temporales profondes ; le troisième, la méningée moyenne : un instrument vulnérant porté dans la région temporale rencontrera nécessairement ces trois groupes d'artères.

 

L'artère temporale superficielle apparaît à la tempe au-dessus de l'arcade zygomatique de profonde qu'elle était dans la région parotidienne, elle devient superficielle pour se placer dans la couche sous-cutanée, se dirige presque aussitôt de bas en haut et d'arrière en avant, de façon à couper obliquement la région, et se divise en deux branches collatérales, l'une antérieure, l'autre postérieure. Une incision verticale pratiquée dans la région temporale, pour peu qu'elle offre une certaine étendue, rencontrera donc le tronc ou les branches de cette artère aussi n'est-il pas étonnant que les plaies de cette région s'accompagnent fréquemment d'hémorragies abondantes dont on se rend d'ailleurs très-facilement maître par la compression ou la ligature des deux bouts dans la plaie.

J'ai signalé plus haut les flexuosités de l'artère temporale et sa prédisposition au développement de la varice artérielle. Il est une autre affection plus rarement observée, dont rendent bien compte les rapports anatomiques de la temporale superficielle. En effet, cette artère est accompagnée par la veine du même nom, qui lui est sous-jacente et lui adhère assez intimement, d'où la possibilité de la lésion simultanée de ces deux vaisseaux et la production d'un anévrysme artério-veineux ou plutôt d'une varice anévrysmale, comme Laugier en publia un exemple il y a quelques années ces deux affections pourraient être facilement confondues, car un de leurs symptômes communs est le bruit de souffle mais, outre le caractère de ce souffle, qui diffère dans les deux cas, intermittent dans le premier, continu avec redoublement dans le second, il est un autre élément de diagnostic qui ne peut tromper le doigt appliqué sur un point très-limité, correspondant à l'orifice de communication entre l'artère et la veine, supprime tout bruit de souffle, s'il s'agit d'une varice anévrysmale.

Les artères du second groupe sont désignées sous le nom d'artères temporales profondes. L'une d'elles, la temporale moyenne, naît quelquefois de la temporale superficielle à une petite distance au-dessus de l'arcade zygomatique, traverse le feuillet externe de l'aponévrose temporale, et se termine dans le peloton adipeux compris entre les deux feuillets ; les autres, situées plus profondément, se distribuent dans te muscle par sa face profonde après s'être détachées perpendiculairement du tronc de la maxillaire interne ce sont les temporales profondes antérieure et postérieure.

L'artère méningée moyenne, logée, ainsi que nous l'avons dit, dans l'épaisseur de la dure-mère, affecte avec la région temporale les rapports suivants si l'on trace une ligne horizontale partant de l'apophyse orbitaire externe, on rencontre l'artère méningée moyenne, sur le trajet de cette ligne à 3 centimètres environ en arrière de l'apophyse. Il faut donc autant que possible éviter d'appliquer une couronne de trépan sur ce point, sous peine de provoquer une hémorragie grave et fort difficile à arrêter.

 

Lorsqu'un malade est atteint de fracture du crâne, si le chirurgien est autorisé à penser que le trait de la fracture s'étend de la voûte à la base en passant à 3 centimètres environ en arrière de l'apophyse orbitaire externe, il devra redouter que l'artère méningée moyenne ne soit intéressée. Or la déchirure de ce vaisseau est d'une extrême gravité il en résulte, en effet, un épanchement sanguin qui, vu le volume de l'artère blessée, est presque toujours suffisant pour déterminer une compression mortelle du cerveau.

Les veines de la région temporale ne méritent aucune mention spéciale: nous connaissons la disposition de la veine temporale superficielle les veines temporales profondes accompagnent les artères du même nom. Il en est de même de l'artère méningée moyenne, qui, contrairement à une opinion longtemps admise, présente deux veines satellites.

Le nerf le plus important de la région est le nerf auriculo-temporal. L'auriculo-temporal ou nerf temporal superficiel est une des branches sensitives du maxillaire inférieur. Après avoir fourni une anastomose importante au nerf facial, il contourne le col du condyle de la mâchoire, se porte verticalement en haut entre le pavillon de l'oreille et la base de l'apophyse zygomatique, pour se distribuer a la peau de la tempe.

Si l'on voulait en pratiquer la section, il faudrait le chercher en avant du tragus vers la base de l'apophyse zygomatique, facile à sentir avec le doigt. L'artère temporale superficielle peut aussi servir de guide par ses battements, car le nerf la côtoie. C'est à la section du nerf auriculo-temporal qu'il faut sans doute attribuer les succès merveilleux qu'obtenait un charlatan dont parle M. Hichet dans son livre les névralgies dentaires les plus opiniâtres cédaient instantanément a une incision faite au-devant du tragus. Les autres nerfs de la région n'offrent pour le chirurgien aucun intérêt. Désignés sous le nom de nerfs temporaux profonds, ils naissent de la branche motrice du nerf maxillaire inférieur au nombre de trois (temporaux profonds, antérieur, moyen et postérieur), et sont destinés au muscle crotaphyte, qu'ils pénètrent par sa face interne en suivant peu près la distribution des artères.

En résumé les divers éléments dont se compose la région temporale considérés sous une forme synthétique, sont groupés de la façon suivante en procédant de la superficie vers la profondeur :

1.- La peau ;

2.- La couche graisseuse sous-cutanée, comprenant l'artère et la veine temporales superficielles, le nerf auriculo-temporal les muscles auriculaires et des filets du facial ;

3.- Le prolongement latéral de l'aponévrose épicrânienne ;

4.- La couche celluleuse sous-aponévrotique ;

5.- L'aponévrose temporale : 

  • feuillet externe ;
  • couche graisseuse intermédiaire, au milieu de laquelle on trouve parfois une artère temporale moyenne feuillet interne ;

6.- La couche graisseuse sous-aponévrotique, occupant le tiers inférieur environ de la loge temporale ;

7.- Le muscle temporal :

Les artères temporales profondes et les nerfs temporaux profonds sont situés dans l'épaisseur du muscle, qu'ils pénètrent par sa face profonde ;

8.- Le périoste ;

9.- La paroi osseuse ;

10.- La dure-mère, contenant dans son épaisseur l'artère méningée moyenne, et enfin l'encéphale.

J'ai indiqué, chemin faisant, les considérations spéciales qui se rapportent aux plaies, aux contusions, aux lésions pathologiques de la région temporale. Ajoutons que les abcès se divisent en deux classes bien distinctes, suivant qu'ils sont sus- ou sous-aponévrotiques: les premiers siègent en dehors, les seconds en dedans de l'arcade zygomatique. Ces derniers ont une tendance naturelle à fuser dans la fosse zygomatique, qui n'est, en définitive, que l'aboutissant de la fosse temporale. Ces abcès sont heureusement fort rares s'il était nécessaire d'en pratiquer l'ouverture, il nous semble que le lieu d'élection serait immédiatement au-dessus de l'arcade zygomatique. Je formule ainsi cette opération à un centimètre au-dessus de l'arcade, pratiquer une incision verticale, diviser couche par couche, en se rappelant bien qu'il existe à ce niveau trois plans aponévrotiques et trois couches de tissu adipeux, avant d'arriver sur le muscle inciser enfin ce muscle parallèlement à la direction des fibres.

La région temporale ne donne naissance à aucune tumeur qui lui emprunte des caractères particuliers, mais, par suite de son voisinage avec la cavité crânienne, et surtout avec la cavité orbitaire, elle peut être secondairement envahie par des produits pathologiques nés primitivement dans ces cavités. Or, si l'on songe à la profondeur de la loge temporale, à la résistance des parois qui la circonscrivent, on conçoit qu'un prolongement déjà volumineux l'ait envahie, sans que rien à l’extérieur n’ait révélé son existence. C'est ainsi que, ayant à opérer un malade atteint de cancer mélanique de l'œil, je dus enlever par-dessous l'arcade zygomatique un prolongement du volume d'une grosse noix, qui avait gagné la loge temporale en traversant la paroi externe de l'orbite, et dont il était impossible de soupçonner la présence ce qu'on comprendra d'autant plus aisément qu'au voisinage de l'orbite, derrière l'os malaire, la fosse temporale atteint sa plus grande profondeur.

 D'après Traité d'anatomie topographique avec applications à la chirurgie par T. Tillaux

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