Index de l'article

 

Mouvements de la colonne vertébrale

La colonne vertébrale exécute des mouvements de flexion, d'extension, de latéralité, et des mouvements de torsion. Au début de la vie, la colonne vertébrale est en quelque sorte malléable. Chacun a vu les mouvements qu'arrivent à exécuter les clowns, non-seulement dans le sens de la flexion, qui est le plus étendu, mais encore dans le sens de l'extension. La mobilité de la colonne diminue avec l'âge et elle peut disparaître complètement par la soudure des vertèbres entre elles.

La mobilité est loin d'être la même dans les diverses régions la portion cervicale est de beaucoup la plus mobile des quatre on y observe en plus des mouvements spéciaux qui se passent dans les articulations de la tête avec le cou. C’est ainsi qu'entre l'occipital et l'atlas il n'existe qu'un mouvement très limité de flexion de la tête, et entre l'occipital et l'axis un mouvement de rotation. La première de ces articulations nous permet de faire le petit mouvement de tête voulant dire oui, et la seconde le signe voulant dire non. Les mouvements de flexion et d'extension de la région cervicale se passent surtout entre la 3° et la 4° la 4° et la 5° ; la 5° et la 6° vertèbres. Aussi, de toutes les luxations des vertèbres cervicales, la plus fréquente est-elle celle qui se produit entre la 5ème et la 6ème. La disposition des surfaces articulaires, qui sont presque horizontales, favorise du reste les luxations dans cette région. J'en ai observé en 1868, à l'hôpital Saint-Antoine, un cas survenu dans des conditions exceptionnelles, et que je crois devoir rappeler ici. Un homme de 48 ans, jouant sur l'herbe, fut renversé par un croc-en-jambe. Il se releva et continua à marcher et à courir. Quatre heures après, il s'affaissa subitement sur lui-même, et fut apporté à l'hôpital. Il existait une paralysie remontant jusqu'au 3ème espace intercostal. La mort survint le quatrième jour, et l'autopsie démontra l'existence d'une luxation de la 6ème vertèbre cervicale sur la 7ème ; il y-avait une attrition complète de la moelle, tous les ligaments étaient rompus, le disque arraché. Mais la lésion sur laquelle j'appelle l'attention est celle-ci la face supérieure de la 7ème vertèbre cervicale était taillée obliquement, de telle sorte que la face postérieure mesurait i5 millimètres de hauteur et la face antérieure 7 millimètres seulement. Elle offrait donc un plan incliné bien favorable au glissement en avant de la 6" vertèbre, ce qui avait eu lieu. Cet homme n'avait jamais eu d'abcès par congestion, ni jamais souffert du cou. Il n'existait aucune trace de carie ni d'arthrite vertébrales. Malgré l'opinion opposée de quelques-uns de mes collègues de la Société de chirurgie qui ont vu dans ce cas un mal de Pott, je serais tenté de croire à une malformation originelle de la 7° vertèbre cervicale.

La région dorsale ne présente pas de mouvements de flexion jusqu'à la 11ème vertèbre, les côtes s'y opposent; les 11ème et 12ème côtes, qui sont flottantes, permettent à ce niveau des mouvements de flexion et d'extension.

A la région lombaire, il existe deux centres de mouvement de flexion le premier s'étend de la 11ème dorsale à la 2ème lombaire, le second de la 4ème  lombaire au sacrum.

Le chirurgien a intérêt à connaître les détails qui précèdent pour comprendre le mécanisme des fractures de la colonne vertébrale. Celles-ci se produisent de deux façons par cause directe ou par cause indirecte. La fracture par cause directe n'est soumise à aucune règle: une voiture, un wagon, en passant sur le tronc, écrasent les os dans le point touché.

Depuis bien des années, je démontre dans mes cours, sur des colonnes vertébrales fraîches, que la fracture par cause indirecte peut être produite par l'exagération du mouvement de flexion; en voici un exemple que j'ai recueilli à Bicêtre Un ouvrier travaillait au fond d'un puits et avait le tronc fléchi; un bloc de pierre se détacha du haut du puits, tomba entre les deux épaules et fractura la colonne vertébrale au niveau de la 12ème  dorsale. Le mouvement d'extension exagéré peut produire un résultat analogue Un homme tomba d'un troisième étage, le dos portant sur le rebord d'une fenêtre il se produisit une fracture de la colonne vertébrale. Une chute sur la plante des pieds pourrait à la rigueur produire le même résultat, mais ce doit être infiniment plus rare. Le mouvement de flexion de la colonne vertébrale ayant pour centre certains points bien déterminés, on conçoit que les fractures indirectes aient un siège de prédilection, et c'est ce qui a lieu en effet. La flexion forcée du cou peut fracturer les 3°, 4° et 8° vertèbres cervicales, mais la direction presque horizontale de leurs surfaces articulaires rend les luxations beaucoup plus fréquentes que les fractures. Celles-ci siègent presque toujours sur les dernières dorsales ou les premières lombaires.

Le mécanisme de la flexion forcée explique bien la pénétration réciproque des corps vertébraux; celle-ci est parfois si prononcée que certaines pièces observées après consolidation démontrent la disparition complète d'une vertèbre.

La direction presque verticale des surfaces articulaires aux lombes et à la région dorsale, leur emboîtement réciproque, rendent compte de la rareté des luxations dans ces régions.

Le mouvement de latéralité n'existe qu'au cou et aux lombes; il est plus développé dans la première région.

Le mouvement de torsion, c'est à-dire la rotation des vertèbres sur leur axe, est encore plus marqué à la région cervicale que dans les autres régions. Bien que limité par les crochets situés de chaque côté des corps vertébraux, le mouvement forcé de torsion à la région cervicale peut déterminer la production d'une luxation unilatérale ou bilatérale (le plus souvent de la 3ème ou 4ème vertèbre). Le canal vertébral est si large en cet endroit, que la luxation d'une vertèbre cervicale n'amène pas nécessairement une compression de la moelle. Si elle existait, on devrait tenter la réduction en fixant les épaules et en imprimant à la tête un mouvement de rotation en sens inverse. Il faut toutefois être prévenu que la mort subite peut survenir pendant la tentative.

Le mouvement de torsion est aboli dans les arthrites cervicales, c'est pourquoi le malade, au lieu de tourner la tête pour regarder de côté, fait exécuter au corps un mouvement de totalité.

D'après les frères Weber, le mouvement de torsion serait très-prononcé entre les dernières vertèbres dorsales, et nul dans la région lombaire.

D'après Traité d'anatomie topographique avec applications à la chirurgie par T. Tillaux

 

Commentaires (0)

Il n'y a pas encore de commentaire posté.

Ajouter vos commentaires

  1. Poster un commentaire en tant qu'invité. S'inscrire ou se connecter à votre compte.
Pièces jointes (0 / 3)
Partager votre localisation

Ce site internet met des documents à votre disposition seulement et uniquement à titre d'information. Ils ne peuvent en aucun cas remplacer la consultation d'un médecin ou les soins prodigués par un praticien qualifié et ne doivent par conséquent jamais être interprétés comme pouvant le faire.

Connexion