Le cou ne présente pas seulement des vaisseaux et des ganglions lymphatiques qui lui soient propres, comme les autres parties du corps, c'est encore un centre pour les vaisseaux lymphatiques des parties voisines ; au cou, en effet, aboutissent les deux grands canaux collecteurs du chyle et de la lymphe, le canal thoracique et la grande veine lymphatique.

Ces canaux occupent la partie la plus interne de la région sus-claviculaire; le canal thoracique déverse son contenu dans la veine sous-clavière droite, à son confluent avec la jugulaire interne. La présence de ces canaux complique encore les blessures déjà si graves de la région sus-claviculaire.

Les ganglions lymphatiques du cou peuvent être divisés en postérieurs et antérolatéraux.

Les ganglions postérieurs occupent la partie la plus élevée de la région de la nuque et sont encore appelés ganglions sous-occipitaux. Au nombre de deux ou trois situés de chaque côté de la fossette de la nuque, ces ganglions reçoivent le groupe occipital des vaisseaux lymphatiques du cuir chevelu. Sans présenter rien de spécifique, l'engorgement de ces ganglions s'observe souvent dans la syphilis, ce qui tient aux éruptions secondaires si fréquentes sur la peau du crâne. Il est extrêmement rare, au contraire, de les voir se tuméfier sous l'influence de la scrofule, ce qui établit une différence très remarquable entre l'aptitude pathologique des ganglions postérieurs et antérieurs du cou.

Les ganglions de la portion antérolatérale se subdivisent comme cette portion elle-même en ganglions sus-hyoïdiens latéraux et médians, en ganglions sous hyoïdiens, carotidiens, sus-claviculaires et rétro-pharyngiens. Ces derniers ont été bien étudiés par M. Gillette. Sur les enfants. M. Gillette en a constamment trouvé deux, situés au-devant de l'axis, sur les côtés de la ligne médiane. Chez l'adulte, où les ganglions lymphatiques sont moins développés, il n'en existe souvent qu'un seul, désigné sous le nom de pré-axoïdien par M. Sappey. M. Gillette pense et je pense avec lui que les abcès rétro-pharyngiens ont le plus souvent pour point de départ l'inflammation de ces ganglions. Les vaisseaux lymphatiques provenant de la cavité buccale, des lèvres et de la langue, du pharynx, de l'œsophage, du larynx, de la trachée et du corps thyroïde, aboutissent aux ganglions sus et sous-hyoïdiens et carotidiens. D'après M. Sappey, il n'est pas rare de voir ceux mêmes qui naissent du tiers inférieur de l’œsophage suivre un long trajet pour aboutir aux ganglions qui entourent le tronc veineux brachio-céphalique gauche l'engorgement de ces ganglions pourrait donc éclairer le diagnostic dans certains cas obscurs de cancer de l'œsophage.

Les ganglions du creux sus-claviculaire communiquent directement avec la chaine de l'aisselle, qui reçoit elle-même les vaisseaux lymphatiques de la mamelle. Aussi n'est-il pas rare de trouver, au-dessus de la clavicule, un engorgement ganglionnaire dans les cancers du sein, ce qu'il faut rechercher soigneusement, car il constitue une contre-indication formelle à l'opération. De même, l'épithélioma des lèvres, de la langue, etc., s'accompagne presque toujours, à une période plus ou moins avancée, de l'engorgement des ganglions sus-hyoïdiens. Il n'est pas toujours facile de constater au début une induration ganglionnaire sous-maxillaire; le meilleur mode d'exploration consiste à appliquer un doigt sur le plancher de la bouche, tandis que l'autre main explore la région sus-hyoïdienne.

J'ai déjà fait observer que la plupart des phlegmons et abcès du cou ont pour point de départ une adénite.

A. Richard a cru trouver, dans les ganglions lymphatiques, l'origine de certains kystes congénitaux du cou.

Les ganglions de la région carotidienne, échelonnés tout le long des vaisseaux, sont surtout en contact avec la veine jugulaire interne. Un abcès développé dans ces ganglions pourra donc ulcérer la veine et déterminer une hémorragie mortelle, accident que j'ai déjà signalé comme plus spécialement propre aux abcès scarlatineux.

L'engorgement des ganglions carotidiens est susceptible, par la compression qu'il exerce sur la jugulaire interne, de déterminer la formation dans ce vaisseau d'une thrombose qui peut s'étendre aux sinus de la dure-mère, accident dont j'ai signalé toute la gravité. La simple compression de la jugulaire, sans production de thrombose, paraîtrait même, d'après certains faits signalés par M. Grenet, suffisante pour déterminer la production de concrétions sanguines dans les sinus longitudinal supérieur, latéral et occipital, uniquement par le ralentissement de la circulation.

Un détail de la plus haute importance, au point de vue opératoire, c'est que tous les ganglions lymphatiques du cou sous-aponévrotiques. Il ne faut donc jamais considérer comme insignifiante l'extirpation d'une tumeur ganglionnaire. Sans vouloir trancher ici la question discutée et discutable de l'opportunité de ces extirpations, je dirai qu'il est des cas, à mon avis, où l'opération est indiquée, quand, par exemple, la tumeur est limitée et a résisté obstinément aux traitements ordinaires; mais le chirurgien doit savoir qu'il peut être entraîné, au cours de son opération, beaucoup plus loin qu'il ne le pensait; à un ganglion en succède un autre, et l'on arrive ainsi sur la gaine vasculo-nerveuse du cou. Cela est encore bien plus vrai quand on opère pour une dégénérescence cancéreuse des ganglions, car ceux-ci forment une masse adhérente aux vaisseaux, et en particulier à la veine jugulaire interne, qui court grand risque d'être intéressée. Je pense qu'il vaut mieux alors s'abstenir d'opérer. Les ganglions situés au-dessus du sternum sont bridés en avant par le feuillet moyen fortement tendu de l'aponévrose cervicale et peuvent, en s'hypertrophiant, comprimer la trachée, ce qu'on observe quelquefois dans l'adénite. Les ganglions lymphatiques en général et ceux du cou en particulier sont susceptibles de s'hypertrophier tantôt isolément, tantôt en masse, et de subir un certain nombre de dégénérescences; ils constituent des lymphomes, lymphadénomes, lymphosarcomes, lympho-carcinomes.

D'après anatomie topographique par P. Tillaux.

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