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Le grand hypoglosse, ou 12ème paire crânienne, est un nerf purement moteur. Il se distribue aux muscles de la langue, au muscle géniohyoïdien et à tous les muscles de la région  sous-hyoïdienne.

 

Origine réelle et connexions centrales

Origine réelle

Le grand hypoglosse est formé par les prolongements cylindraxiles d'un noyau situé dans le myélencéphale. Ce noyau appartient à la colonne grise qui prolonge vers l’encéphale le groupe cellulaire antéro-interne des cornes antérieures de la moelle. Dans le sens vertical, ses limites sont assez exactement indiquées par deux plans horizontaux, rasant les deux extrémités de l’olive bulbaire. Adjacent au raphé, il répond en arrière au plancher du 4ème ventricule au niveau de l'aile blanche interne. Ou a encore décrit à la 12ème paire deux autres noyaux : le noyau antérieur de Meynert ou accessoire de -M. Duval, et le noyau dit de Roller. Leur participation à la formation du grand hypoglosse semble douteuse. -Les fibres, émanées du noyau principal sont toutes des fibres directes. Van Gehuchten qui avait d'abord admis chez le e poulet un décussation partielle, la rejette maintenant, au moins chez l'homme.

A leur sortie du noyau, les fibres radiculaires se portent en avant et en dehors ; elles laissent en dedans d'elles le faisceau longitudinal postérieur et le ruban de Reil interne, et en dehors le champ réticulé et l'olive. Quelques-unes d'entre elles traversent cependant cette dernière. Elles arrivent ainsi sur la face postérieure du faisceau pyramidal; elles exagèrent alors leur obliquité en dehors et viennent apparaitre au niveau du sillon préolivaire.

Connexions centrales

Les voies d’association réflexe, unissant les origines bulbaires de la 12ème paire aux noyaux des nerfs sensitifs cérébro-spinaux, sont encore mal connues. Par contre, son centre cortical est localisé sans conteste au niveau de la partie inférieure de la circonvolution frontale ascendante, au-dessus du centre du masticateur et du facial inférieur. -Les prolongements cylindraxiles des cellules de ce centre forment la voie motrice centrale de la 12ème paire ; elles font partie du faisceau géniculé dont elles partagent le trajet. Elles se déçussent au niveau du bord inférieur de la protubérance pour se terminer dans le noyau bulbaire du côté opposé.

Origine apparente

Les fibres radiculaires du grand hypoglosse émergent au niveau du sillon préolivaire. Elles se groupent eu 10 à 16 filets. Le plus inférieur de ceux-ci répond ordinairement à un plan horizontal passant par l'entrecroisement des pyramides. On admet généralement que la plus élevée des racines de la 12ème paire émerge au niveau de la partie moyenne de l'olive, Beck' fait observer avec raison qu'il est rare de voir cette racine distante de plus de 4 millimètres du bord inférieur de la protubérance.

Variétés

Parfois les racines de l'hypoglosse confinent inférieurement à l'émergence de la première racine antérieure cervicale. Beck a observé des cas où il existait entre l'hypoglosse et la première racine un faisceau qui, quelques millimètres après sa sortie de la moelle, se divisait en deux fascicules dont l'un allait rejoindre la 12ème paire, tandis que l'autre allait se jeter dans la racine cervicale sous-jacente. -Il est fréquent de voir des libres radiculaires du grand hypoglosse émerger de l'olive ou des pyramides bulbaires. - Rüdinger a vu naître la 12ème  paire du plancher du quatrième ventricule. -Buffet-Delmas a rencontré un cas, plus bizarre encore, dans lequel l'hypoglosse se détachait du ganglion plexiforme du pneumogastrique.

Trajet

Les filets radiculaires inférieurs, légèrement ascendants, les filets moyens, horizontaux et les filets supérieurs, légèrement descendants, convergent vers le trou condylien antérieur. Ils se groupent ordinairement en deux faisceaux, beaucoup plus rarement en trois. Ces faisceaux traversent la dure-mère, tantôt par deux orifices distincts (19 fois sur 32 cas, Beck), tantôt par un seul (13 fois sur 32 cas). Ils pénètrent ensuite dans le canal condylien antérieur à l'entrée duquel ils se fusionnent en un tronc unique. A sa sortie du crâne, le grand hypoglosse se porte d'abord en bas, en avant et en dehors. Puis, au niveau du bord postérieur du muscle hyoglosse, il se recourbe graduellement pour devenir oblique en haut, en avant et en dedans. Dans son ensemble il décrit une courbe assez régulière dont la concavité regarde en haut et en avant. Le lingual et le glosso-pharyngien décrivent des courbes analogues, mais de rayon plus petit et inscrites dans celle de la 12ème paire.


 

Rapports

Dans ce trajet, le grand hypoglosse occupe successivement :  l'étage postérieur du crâne, le canal condylien antérieur, l’espace latéro-pharyngien, la région carotidienne et la région sus-hyoïdienne.

 

1) Au niveau de l’étage postérieur, les filets radiculaires du grand hypoglosse croisent la face postéro-supérieure de la portion latéro-bulbaire de l’artère vertébrale : à quelques millimètres en arrière, l’artère est croisée par le spinal : entre les deux nerfs monte ordinairement l’artère cérébelleuse inférieure. 512). D'abord contenus dans l'espace sous-arachnoïdien, les filets radiculaires de l'hypoglosse traversent ensuite la cavité arachnoïdienne : ils sont entourés à ce niveau d'un court manchon séreux que leur forme celle membrane. Ils arrivent ainsi jusqu'à l'orifice dural.

Variétés. -Le contact de l'hypoglosse et de l’artère vertébrale est plus ou moins immédiat suivant le degré d'obliquité que présente l’artère, an moment où elle contourne le bulbe (Beck).

Dans certains cas, les filets radiculaires inférieurs, au lien de croiser la face postéro-supérieure de l'artère, passent sous sa face antéro-inférieure. Willis considérait à tort cette disposition comme normale.

Il est beaucoup plus rare de voir l'artère vertébrale se bifurquer de façon à former un anneau dans lequel s'engage la 12ème paire (Henle). Chez la plupart des mammifères autres que l'homme, l'artère vertébrale dès son entrée dans le canal rachidien se dirige transversalement en dedans vers la ligne médiane. Elle n'est pas en rapport immédiat avec les racines de l'hypoglosse (Beck).

2) Dans le canal condylien antérieur, long de un centimètre environ, l'hypoglosse est accompagné d'un rameau méningé de l'artère pharyngienne inférieure et d'un plexus veineux. Ce plexus (confluent antérieur de Trolard) « forme à l'orifice interne du canal une couronne ou anneau (circulus hypoglossi) semblable aux canaux veineux des trous de conjugaison et entourant le tronc nerveux ». (Voy. t. II, pages 973 et 981). Lorsque le canal condylien antérieur est subdivisé en deux canaux .secondaires, l'hypoglosse est lui-même formé par deux faisceaux distincts qui ne se fusionnent qu'à leur sortie du crâne. (Beck.)

3) A sa sortie du canal condylien, le grand hypoglosse pénètre dans l’espace latéro-pharyngien postérieur. D’abord appliqué contre la colonne vertébrale, il est le plus postérieur et le plus interne des organes contenus dans cet espace. Il se porte ensuite en bas, en avant et en dehors et croise obliquement la face postérieure de la carotide interne, du glosso-pharyngien el du pneumogastrique. Il passe entre ce nerf et la jugulaire interne pour déboucher dans la région carotidienne.

4) Dans la région carotidienne. Le grand hypoglosse est appliqué contre la carotide externe. La constatation de ce contact immédiat de la 12ème paire et de la carotide externe constitue un des nombreux moyens indiqués par les auteurs pour distinguer, au cours de la ligature, cette artère de la carotide interne adjacente. L’artère occipitale nait immédiatement au-dessous du point où l’hypoglosse croise la carotide. Dans quelques cas, cependant, l'origine de cette artère est reportée plus haut et l'hypoglosse s'accroche au-dessous d'une petite collatérale sterno-mastoïdienne qui se détache de la carotide à quelques millimètres au-dessous de l'occipital.

5) Dans la région sus-hyoïdienne, le grand hypoglosse est recouvert par la peau, le peaucier, l'aponévrose cervicale superficielle et la glande sous-maxillaire. Il est appliqué sur le muscle hyoglosse qui le sépare de l'artère linguale. A son entrée dans la région, il est placé en arrière du tendon terminal du stylohyoïdien ; il forme à ce niveau le bord supérieur d'un premier triangle, limité en avant par le stylo-hyoïdien, en bas par la grande corne de l'os hyoïde; c'est le triangle postérieur de l'artère linguale ou triangle de Béclard.

Le grand hypoglosse passe ensuite sous les tendons du stylo-hyoïdien et du digastrique. En avant de ces tendons, il forme le bord supérieur d'un deuxième triangle, limité en arrière par le tendon du digastrique, en avant par le bord postérieur du mylo-hyoïdien ; c'est le triangle antérieur de l'artère linguale ou triangle de Pirogoff. L'aire de ces deux triangles est formée par l'hyoglosse, au-dessous duquel on trouve l'artère linguale.


 

Distribution

Le nerf grand hypoglosse fournit deux ordres de branches : des branches collatérales et des branches terminales.

I Branches collatérales

Les branches collatérales sont au nombre de sept : l'une nait dans l'intérieur même du canal condylien, c'est le rameau méningé; les six autres se détachent de la portion extra-crânienne de l'hypoglosse; ce sont: des rameaux vasculaires, la branche descendante, le nerf du stylo-hyoïdien, le nerf de l'hyoglosse, le nerf du stylo-glosse et le nerf du géniohyoïdien.

Rameau méningé

Le rameau méningé se détache de l'hypoglosse au moment où ce nerf va sortir du canal condylien antérieur. Suivant un trajet récurrent, il revient vers la cavité crânienne et se termine en se distribuant au cercle veineux de l'hypoglosse, au sinus occipital et au diploé de l'occipital. Il est souvent renforcé par des filets sympathiques, venus du ganglion cervical supérieur.

Le rameau méningé de la 12ème paire est évidemment formé par des fibres centripètes. En revanche, il est difficile d’être fixé sur l’origine exacte de ces dernières, étant donnée la multiplicité des anastomoses que présente le grand hypoglosse avec des nerfs sensitifs ; c’est sas raison bien probante que Luschka (Zeitsche. f. vol. Med., 1863) admet que les fibres du rameau méningé sont apportées à la 12ème paire par son anastomose avec le lingual. Il est plus vraisemblable qu’elles proviennent du plexus cervical

(Voy Anastomoses.)

Rameaux vasculaires

Sous le nom de rameaux vasculaires de l’hypoglosse, Valentin décrit plusieurs filets très grêles qui viennent se perdre sur la carotide interne. Ils paraissent faire assez souvent défaut

Branche descendante

La branche descendante se détache du tronc de l’hypoglosse au moment où celui-ci, de vertical qu'il était, devient horizontal et croise la carotide externe. Elle se porte d'abord verticalement eu bas, en avant de la carotide primitive; puis à quelques millimètres au-dessus du bord supérieur de l'omo-hyoïdien, elle se recourbe en dehors pour s'anastomoser en avant de la jugulaire interne avec la branche descendante interne du plexus cervical.

Assez souvent (dans 15% des cas Betti Ugo Arturo (Betti Ugo Arturo, Delle connessioni del nervo ipoglosso coi nervi cervicali. Bolletino delta R. accad. med. di Genova, Vol XI num. XlV) la branche descendante s'accole au tronc du vague et chemine dans la gaine de ce dernier sur une certaine étendue. Il ne faut pas confondre ces cas de pseudo-fusion avec ceux, d'ailleurs beaucoup plus rares, dans lesquels le nerf pneumogastrique fournit eu totalité ou en partie les libres de la branche descendante.

De la convexité de l'anse anastomotique, formée par la réunion de la branche descendante de l'hypoglosse et de la branche descendante interne du plexus cervical, se détachent des rameaux pour les deux ventres de l’omohyoïdien le sternothyroïdien et le sterno-cléido-hyoïdien.

Variétés

Nous venons de voir que l’anse anastomotique formée par l’union de la branche descendante de la 12ème paire et de la branche descendante interne du plexus cervical arrivait ordinairement jusque dans le voisinage du bord supérieur du tendon de l’omohyoïdien. Mais elle peut être beaucoup plus courte et. 6 fois sur 127 cas examinés. Betti U. A. l’a vu ne pas dépasser l'os hyoïde. Elle peut être double, triple et même quintuple. Elle s'insinue parfois entre la jugulaire interne et la carotide primitive.

La branche descendante liait parfois en totalité ou en partie du tronc du pneumogastrique: Betti U. A. en relate 7 cas personnels et mentionne 7 observations appartenant à d'autres auteurs (Romiti, Pye-Smith, Howse, Davies-Colley, Turner, Chiarugi et Taguchi). Comme il existe le plus souvent au-dessus de la naissance de la branche descendante une (Ml plusieurs anastomoses entre le vague et la 12ème paire (Voy. plus loin : Anastomoses), on peut se demander si ces anastomoses n'apportent pas au pneumogastrique les fibres de la branche en question. Mais, dans certains cas, toute anastomose entre la 10' et la 12ème paire fait défaut; on est alors forcé d'admettre que le pneumogastrique constitue bien l'origine vraie de la branche descendante.

L'arcade anastomotique peut fournir anormalement un nerf diaphragmatique accessoire ou un filet cardiaque. Il serait intéressant de savoir si ce n'est pas dans les cas où existe ce filet cardiaque que le pneumogastrique prend part à la constitution de la branche descendante.

Nerf du thyro-hyoïdien

Le nerf du thyro-hyoïdien se détache de l’hypoglosse à quelques millimètres en arrière du point où la 12ème paire va croiser le bord postérieur du muscle hyoglosse. Il se porte en bas et en avant, croise le bord externe de la grande corne de l'os hyoïde et pénètre le muscle thyro-hyoïdien par sa face superficielle et près de son bord postérieur.

Nerfs de l’hyoglosse

Au moment où le grand hypoglosse passe sur la face externe du muscle hyoglosse, il lui abandonne plusieurs filets.

Nerf du stylo-glosse

Le nerf du stylo-glosse se détache de la 12ème paire au niveau de la partie moyenne du muscle hyoglosse. Il se porte en haut et en arrière et se perd dans la partie inférieure du stylo-glosse. Je rappelle que ce muscle reçoit aussi un filet du rameau lingual du facial et un filet du glosso-pharyngien.

Nerf du génio-hyoïdien

Né au niveau du point où la 12ème paire croise le bord antérieur de l'hyoglosse, ce nerf se porte en bas et en avant et se perd dans le géniohyoïdien qu'il aborde par sa face externe.

 Branches terminales

Après avoir fourni ces diverses branches collatérales, le grand hypoglosse s'épanouit en filets terminaux, au moment où il croise le bord antérieur du muscle hyoglosse. Ces filets, recouverts en dehors par la glande sublinguale, sont en rapport, en dedans, avec les vaisseaux ranins et le muscle génio-glosse. Après s'être anastomosés entre eux, ils pénètrent dans l'épaisseur de la langue et se distribuent aux muscles qui constituent celle-ci (Voy. Langue, t. IV, p. 106).

Variétés

Les deux nerfs hypoglosses peuvent s'unir par une anastomose ansiforme au niveau du bord antérieur de la langue. Cette anastomose, le plus souvent située entre le géniohyoïdien et les génio-glosses, constitue l'anse sus-hyoïdienne de Hyrtl. Back l'a rencontrée une fois sur 10 sujets examinés. -Szabadfüldy (Archiv. f. pathol. Anat. u. Phys.,  XXXVIII, 1770) a vu des filets du grand hypoglosse perforer le septum linguale et se distribuer aux muscles du côté opposé. Le grand hypoglosse peut parfois fournir le nerf du muscle mylo-hyoïdien (U. Krause). Valentin a vu la 12ème paire donner des filets à l’artère linguale et à la glande sublinguale.

Anastomoses

Le grand hypoglosse s’anastomose : avec le nerf grand sympathique, le nerf pneumogastrique, le nerf lingual et les nerfs cervicaux.

Avec le grand sympathique

L’anastomose avec le grand sympathique est représentée par un filet très ténu qui se détache soit du ganglion cervical supérieur, soit du filet carotidien de ce ganglion et qui vient se jeter dans l’hypoglosse à sa sortie du canal condylien antérieur.

Avec le pneumogastrique

Cette anastomose avec le pneumogastrique que nous avons déjà signalée en étudiant ce nerf, est formée par un ou deux filets qui se détachent de l'hypoglosse à sa sortie du crâne et vont se jeter dans le ganglion plexiforme.

Il existe parfois à l’intérieur du crâne un rameau anastomotique très grêle qui se détache d'un filet radiculaire du pneumogastrique et va se jeter dans l'hypoglosse au moment où ce nerf s'engage dans le canal condylien antérieur. Les observations de Santorini et de Mayer constituent des faits de ce genre et c'est à tort qu'ils sont parfois décrits comme des cas de racines postérieures de l’hypoglosse (voir plus loin).

Avec le lingual

Cette anastomose, déjà indiquée page 830, affecte la forme d’une arcade à concavité postérieure qui réunit le lingual et l’hypoglosse au moment où ces deux nerfs croisent la face externe du muscle hyoglosse. Nous avons vu que, d'après Luschka, cette arcade apporterait à la 12ème paire les filets sensitifs du nerf méningien.

Avec les nerfs cervicaux

La portion extra-crânienne de la 12ème paire est unie aux nerfs cervicaux par deux anastomoses; l'une supérieure, l’autre inférieure.

 

1. A côté de ces anastomose; extra-crâniennes constantes, il faut signaler, à titre d'anomalie d’ailleurs très rare, l'existence possible d'une anastomose intracrânienne entre les filets radiculaires de la 12ème paire et la première racine cervicale postérieure (Arnold, Hartmann, cités par Beck. Loc. cit., p. 350)

 Anastomose supérieure

L’anastomose supérieure se détache de l’arcade anastomotique qui unit le premier et le deuxième nerf cervical antérieur à leur sortie du canal transversaire. Elle va se jeter dans l'hypoglosse an niveau du point où ce nerf croise l'apophyse transverse de l'axis, cette anastomose est le plus souvent constituée par un filet unique (124 fois sur 160 cas examinés, Betti U. A.), rarement par deux (29 fois sur 160), exceptionnellement par trois ou plus (7 fois sur 160).

Anastomose inférieure

Cette anastomose a été déjà étudiée dans sa disposition normale et dans ses variétés. (Voy. distribution de l'hypoglosse.)

Constitution anatomique

La constitution anatomique de ces anastomoses a donné lieu à un grand nombre de recherches. C'est Back qui, en I835, a posé pour la première fois le problème et essayé de le résoudre, on admettant que ces anastomoses étaient essentiellement formées par des libres que les nerfs cervicaux apportent à la 12ème paire. C’est cette théorie que Holl a récemment reprise et développée dans un mémoire, resté classique. D'après Holl, les libres que le plexus cervical envoient à la 12ème paire pourraient être divisées en trois groupes.

1) Le premier groupe est formé par des fibres qui parviennent à l'hypoglosse par l'anastomose supérieure et suivent dans le tronc de la 12" paire un trajet récurrent. Peut-être sont-ce ces fibres qui fournissent à l’hypoglosse les éléments du nerf méningien, éléments que Luscka fait venir du nerf lingual.

2) Les libres du deuxième groupe arrivent à l'hypoglosse par la même voie ipie les précédentes, mais elles se dirigent vers la périphérie; elles parviennent ainsi jusqu'à l'origine de la branche descendante; elles se séparent à ce niveau en deux groupes secondaires : a) Les unes prennent part à la constitution de la branche descendante ; b), les autres continuent leur trajet dans le tronc de l'hypoglosse qu'elles abandonnent ensuite pour contribuer à former les rameaux du thyro-hyoïdien et du génio-hyoïdien.

3) Le troisième groupe est formé par les fibres constituantes de la branche descendante interne du plexus cervical. Comme les précédentes, elles forment deux systèmes différents : a) Les unes se réunissent aux fibres que le groupe précédent envoie à la branche descendante de l'hypoglosse pour former les rameaux de l'omoplato-hyoïdien, du sterno-cléidohyoïdien et du sterno-thyroidien ; b) les autres remontent vers la 12ème paire et vont prendre part à la constitution des nerfs du hyoîdien et du génie-hyoîdien.

On arrive ainsi aux conclusions suivantes :

1° L'anastomose supérieure est exclusivement formée par des fibres allant du plexus cervical à la 12ème paire.

2° La branche descendante de l'hypoglosse est constituée par des fibres d'origine cervicale dont les unes sont apportées à la 12ème paire par l'anastomose supérieure et dont les autres arrivent à l'hypoglosse par la branche descendante interne du plexus cervical.

3° Les muscles innervés par l'arcade anastomotique qui unit la branche descendante de l'hypoglosse à la branche descendante du plexus cervical, appartiennent au territoire moteur des racines cervicales. Il en est de même du thyro-hyoïdien et du mylo-hyoïdien. Le grand hypoglosse se distribue donc exclusivement aux muscles de la langue.

Les conclusions si nettes de Moritz Holl ne paraissent malheureusement pas rigoureusement démontrées. Le contrôle physiologique des dissections et des examens histologique de Holl a donné résultats discordants. Alors que Beevor et Horsley, expérimentant sur le macaque arrivent à affirmer avec Holl la distribution exclusive de la 12ème paire aux muscles de la langue. Wertheimer, opérant sur le chien, obtient des résultats absolument différents ; après avoir coupé la branche descendante du plexus cervical, il excite l’hypoglosse et voit se contracter le sterno-cléido-hyoïdien et le thyro-hyoidien. Il est ainsi amené à admettre que la 12ème paire contribue à l’innervation des muscles de la région sus-hyoïdienne et participent à la constitution de la branche descendante.

En présence de ces résultats divergents, il est difficile à l'heure actuelle d'être fixé sur ce point d'anatomie. En attendant que de nouvelles recherches l'aient définitivement tranché, il est assez naturel d'admettre à priori que les nerfs cervicaux et le grand hypoglosse prennent également part à la constitution de la grande arcade anastomotique qui les unit et que les muscles sous-hyoïdiens ont une double source d'innervation. Cette innervation en partie double existe en effet pour d'autres muscles du cou, comme le sterno-cléido-mastoïdien et le trapèze ; nous avons vu en étudiant le spinal, que ce nerf formait avec les rameaux cervicaux de ces deux muscles du cou des arcades anastomotiques qui rappellent celle qui unit l'hypoglosse aux nerfs cervicaux, avec cette seule différence qu'elles sont intra-musculaires.


 

Signification morphologique et homologies

Le grand hypoglosse appartient au groupe des nerfs encéphaliques ventraux. Sa nature ventrale est attestée : 1° par sa distribution à des muscles dérivés des somites céphaliques; 2° par son origine aux dépens de celte partie de la substance grise motrice du bulbe qui prolonge vers l'encéphale le groupe cellulaire antéro-interne des cornes antérieures de la moelle; 3° enfin par sou émergence au niveau du sillon préolivaire qui fait suite en liant à la ligne d'émergence des racines antérieures de la moelle.

Comme tous les nerfs crâniens du système ventral, l'hypoglosse est l'homologue des racines médullaires antérieures; toutefois il ne doit pas être regardé comme répondant à une seule de ces racines, mais comme le produit de la fusion de plusieurs de celles-ci. Les recherches de Froriep (1882) ne laissent aucun doute sur ce point. Etudiant le mode de développement de la région occipitale (liez des embryons de ruminants, Froriep a vu que cette région présente originairement 3 segments mésodermiques; à chacun de ces somites occipitaux répond un nerf construit sur le type des nerfs rachidiens. Mais celte disposition métamérique de la zone occipitale est de courte durée. Il se produit rapidement une fusion des somites occipitaux des nerfs qui leur sont annexés; c'est de la fusion de ces 3 nerfs que résulte la formation de l'hypoglosse. Les recherches embryologiques d'Iversen chez Protopterus, de Ostroumoff chez les Sélaciens, de Chiarugi chez les reptiles, les oiseaux et certains mammifères et enfin de Martin'' chez le chat, ont confirmé les conclusions de Froriep. Encore que le nombre des somites occipitaux, et  partant des nerfs qui leur sont annexés, varie avec les espèces, tous ces auteurs arrivent à admettre que l'hypoglosse est le produit de la fusion de plusieurs nerfs occipitaux.

En étudiant l'hypoglosse dans la série des mammifères, Beck a retrouvé, chez les sujets adultes, des traces de la disposition métamérique embryonnaire; c'est ainsi que chez certaines espèces, et notamment les ongulés, il a vu les racines de l’hypoglosse se condenser en 3 troncs qui ne se réunissaient qu'à leur sortie du canal condylien antérieur.

Chez l’homme adulte, l'hypoglosse, comme d'ailleurs tous les autres nerfs crâniens ventraux, est un nerf purement moteur. Mais, produit de la fusion de plusieurs nerfs à type spinal, il doit présenter originairement des racines postérieures. C'est en effet ce que montre l'étude de son développement ontogénique et phylogénique.

Chez des embryons humains de 6,9 et 10,2 mm, His a vu, annexé à l'hypoglosse, un ganglion qui disparaît d'ailleurs très rapidement. Chez toutes les espèces animales où la portion sensitive de la 12ème paire a été systématiquement recherchée au cours du développement, elle a été retrouvée. Mais, alors que, chez l'homme, la régression de cette portion sensitive est, normalement du moins, rapide et complète, nous voyons, chez nombre d'espèces animales, l'hypoglosse conserver ses racines postérieures. Chez les vertébrés inférieurs, c'est là chose fréquente. Chez les mammifères, cette persistance est normale chez les Ruminants, fréquente chez les Carnivores et les Equidés, plus rare dans les autres espèces (Froriep et Beck). Le nombre et le volume de ces racines postérieurs de l'hypoglosse sont d'ailleurs sujets à do grandes variétés; d'une façon générale la disposition de ces racines sensible régie |tar la loi suivante: les racines postérieures de l'hypoglosse présentent leur maximum de développement au niveau de la partie caudale delà 12ème paire; en d'autres termes la régression de la portion sensitive de l'hypoglosse marche de l’encéphale vers la moelle.

Chez l'homme, la persistance d'une racine postérieure de l'hypoglosse est une anomalie tout à fait exceptionnelle. Froriep et Beck ont examiné'.V2 sujets sans la rencontrer. Beck, qui a soumis les observations déjà publiées à un contrôle rigoureux, rejette comme inexacts ou insuffisamment démontrés les cas de Santorini', de Mayer et de Vulpian. Restent alors les observations de Chiarugi et de Kazzander auxquelles il faut joindre deux cas nouveaux signalés par Testut*. Dans tous ces cas, la racine postérieur*' de la 12ème paire affecte la disposition suivante. Elle sort du sillon collatéral du bulbe au-dessous des filets radiculaires de la portion bulbaire du spinal; elle se porte alors en haut et en dehors, croise soit la face postérieure, soit la face antérieure du tronc du spinal et, après avoir présenté un léger renflement ganglionnaire, vient se joindre aux racines antérieures.

La régression de la portion sensitive de la 12ème paire n'a rien qui puisse nous étonner. Nous avons déjà rencontré un fait analogue pour les autres nerfs crâniens ventraux chez lesquels cette régression est plus marquée encore. Mais il est intéressant de remarquer avec Froriep et Beck que cette atrophie du système radiculaire postérieur peut s'étendre au premier nerf cervical; on verra en effet, en étudiant ce dernier, que la réduction extrême et même la disparition complète de sa racine postérieure est chose relativement fréquente. 

D'après traité d'anatomie par P. Poirier.

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