Le muscle orbiculaire des paupières occupe les paupières et la circonférence de l'orbite. C'est un muscle plat, disposé en ellipse à grand axe transversal autour de la fente palpébrale.

Il est nécessaire de distinguer dans chaque orbiculaire droit et gauche deux portions : une palpébrale et une orbitaire. La portion palpébrale, portion originelle et fondamentale du muscle, est limitée à la paupière même dont elle fait partie intégrante; elle est composée de deux demi-anneaux à Insertions fibreuses sur leurs deux extrémités; les fibres sont pâles et le muscle détermine l'occlusion régulière, habituelle, de l'ouverture palpébrale. La portion orbitaire, portion secondaire et beaucoup plus variable dans la série animale, entoure l'arcade orbitaire en dehors des paupières; elle forme un anneau unique et presque complet à insertion osseuse; ses fibres sont rouges; elle entre en jeu comme auxiliaire de la portion palpébrale, dans l'occlusion de l'œil avec effort.
Disons tout d'abord que les cartilages tarses qui constituent le squelette des paupières sont attachés, à leurs extrémités, à une bandelette fibreuse; appelée ligament palpébral ; il y a deux bandelettes, une interne et une externe.

Le ligament palpébral interne, situé en dedans du grand angle de l'œil, est une corde ligamenteuse tendue horizontalement, que l'on voit et que l'on sent facilement en tirant la paupière en dehors ; il s'insère sur l'apophyse montante du maxillaire supérieur, se dirige en dehors et se bifurque en deux branches dans lesquelles sont creusés les canalicules lacrymaux ; la branche supérieure va se fixer à l'extrémité du tarse supérieur, la branche inférieure au tarse inférieur. Sa longueur est de 6 à 7 mm.; son épaisseur de 2 mm. De sa face postérieure se détache un faisceau semblable, faisceau réfléchi, ou faisceau postérieur, qui se dirige également sur le plan horizontal, en dedans et en arrière, derrière le sac lacrymal, pour s'attacher à la crête de l'unguis qui forme la lèvre postérieure de la gouttière lacrymale. Le sac lacrymal, poche fibreuse qui occupe la gouttière de l'unguis, est donc entouré par un demi-anneau fibreux qui le coupe transversalement, anneau constitué en avant par le faisceau antérieur du ligament palpébral qui adhère intimement à la paroi du sac, en arrière par le faisceau postérieur qui ne lui adhère pas.
Le ligament palpébral interne est souvent désigné en France sous le nom de tendon direct de l'orbiculaire. et sa portion postérieure sous le nom de tendon réfléchi; ces dénominations ne sont pas heureuses, car le ligament n'est que la terminaison des cartilages tarses auxquels il appartient ; ses fibres ne se continuent pas avec les libres musculaires de l'orbiculaire, qui viennent au con- traire s'y jeter perpendiculairement.
Au côté externe de l'œil, un ligament semblable, mais moins compact, moins fort, attache au périoste de la circonférence orbitaire les extrémités externes des tarses : c'est le ligament palpébral externe, que l'on aurait tout aussi bien pu appeler le tendon externe.
1° La portion palpébrale s'insère : d'une part, en dedans, au ligament palpébral interne (ou tendon direct), sur sa face antérieure et sur ses deux bords; quelques auteurs ajoutent : à la partie voisine de la circonférence orbitaire ; - d'autre part, en dehors, à la face antérieure du ligament palpébral externe; ces dernières insertions sont partiellement croisées.
Le muscle palpébral s'étend d'un ligament palpébral à l'autre et il est composé de deux demi- ellipses distinctes, une supérieure et une inférieure; ses deux insertions sont fibreuses et sont des insertions fixes.
2° La portion orbitaire n'a que des insertions internes que nous distinguerons en supérieures et inférieures. Elle s'insère : à ' une part, par ses insertions supérieures, au ligament palpébral in- terne, à l'apophyse montante du maxillaire, à l'apophyse orbitaire interne du frontal et au tiers interne et supérieur de l'arcade orbitaire jusqu'à l'échancrure sus-orbitaire; d'autre part, par ses insertions inférieures, à ce même ligament palpébral interne et au tiers interne et inférieur de l'arcade orbitaire, jusqu'au trou sous-orbitaire.
Le muscle orbitaire a donc deux insertions fixes, fibreuses et surtout osseuses, toutes deux en dedans de l'œil, l'une au-dessus de l'autre ; il forme par conséquent une ellipse à peu près complète qui n'est ouverte qu'en dedans, entre les insertions supérieures et inférieures.

Rapports

Le muscle palpébral, appelé encore orbiculaire interne, est étendu en couche mince translucide, sur la partie profonde des paupières; ses fibres sont pâles, groupées en petits faisceaux plats et espacés, qui décrivent des courbes à concavité postérieure moulées en quelque sorte sur le globe de l'œil. Il occupe le tissu cellulaire sous-cutané; une double couche celluleuse le tapisse sur ses faces superficielle et profonde et le sépare en avant de la peau, en arrière du cartilage tarse et du ligament large des paupières. Il n'adhère donc par aucune de ses faces aux tissus voisins et glisser librement dans cet espace de tissu lâche. Cette couche celluleuse ne renferme jamais de graisse; c'est elle qui s'infiltre dans les œdèmes, les ecchymoses. C'est seulement au niveau des ligaments palpébraux externe et interne que la peau très mince est unie aux bandes fibreuses et aux origines du muscle.
Le muscle orbitaire ou orbiculaire externe, plus vaste, plus épais, épais sur- tout vers l'angle interne de l'œil, plus rouge, a des rapports bien différents. II s'étend dans la région du sourcil, celle de la tempe, et dans bipartie supérieure de la joue. Ses fibres rapprochées ne sont pas disposées sur un plan courbe en sens frontal, comme les fibres palpébrales, mais déroulent leurs ellipses sur un plan presque droit. Il recouvre la partie extérieure de la base de l'orbite, y compris bi pommette, le sourcilier, la partie antérieure du temporal, les insertions supérieures du grand zygomatique et des élévateurs de la lèvre. Sa partie inférieure est quelquefois très vaste et s'étend jusqu'au tiers de la distance qui sépare l'orbite de la commissure des lèvres. Par sa face antérieure, il est en rapport avec la peau, non plus une peau mince et sans graisse, mais une peau épaisse et adipeuse; en outre il est adhérent au tégument. Ces adhérences se font à plat, (î'est-à -dire que le fascia lamelleux qui recouvre la face antérieure du muscle est fusionné avec le fascia superficialis de la peau ; elles sont surtout marquées dans la région externe, au point où les fibres supérieures se réfléchissent pour décrire leur arc inférieur. C'est en vain qu'en ce point, à l'angle externe, on chercherait un raphé fibreux ou un entre-croisement musculaire, ou des insertions cutanées; je n'ai pu en constater au microscope et il faut admettre que l'œil nu ne nous trompe pas ; les fibres musculaires décrivent des courbes continues; ce sont les fortes adhérences de l'angle externe qui maintiennent leur courbe et leur tiennent lieu d'insertion tendineuse.

Fibres cutanées

Muscle de Riolan. Muscle de Horner

Le muscle orbiculaire émet constamment par son bord externe un certain nombre de fibres cutanées qu'on a décrites comme des portions distinctes. Ces fibres s'échappent surtout des deux angles. De l'angle interne partent des fibres ascendantes, fibres sourcilières, qui vont s'unir au muscle sourcilier et se terminer avec lui dans la peau du sourcil, et des fibres descendantes qui vont dans la peau de la joue. De même, de l'angle externe émanent des fibres descendantes qui vont en bas et en dedans dans la peau de la joue, à la rencontre des fibres Internes avec lesquelles elles peuvent s'entre-croiser. Ces fibres des joues ont été décrites comme portion malaire de l'orbiculaire. D'après Ruge, le faisceau malaire interne n'est qu'une partie intermédiaire entre l'orbiculaire et l'élévateur commun; le faisceau malaire externe n'a jamais appartenu à l'orbiculaire, c'est une partie intermédiaire entre l'orbiculaire et le grand zygomatique, reste de la fusion primordiale des deux muscles. (Voy. Merkel, Der Musculus superciliaris. Anat. Anzeiger, 1887; et Ruge, in Jahresbericht f. Anatomie, 1887).
Le muscle ciliaire ou muscle de Riolan n'est autre que le faisceau marginal de la portion palpébrale, celui qui occupe le bord libre de la paupière, et que
Riolan a en effet distingué du reste du muscle. Il est rectiligne, large de 2 ou 3 mm., composé de fibres striées qui comptent parmi les plus fines de l'organisme. Les glandes de Moll et les cils le séparent du reste du muscle palpébral. Il rase dans son trajet les conduits excréteurs des glandes de Meibomius et des glandes sébacées, et envoie en sens horizontal, autour de ces conduits et de leurs culs-de-sac. des fibres disposées en plexus, qui s'étendent jusque sous la conjonctive. Le muscle ciliaire sert probablement à l'excrétion des glandes et au mouvement des cils.
Le muscle de Horner (Philadelphie, 1827), ou lacrymal postérieur, est considéré tantôt comme un muscle indépendant, tantôt et le plus souvent comme une dépendance d.u muscle orbiculaire; il était déjà connu des anciens anatomistes. Il s'insère sur la crête de l'unguis, se dirige horizontalement en dehors,
en languette carrée, appliqué contre la face postérieure du ligament palpébral interne postérieur, ou tendon réfléchi, et contre le sac lacrymal; au niveau des cartilages tarses, il se bifurque en deux moitiés supérieure et inférieure, dont chacune se termine en partie sur le canalicule lacrymal auquel elle fournit un sphincter, en partie sur le cartilage tarse. Nous n'insisterons pas sur la description de ce muscle dont l'étude se rattache justement à celle des voies lacrymales. Disons seulement qu'il paraît être un antagoniste de l'orbiculaire, ce qui témoignerait en faveur de son indépendance anatomique. L'orbiculaire, en se con- tractant dans le clignement, dilate le sac lacrymal et relâche le muscle de Horner, le sac se remplit de larmes; le clignement terminé, l'orbiculaire se relâche, et le muscle de Horner comprime et vide les canalicules lacrymaux et le sac lacrymal.

Action

L'orbiculaire des paupières est un sphincter qui préside à leur occlusion.
Sa portion palpébrale ferme l'œil en rapprochant l'une de l'autre les deux valves des paupières supérieure et inférieure, dont elle affronte les bords libres, au moins par leur lèvre postérieure.
En même temps, les points lacrymaux renversés en dedans baignent dans le sac lacrymal, et se juxtaposent sur une même ligne transversale; le sac lacrymal est dilaté par la traction en avant du ligament palpébral; les larmes y affluent. La paupière supérieure est déplissée et tendue, mais des plis obliques très lins se voient sur la paupière inférieure au niveau des angles externe et interne, ils sont dirigés en bas et en dehors.
Le muscle palpébral préside à l'occlusion régulière de l'œil dans les conditions normales, sans effort, telles que le sommeil et le clignotement. Il a pour antagoniste direct le releveur de la paupière supérieure, et pour auxiliaire la pression atmosphérique qui suffit à maintenir la fermeture de l'œil (Wilmart).

Le muscle orbitaire se contracte surtout dans l'occlusion avec effort ; il a pour antagoniste le frontal, pour muscles synergiques le sourcilier et le pyramidal. Il ferme l'œil en présence dune lumière trop vive, d'un danger immédiat ; il joue un grand rôle dans la vision des myopes. dans les travaux minutieux, dans l'acte du viser. Darwin observe que celle occlusion se voit dans tous les actes qui entraînent une expiration forcée, dans les pleurs, cris, sanglots, dans les cris du rire, dans la toux, l'éternuement, le vomissement, la défécation énergique, lorsqu'on se mouche bruyamment. Dans tous ces cas, l'expiration forcée congestionne la face. Ch. Bell suppose que la contraction de l'orbiculaire a pour effet d'empêcher la congestion de l'œil en le comprimant; Donders a justifié cette explication en montrant que, dans ces circonstances, la pression s'élevait en effet dans les artères et dans les veines de la circulation intra et extra-oculaire ; la compression du muscle diminue cette injection vasculaire comme le ferait un bandeau ou l'application des mains.
L'orbiculaire, comme tous les autres muscles peauciers de l'œil, est innervé par le nerf facial ; tandis que son antagoniste direct, le releveur de la paupière supérieure, reçoit sa motricité du nerf moteur oculaire commun. Dans la paralysie faciale, l'œil restera donc ouvert; tandis que la chute de la paupière supérieure caractérise la paralysie du releveur.

Connexions

L'orbiculaire possède ordinairement des fibres communes avec un ou plusieurs des muscles qui l'entourent. C'est ainsi qu'il envoie des fibres (ou qu'il en reçoit) au muscle sourcilier, avec lequel plusieurs auteurs le confondent encore, avec le frontal dans la partie externe de ce dernier muscle, avec le petit zygomatique et l'élévateur commun. Il est plus rare de le voir uni au temporal superficiel et même à l'auriculaire antérieur, par des faisceaux qui rappellent le muscle orbito-auriculaire des animaux, au peaucier dans sa portion parotido-massétérine, au grand zygomatique.

Action

La portion palpébrale, qui ferme la boutonnière curviligne des paupières, ne peut agir efficacement, d'après Wilmart (la Clinique de. Bruxelles, 1897), que si les deux bords ont été préalablement déplacés et l'angle lacrymal fermé, ce qui suppose l'intervention préalable ou des libres orbitaires ou du muscle de Horner. Chaque moitié fonctionne indépendamment et prenant .son point d'appui, à ses deux extrémités, sur les ligaments palpébraux, redresse ses fibres curvilignes, dont la concavité est inverse dans les deux paupières; le redressement fait glisser la paupière à la surface du globe de l'œil. La paupière supérieure exécute le mouvement principal; elle s'abaisse jusqu'au delà de la ligne horizontale. La paupière inférieure au lobulaire ne s'élève que d'une quantité très faible, 1 à 2 mm., et paraît presque immobile; son bord libre est en effet déjà horizontal au repos et ses fibres sont moins courbes. En même temps, elle est attirée eu haut vers l'angle interne de l'œil, de sorte que la caroncule lacrymale est refoulée eu dedans et que le point lacrymal inférieur monte et se rapproche du nez. D'après Theile, cette adduction du point lacrymal serait plus marquée du côté gauche, et l'élévation de la paupière plus prononcée à droite, Ajoutons qu'une certaine pression est exercée sur le globe de l'œil.
La portion orbitaire se contracte dans l'occlusion avec effort. Prenant son point fixe à l'angle interne de l'œil, elle rapproche les anneaux de ses deux moitiés l'une vers l'autre et aussi son angle externe de son angle interne. Le mouvement d'adduction de l'extrémité externe du muscle est limité par ses adhérences intimes avec la peau: il n'en existe pas moins, et ne cesse qu'avec la tension de la peau de la région temporale elle-même fixée à à l'oreille. Il se passe en grand ce qui était esquissé seulement dans la contraction du muscle palpébral, les paupières se rapprochent, mais la paupière inférieure est attirée fortement en haut et en dedans. Comme résultat de cette contraction, on remarque l'abaissement du sourcil et le déplissement de la partie latérale du front, la tension de la peau de la tempe, l'ascension de la peau de la joue vers l'angle interne de l'oeil; chez certains sujets, il s'y joint une ascension de l'angle des lèvres par les libres commune? de l'orbiculaire avec l'élévateur et le grand zygomatique. La fente palpébrale diminue, non seulement dans son ouverture verticale qui finit par être nulle, mais aussi dans son diamètre transversal par adduction de son extrémité externe ; l'œil paraît de toutes manières plus petit. La joue élevée forme un bourrelet sur la hase de l'orbite, une gouttière concave la sépare de la paupière. Enfin des plis rayonnants se montrent sur la région temporo-malaire, vers l'angle externe de l'œil: ces plis curvilignes, disposés en éventail, perpendiculairement au sens des libres de l'orbiculaire, sont la conséquence des adhérences cutanéo-musculaires et de la traction que subit la peau à ce moment; fixés à l'état de rides, ils constituent la patte d'oie.
Au point de vue expressif, la contraction de l'orbiculaire se manifeste dans tant de cas, depuis le plus fin clignement jusqu'à l'occlusion complète, qu'elle appartient à un très grand nombre d'expressions ou d'émotions et perd par cela même toute valeur caractéristique. L'orbiculaire ne peut être ni le muscle de la méditation par sa partie supérieure, ni le muscle de la bienveillance par sa partie inférieure (Duchenne). Il me suffira de citer la réflexion, la rêverie, le doute sceptique, le mépris, la décision, l'ennui, la boute, le sourire et le rire, la bouderie, la tristesse, la douleur, la colère, tous états de l'à me dans lesquels un certain resserrement de la fente palpébrale accompagne d'autres contractions des muscles de la face, et surtout le froncement du sourcil. Presque tous annoncent ou une concentration en nous-mêmes, par conséquent la volonté de nous soustraire en partie aux images extérieures, ou bien un effort moral produisaut des effets analogues à l'effort physique.

d'après traité d'anatomie par P. Poirier.

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