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Au point de vue anatomique, les muscles de l'éminence thénar étaient des dérivés des muscles interosseux. Au point de vue physiologique, ils s'en rapprochent beaucoup.

Il est vrai que la différenciation plus marquée des masses musculaires, l'indépendance du premier métacarpien et l'étendue des mouvements qu'il exécute, la possibilité pour la première phalange du pouce d'exécuter des mouvements de rotation autour de son axe, sont autant de particularités qui viennent compliquer la physiologie des muscles de l'éminence thénar. Aussi, je crois que l'élève aura tout avantage à n'aborder celle-ci, qu'après s'être pénétré de celle, beaucoup plus simple, des muscles interosseux. , D'après Duchenne, la faradisation du court abducteur du pouce et du court fléchisseur :

  • 1° place le premier métacarpien dans la flexion et l'adduction;
  • 2° fléchit la première phalange, l'incline sur son côté externe et lui l'ait exécuter un mouvement de rotation, en vertu duquel sa face antérieure s'oppose à la face palmaire des autres doigts;
  • 3°étend la deuxième phalange.

Comme on le voit, d'après Duchenne, l'abducteur ne mériterait pas son nom. Sappey et Ledouble, tout en acceptant le résultat des expériences de Duchenne, contestent que le court abducteur puisse se contracter isolément; pour eux, il se contracterait toujours synergiquement avec le long abducteur pour produire avec celui-ci l'abduction du pouce. Il mériterait donc de conserver son nom d'abducteur.

L'excitation électrique de l'opposant porte le premier métacarpien en avant et en dedans, en lui faisant exécuter un mouvement de rotation qui porte sa face antérieure en dedans. Au maximum de contraction de ce muscle, le premier métacarpien est placé sur le même plan que le deuxième fléchisseur; adducteur et rotateur du premier métacarpien, l'opposant n'agit pas sur les phalanges.
Lorsque le pouce est dans sa position moyenne, l'adducteur attire en dedans le premier métacarpien. Cette action adductrice du muscle est très énergique. En même temps, la première phalange se fléchit sur le métacarpien et s'incline eu dedans, tandis que la deuxième s'étend sur la première. Duchenne a montré que lorsque le pouce est au plus haut degré d'opposition, il est ramené par l'adducteur un peu en dehors du deuxième métacarpien. En d'autres termes, ce muscle agit dans ce cas comme abducteur.
En somme, les muscles de l'éminence thénar agissent sur les trois os qui composent le squelette du pouce. - Tous sont des adducteurs du premier métacarpien. De plus, le court abducteur et le court fléchisseur le fléchissent légèrement et l'opposant lui imprime un léger mouvement de rotation en dedans. - Sauf l'opposant dépourvu d'insertion phalangienne, tous les thénariens sont des fléchisseurs de la première phalange. Mais, alors que l'adducteur incline celle-ci en dedans, le court abducteur et le court fléchisseur l'inclinent en dehors en même temps qu'ils lui font subir un léger mouvement de rotation qui oppose sa face palmaire à celle des autres doigts. - Enfin, l'adducteur, le court abducteur et le court fléchisseur produisent l'extension de la deuxième phalange sur la première. C'est évidemment par l'intermédiaire de l'expansion aponévrotique qu'ils envoient au tendon du long extenseur, que ces muscles peuvent produire ce mouvement.
Les différents mouvements, que peuvent imprimer au squelette du pouce les muscles de l'éminence thénar, se combinent pour donner naissance à des mouvements plus compliqués. Signalons d'abord la combinaison des mouvements de flexion de la première phalange et d'extension de la deuxième. Nous aurons l'occasion, en décrivant les interosseux, de revenir sur cette combinaison ; mais, disons tout de suite que son importance est considérable dans l'accomplissement de certains actes, comme celui d'écrire, par exemple. - Un exemple plus intéressant encore de mouvement produit par la combinaison de mouvements élémentaires, c'est le mouvement d'opposition. Il est, en effet, la résultante :

  • 1° de l'adduction du métacarpien (tous les thénariens),
  • 2° de sa flexion et de sa rotation en dedans (opposant), et surtout de la rotation en dedans de la première phalange (court abducteur et court fléchisseur).

Ainsi, aucun des muscles de l'éminence thénar ne peut à lui seul produire l'opposition. Au maximum de contraction de l'opposant, l'extrémité du pouce se trouve encore en dehors de l'index, sa face palmaire regardant en dedans. Le court fléchisseur est un opposant énergique ; il peut opposer le pouce à chacun des doigts ; mais, en l'absence de la contraction de l'abducteur et de l'opposant, le premier métacarpien n'étant pas suffisamment incliné en avant, l'extrémité du pouce et celle des doigts ne peuvent se rencontrer sans que ceux-ci fléchissent leurs deux dernières phalanges et étendent leurs premières. Les doigts sont alors en contact avec le pouce, moins par leur face palmaire que par leur extrémité, attitude qui, on le conçoit, est extrêmement gênante. Quant au court abducteur, quoique, en agissant isolément, il ne puisse opposer le pouce aux deux derniers doigts, il n'en reste pas moins plus utile que le court fléchisseur, grâce au pouvoir qu'il a d'opposer le pouce à l'index et au médius sans que ceux-ci aient besoin de prendre l'attitude qu'exige l'opposition produite par le court fléchisseur. Comme on le voit, l'opposition physiologique exige, pour se produire, la combinaison de ces différents mouvements.

Dans ces mouvements du pouce, on peut dire, si l'on fait abstraction de quelques mouvements secondaires, que les mouvements de chaque muscle thénarien s'ajoutent à ceux que tend à produire le muscle voisin, pour aboutir à la production du mouvement résultant. Dans d'autres cas, ils se contractent synergiquement pour annihiler une partie du mouvement que tend à produire, soit un autre muscle de l'éminence thénar, soit un des muscles antibrachiaux du pouce. C'est ainsi que l'extension pure et simple de la deuxième phalange, avec immobilité de la première et du métacarpien, ne peu.t se produire que par la contraction synergique de tous les thénariens et du long extenseur. Au moment où ce mouvement d'extension se produit, l'adducteur d'une part, le court abducteur et le court fléchisseur, d'autre part, annihilent par leur con- traction synergique le mouvement de rotation et d'inclinaison en sens contraire qu'ils tendent à imprimer à la première phalange ; agissant alors de concert avec l'opposant, ils s'opposent à l'hyper-extension de cette première phalange et du premier métacarpien que tend à produire le long extenseur.
Par leur action tonique, les muscles de l'éminence thénar maintiennent le pouce dans son attitude normale. « Dans cette altitude, la face palmaire du pouce regarde en dedans; le métacarpien fait en dehors lui angle rentrant avec le carpe; en avant, il est sur le même plan que le radius, enfin, la première et la seconde phalange sont dans un état de flexion légère » (Duchenne). - Lors- que ces muscles sont paralysés, le premier métacarpien et les deux phalanges sont entraînés dans l'extension forcée, par suite de la prédominance d'action du long extenseur, et la main prend l'aspect de la main du singe.

D'après traité d'anatomie par P. Poirier.

 

 

 

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