Rome fut envahie par les Grecs, quelques-uns libres, la plupart affranchis, mercenaires ou esclaves. Les Romains méprisaient beaucoup ces industriels qui faisaient tous les métiers pour de l'argent, mais ils ne pouvaient se passer de leurs services.

Ce fut seulement deux cents ans avant notre ère, que la médecine grecque s'introduisit à Rome avec Archagatus du Péloponnèse, fils de Lysanias, L. AEmilius et L. Julius étant consuls, l'an 635 de la fondation de la ville. Accueilli d'abord comme un sauveur, il reçut le droit quiritaire, eut un dispensaire payé par le trésor public au carrefour Acilien, fut surnommé Vulnéraire, à cause du traitement des plaies ; mais sa popularité ne dura guère. Opérateur intrépide, il usait sans discrétion du fer et du feu ses procèdes furent trouvés cruels, et le peuple romain, le traitant de bourreau, prit en dégoût l'art et tous les médecins. Tel est du moins le récit de Pline, qui cite à l'appui de son dire la lettre ridiculement étrange du vieux Caton à son fils; témoignage irrécusable de l'ignorance, de l'étroitesse d'esprit et de l'intolérance orgueilleuse et jalouse des Romains de la vieille roche. D'après Caton, les Grecs se proposaient d'exterminer les barbares par la médecine. « Leurs médecins, dit-il, ne se font payer que pour mieux gagner la confiance et atteindre plus facilement leurs fins. Bref, il entend que son fils n'ait jamais recours à eux.

Tout en faisant la part du préjugé, tout en reconnaissant qu'il n'y a rien de plus comique que cette interdiction singulière d'un père à son fils, il faut bien reconnaître aussi que cet ennemi déclaré des produits de la civilisation grecque ne manquait pas de clairvoyance. Les symptômes de décadence qui se manifestaient dès les premiers temps de la période Alexandrine, s'étaient aggravés; et le mal ne fit qu'empirer, lorsque la capitale du monde romain eut remplacé Alexandrie. Comme l'instruction que les Grecs vendaient aux Romains, la médecine, exercée sans contrôle, devint une industrie très lucrative. Le luxe insolent des conquérants enrichis servit à merveille les industriels, il y eut bientôt des maladies, des remèdes et des médecins à la mode, sans parler de la corruption des mœurs et des vices de toute espèce, qui sont les plus redoutables ennemis de la santé publique.

L'art de guérir était aux mains des Grecs, et l'on s'arrachait ceux qui en faisaient profession. Les empiriques et les charlatans vendaient leurs drogues et leurs secrets avec une rare impudence et un très grand succès. Il y avait des artistes pour tous les besoins et pour tous les goûts médecins herniaires, bandagistes, oculistes, balnéaires, étuvistes, iatraliptes, et bien d'autres variétés dont l'énumération serait longue. La prospérité de ces malfaiteurs était en raison de la sottise et de la crédulité qui règnent en permanence sur la population mêlée des grandes villes. La plèbe ignare admirait d'autant plus qu'elle ne comprenait pas ces vendeurs d'onguents et de panacées. Ce fut le beau temps de l'empirisme, qui multipliait à l'infini les compositions médicinales, au profit des pharmacopoles et au préjudice des malades, que l'on droguait sans pitié, en laissant de côté les moyens plus simples et plus sûrs de l'hygiène.

La pratique rationnelle était dédaignée, parce qu'elle exigeait un grand fonds de connaissances et de patientes études et comme la masse ne recherchait pas les lumières, bientôt la plupart des médecins furent à la hauteur de leur clientèle. Les sottises de la magie, soutenues par cet incorrigible amour du merveilleux qui domine souverainement tous les esprits, éclairés ou incultes, .portèrent bientôt le charlatanisme à son comble.

 

D’après histoire de la médecine de J. –M. Guardia

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