L'ovaire et le testicule sont des organes au niveau desquels les cellules sexuelles effectuent la majeure partie de leur évolution. Ces cellules sont d'apparition précoce ; chez certains animaux, elles sont reconnaissables dès les premiers stades de la segmentation ; elles seraient d'origine endodermique, et émigreraient secondairement dans la région du cœlome où se développe le testicule ou l'ovaire ; elles préexistent donc à l'organe au sein duquel elles achèvent leur évolution.

Comme les « produits sexuels » ne sont pas des produits de sécrétion, le nom de glande sexuelle ne convient nullement au testicule ou à l'ovaire, à moins qu'en employant ce terme, on ne fasse allusion aux formations glandulaires (glandes interstitielles), éparses dans le tissu conjonctif de ces organes. L'appareil génital est étroitement lié, dans son développement, à l'appareil urinaire (mésonéphros) qui lui fournit ses voies d'excrétion (canaux de Muller et de Wolff) ; il est originellement d'aspect identique dans les deux sexes (stade d'indifférence sexuelle). Plus tard, l'ovaire se différencie du testicule, et les voies génitales sont essentiellement représentées par le canal de Muller, chez la Femme, et par le canal de Wolff, chez l'Homme.

Ovaire

Un épaississement de l'épithélium cœlomique qui tapisse la face interne du mésonéphros (épithélium germinatif) marque l'origine des organes sexuels. Cet épaississement se rassemble bientôt en une masse qui se sépare du corps de Wolff, en s'appropriant ses ligaments.

Morphogenèse

L'ovaire se développe, comme le testicule, dans la région lombaire, et ce siège nous explique l'origine aortique des artères de ces deux organes et la terminaison de leurs veines dans la veine cave. L'ovaire, d'abord aplati, devient globuleux ; son grand axe, vertical, s'oriente obliquement. A son pôle supérieur et à la trompe, s'insère le ligament diaphragmatique qui, d'autre part, s'attache sur le diaphragme. Quand l'ovaire, avant de redevenir vertical, oriente transversalement son grand axe, le ligament (ligament inguinal), qui unit son pôle inférieur à la paroi abdominale, se divise en deux segments : l'un, supérieur (ligament utéro-ovarien), s'étend de l’ovaire à la corne utérine ; l'autre, inférieur, plus long, constitue le ligament rond.

Au 3ème mois, l'ovaire est situé derrière l'orifice profond du canal inguinal ; le trajet inguinal est occupé par une masse de tissu mésodermique (processus vaginal), creusée à sa partie supérieure d'une fossette péritonéale (diverticule de Nuck); le ligament rond se perd dans le processus vaginal. A la fin de 8ème mois, l'ovaire effectue son ascension (1 cm.). A la naissance, l'organe est au niveau du détroit supérieur ; il pénètre, dans la cavité pelvienne, chez l'enfant de 2 à 8 mois.

Histogenèse

a) L'épithélium germinatif, d'abord isomorphe, montre bientôt de grosses cellules sexuelles primordiales, éparses au milieu de petites cellules germinatives.

b) Puis l'épithélium germinatif émet, dans le tissu conjonctif sous-jacent, des bourgeons. Ces bourgeons s'anastomosent entre eux ; ils s'isolent complètement de r épithélium germinatif, et contractent d'étroites connexions avec les canalicules du corps de Wolff. Ces bourgeons de première génération n'édifient jamais d'ovules ; ils constituent les cordons médullaires du hile ovarique. Dépourvus de toute fonction ils sont les homologues des cordons séminipares de l'Homme.

c) L'épithélium germinatif est bientôt le siège d'une seconde prolifération ; entre la surface ovarique et les cordons médullaires, s'interpose donc un épaississement épithélial que des tractus conjonctivo-vasculaires segmentent en volumineux cordons, anastomosés en réseau. C'est dans ces cordons de Valentin-Pflüger que s'achève la multiplication des cellules sexuelles, commencée dans l'épithélium germinatif. Chez l'enfant, cette multiplication est terminée à la naissance, ou au plus tard à la 2ème année (Chez les animaux, la néoformation des ovocytes est de beaucoup plus longue durée; elle persiste toute la vie chez la Chauve-souris (van Beneden).

d) L'ovocyte entre alors dans une longue période d'accroissement qui débute dans les cordons de Valentin-Pflüger et se termine dans les ovisacs, résultant de la fragmentation de ces cordons. Cet ovisac est formé d'une grosse cellule centrale, l’ovocyte, et d'une enveloppe de petites cellules nourricières (cellules folliculeuses), disposées sur un rang ; l'ovocyte grandit ; sa chromatine revêt les aspects successifs d'un réseau, d'un cordon, puis d'un réseau ; son cytoplasme élabore du vitellus ; enfin les cellules folliculeuses se multiplient et s'étagent sur plusieurs assises.

e) Si rien n'entrave l'évolution de l'ovule, il subit les phénomènes de la maturation qui commencent dans l'ovisac et s'achèvent dans la trompe. Mais l'ovocyte, qui est pondu et n'est pas fécondé, dégénère et meurt, durant son trajet dans les voies génitales.

L'ovaire se distingue du testicule dès la 6ème semaine. Il se reconnaît à la forme du bourrelet germinatif (Nagel), à l'absence de cellules interstitielles, aux deux poussées de prolifération dont il est le siège, à l'épaisseur de son revêtement cœlomique.

Voies génitales

Les voies génitales sont essentiellement formées, chez la femelle, par le canal de Müller.

Canal de Müller

Ce canal, qui chez les Sélaciens, résulte d'un simple étranglement du canal de Wolff, serait, chez les Mammifères, le résultat d'une néoformation ; l'épithélium de la face externe du mésonéphros s'épaissit et se déprime en un cul-de-sac dont l'extrémité borgne prolifère, sous forme d'un cordon plein, appelé à se canaliser. Dès lors, l'extrémité supérieure du canal, élargie en un entonnoir vibratile, s’ouvre à la face externe du mésonéphros, près du pôle supérieur de cet organe (E. H. 14 mm) L'extrémité inférieure du canal de Müller est longtemps pleine ; elle atteint la base du mésonéphros (E. H. 24 mm), puis le sinus urogénital (E. H. de 28 mm) ; fusionnée à sa congénère, au 4ème mois, elle fait saillie à la face dorsale du sinus.

Au niveau du corps de Wolff, le canal de Müller occupe le bord antérieur de l'organe ; oblique en bas et en dedans, comme le canal de Wolff au-devant ou en dehors duquel il est situé, il constitue avec lui le cordon urogénital. Plus bas, les deux cordons uro-génitaux, en s'adossant sur la ligne médiane, prennent le nom de cordon génital. Dans ce cordon, les canaux de Millier accolés sont médians ; on les reconnaît à leur volume, à leur épithélium qui demeure stratifié jusqu'au 4ème mois ; les canaux de Wolff sont situés en dehors d'eux. Plus tard, le canal de Müller compte deux segments que délimite le ligament inguinal, qui croise sa face postérieure. Le segment supérieur, transversal, est l'origine de la trompe ; le segment inférieur, à peu près vertical, s'accole à son congénère et se fusionne avec lui pour constituer le canal de Leuckart que caractérise son épaisse musculature. C'est de lui que dérive l'utérus.

Trompe de Fallope

La trompe se développe lentement ; elle est d'abord rectiligne, et successivement verticale, puis oblique. Elle s'allonge alors; au moment de la naissance, elle est flexueuse, plus ou moins transversale, et son extrémité externe est la plus élevée. Du fait de l'ampliation du bassin, la trompe se déplissera plus tard ; son pavillon représenterait l'orifice abdominal du canal de Müller.

Utérus

Les deux canaux de Müller, accolés dans leur segment inférieur, se fusionnent de bas en haut ; au 2ème mois, l'utérus est bicorne (Une fusion incomplète des canaux de Müller explique les utérus bicornes ; l'absence de fusion détermine les utérus doubles. Utérus bicorne ou double sont des dispositions qui, normales chez certaines espèces, sont tératologiques chez l'Homme), au 3ème mois, il a perdu cet aspect. La cloison qui sépare les deux canaux se résorbe, d'abord, au niveau du tiers inférieur ou du tiers moyen de l'organe : le cavum utérin s'accroît alors dans les deux sens.

Au 4ème mois, col et corps se reconnaissent aisément ; le col montre un arbre de vie. Au 5ème mois, l'arbre de vie est ramifié ; le col utérin se délimite par l'apparition d'un bourrelet circulaire ; ce bourrelet, venu de l'épithélium vaginal, pénètre dans l'épaisseur du cordon génital, et plus profondément en arrière qu'en avant. Désormais, l'utérus a un col deux fois plus long que son corps ; il va s'allonger et s'incliner sur le vagin, dont la musculature est notablement plus mince. Enfin, le corps s'infléchit sur le corps, tandis que la cavité utérine se réduit et que la paroi de l'organe va s'épaississant.

Il importe encore de noter que l'épithélium utérin est stratifié jusqu'au 4e mois. A partir de cette époque, il est prismatique et simple.

Vagin

On a beaucoup discuté sur l'origine du vagin. On a soutenu, tour à tour, son origine müllérienne, wolffienne ou sinusienne. Tourneux croit qu'il provient à la fois du canal de Müller et du canal de Wolff ; Pozzi el Retterer ont pensé qu'il dérive du canal de Muller et du sinus urogénital. Actuellement, Retterer, Bolk (1907) estiment que le vagin procède exclusivement du sinus urogénital. Deux replis latéraux isolent l'urètre du vagin et nous avons indiqué les degrés que peut atteindre ce cloisonnement.

Le vagin est toujours revêtu d'un épithélium stratifié, et c'est par prolifération de cet épithélium que se délimite le col utérin. D'abord creux, le vagin constitue, du 4ème au 6ème mois, un ruban plein, aplati d'avant en arrière. Du 6ème au 9ème mois, le vagin se creuse de bas en haut et il s'accroît à tel point que sa longueur dépasse celle de l'utérus.

Hymen

Vers la fin du 5« mois, l'extrémité inférieure du vagin fait saillie dans le vestibule ; et l'hymen ne serait autre chose que l'extrémité inférieure du vagin « doublée extérieurement par la muqueuse vulvaire ». Mais l'hymen peut s'observer, malgré l'absence de vagin. Aussi, certains autours admettent-ils que l'hymen résulte de la soudure de deux replis, émanés de l'extrémité inférieure du sinus urogénital.

 

 Résidus wolffiens

Les organes wolffiens laissent chez la femme une série de résidus.

Le canal de Wolff

Le canal de Wolff disparaît, sauf à ses deux extrémités ;

a) son extrémité supérieure fournit le canal longitudinal de l’époophoron ;

b) son extrémité inférieure persiste aux côtés du col utérin, du vagin ou du vestibule sous l'aspect d'un fin canal. Ce canal de Gartner est d'observation courante chez la Vache et la Truie ; il est exceptionnel chez la Femme. Continu ou fragmenté en kystes, ce canal est revêtu d'un épithélium toujours dépourvu de cils.

 

Le corps de Wolff

Le corps de Wolff laisse aussi des résidus dans l'appareil génital de la Femme.

a) Sa partie supérieure ou génitale est représentée par les canaux transversaux de l’époophoron. Ces canaux, au nombre de 10 ou 15, sont droits, puis flexueux ; ils s'implantent comme les dents d'un peigne, sur l'extrémité supérieure du canal de Wolff, avec laquelle ils constituent l’époophoron ou organe de Rosenmüller, inclus dans le ligament large. Chez la Brebis, l'époophoron compte, outre le canal collecteur et les canaux transversaux, un réseau (rete ovarii) qui réunit l'extrémité ovarienne des canaux transversaux, et de ce réseau, homologue du rete testis, émergent de petits canaux borgnes, homologues des canaux droits du testicule.

b) La partie inférieure ou urinaire du corps de Wolff subsiste sous l'aspect d'un corps jaunâtre qui siège, dans le ligament large, entre l'ovaire et le bord de l'utérus. Ce corps est formé de canalicules ciliés et de glomérules ; il achève de s'atrophier chez l'adulte. C'est le paroophoron ou parovarium. Il fait souvent défaut chez la Femme.

 

Organes génitaux externes

Dans un premier stade, dit d'indifférence sexuelle, les organes génitaux externes sont identiques dans les deux sexes. Chez un embryon de la fin du 1er mois, le périnée montre, à la partie antérieure de la membrane urogénitale, un tubercule médian, arrondi. Ce tubercule génital porte, à sa face inférieure, une crête épithéliale, continue avec la membrane urogénitale. Quand cette membrane s'est perforée (E. H. de 18 mm) la face ventrale du tubercule génital est creusée d'un sillon (sillon génital, gouttière urogénitale) qui n'atteint pas l'extrémité du tubercule. Ce sillon résulte de la désagrégation de la crête épithéliale qui marquait sa place ; ses lèvres sont dites replis génitaux. De chaque côté, le périnée est limité par un bourrelet génital. L'extrémité antérieure de ce bourrelet atteint la base du tubercule génital ; son extrémité postérieure s'arrête au niveau d'un repli transversal, où font saillie 2 ou 3 tubercules. Ce repli s'interpose entre l'éminence coccygienne et la dépression transversale où s'ouvre l'anus. Plus tard, les bourrelets génitaux deviennent plus courts et plus saillants ; ils se séparent du pli rétro-anal. Ce pli, devenu curviligne, entoure bientôt l'anus d'un bourrelet circulaire, où se dressent, en avant de l'anus, deux nouveaux tubercules.

A partir de la 9ème semaine, les organes génitaux externes prennent un aspect différent, dans les deux sexes. Dans le sexe féminin, le tubercule génital s'accroît relativement peu, et il s'incline en bas ; l’extrémité libre de ce clitoris se renfle en un gland ; la gouttière urogénitale demeure pour constituer le vestibule pré-urétral (Le vestibule présenterait chez la Femme deux parties : l'une, profonde, endodermique, dérive du sinus urogénital ; l'autre, superficielle, probablement ectodermique, procède de la gouttière urogénitale) les replis génitaux plus ou moins saillants, forment les petits lèvres ou nymphes, et ces nymphes finissent par cacher le clitoris, d'abord bien visible. Quant aux grandes lèvres elles dérivent des bourrelets génitaux : leur accroissement est tel qu'à la naissance, elles recouvrent les nymphes.

Le gland du clitoris porte, à sa face inférieure, une crête épithéliale (2ème mois) qui fait saillie à sa surface, et qui pénètre, d'autre part, dans le mésoderme sous-jacent. Au niveau de l'extrémité postérieure du gland, cette crête émet un bourgeon plein, qui se creuse ; dans cette crypte muqueuse débouchent les culs-de-sac de la glande clitoridienne (Wertheimer), homologue du sinus de Guérin de l'Homme.

A la fin du 3ème mois, la crête épithéliale du clitoris (cornicule) disparaît et la gouttière génitale s'étend, d'arrière en avant, jusqu'à l'extrémité du gland. A la même époque, une involution épithéliale, presque circulaire, pénètre dans l'épaisseur du gland : elle fait défaut seulement à la face inférieure de l'organe qu'occupe la gouttière génitale. Quand, après la naissance, cette involution se sera clivée, le gland s'isole de son prépuce, mais tout prépuce fait défaut, à sa face inférieure : une disposition inverse s'observe chez l'Homme. 

D’après Embryologie générale et spéciale par A. BRANCA 

 

 

 

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