Index de l'article

La rate est une glande vasculaire sanguine dont les fonctions, encore très mal connues, paraissent se rattacher à l’hématopoïèse. Elle fait défaut chez les invertébrés. Mais elle existe chez presque tous les vertébrés : peu développée encore chez les poissons, les batraciens, les reptiles et les oiseaux, elle atteint chez les mammifères et notamment chez l'homme des dimensions relativement considérables. Comme toutes les glandes vasculaires sanguines, elle est dépourvue de canal excréteur et les produits qu'elle sécrète passent directement dans les vaisseaux sanguins ou lymphatiques.

Considérations générales

Situation

La rate occupe, comme le foie, l'abdomen supérieur. Elle est profondément située dans l'hypochondre gauche, au-dessus du coude gauche du côlon, en avant du rein gauche et de la capsule surrénale qui le surmonte, entre la grosse tubérosité de l'estomac qui est en dedans et le diaphragme qui est en dehors.

Moyens de fixité

La rate est maintenue en position par un certain nombre de replis du péritoine, qui, partant de divers points de sa surface, vont s'attacher d'autre part, soit sur la paroi abdominale, soit sur les organes voisins. Ces replis, que Ton désigne sous le nom de ligaments ou sous celui d'épiploons, seront décrits ultérieurement à propos des enveloppes de la rate. Nous nous contenterons d'indiquer ici qu'ils sont ordinairement très lâches et que, s'ils s'opposent à ce que le viscère abandonne sa région pour aller dans une autre, ils lui permettent toujours de se mouvoir librement sur place. Et, de fait, la rate est presque continuellement en mouvement : elle s'abaisse au moment de l'inspiration, pour regagner au moment de l'expiration sa position primitive ; d'autre part, elle suit fidèlement dans tous ses déplacements la grosse tubérosité de l'estomac, s'écartant de la ligne médiane lorsque l'estomac se remplit et se distend, s'en rapprochant au contraire lorsqu'il se vide de son contenu.

Exceptionnellement, et par suite d'un relâchement anormal de ses ligaments, la rate quitte l'hypochondre gauche : on peut la rencontrer, suivant les cas, à l'hypogastre, dans la région iliaque, au pli de l'aine et jusque dans le bassin.

Nombre

La rate est ordinairement unique chez l'homme. Dans certains cas, cependant, on trouve dans son voisinage de petites masses, arrondies ou ovalaires, de coloration rouge foncé ou même noirâtre, qui présentent la même structure qu'elle et, par conséquent, constituent de véritables rates surnuméraires ou accessoires. Leur volume varie le plus souvent de la grosseur d'un œuf à celui d'un pois. Leur nombre n'est pas moins variable : les cas de double rate sont relativement assez fréquents : Sappey a observé trois rates sur deux sujets ; il en existait quatre dans un cas de Duverney, cinq dans un cas de Patin, sept dans un cas de Baillie, sept également dans un cas de Cruveilhier ; Otto en aurait rencontré jusqu'à vingt-trois sur le même sujet. J'ai observé moi-même jusqu'ici trois faits de rates surnuméraires. Dans les deux premiers faits, il existait, immédiatement en arrière de la rate normale, une rate surnuméraire de la grosseur d'une noix. Dans le troisième fait (fœtus d'un mois), il y avait quatre rates surnuméraires, disposées le long de la grande courbure de l’estomac, un peu au-dessous des vaisseaux courts : la plus volumineuse d'entre elles mesurait 14 millimètres de diamètre ; les trois autres étaient de la grosseur d'un pois ordinaire.

Les rates surnuméraires se développent de préférence, soit dans l'épiploon gastrosplénique, soit dans l'épiploon pancréatico-splénique. Mais on les rencontre aussi dans la masse graisseuse qui entoure le rein et jusque dans le grand épiploon. Quels que soient le nombre, le siège et les dimensions des rates surnuméraires, chacune d'elles possède toujours un pédicule vasculaire qui lui appartient en propre.

Dimensions et poids

La longueur de la rate mesure, en moyenne, iS centimètres ; sa largeur est de 8 centimètres ; son épaisseur de 3 centimètres à 3 centimètres et demi ; son poids de 180 à 200 grammes. Mais ce ne sont là que des chiffres moyens : la rate, comme le foie, plus encore que le foie, présente suivant les sujets des variations volumétriques et pondérales souvent fort étendues. Il n'est pas rare de rencontrer des rates de 120, 400 et 80 grammes ; quelques auteurs parlent de rates qui ne pesaient que 20 et même 10 grammes. Par contre, on voit le poids de la rate s'élever parfois à 3 ou 4 kilogrammes. On en cite même de plus volumineuses ; en fouillant dans la littérature anatomique ancienne, on trouve la mention d'une rate de 12 livres (Helvig), d'une rate de lo livres (Scultet), d'une rate de 18 livres (Ddyerney), d'une rate de 20 livres (Columbo). Enfin, dans un cas jusqu'ici unique, Boscus aurait observé une rate de 33 livres.

Le poids de la rate ne varie pas seulement suivant les sujets, il varie aussi suivant les âges et suivant les sexes. — Les recherches déjà anciennes de Gray nous apprennent que vers le sixième mois de la vie intra-utérine, le développement de la rate devient très rapide. Au moment de la naissance, son poids représenterait environ la J/SbO" partie du poids total du corps et cette proportion se maintiendrait sans grande variation jusqu'à l'âge adulte. Puis, à partir de cinquante ans, le poids de la rate diminue graduellement de façon à ne plus représenter, dans l'extrême vieillesse, que la 1/700" partie du poids du corps. — En ce qui concerne le sexe, l'observation démontre que la rate est d'ordinaire un peu plus petite chez la femme que chez l'homme.

Le poids spécifique de la rate est de 1,060 d'après Scemmering, de 1,037 d'après ScHUBLER et Ivapf. Sappey donne le chiffre intermédiaire de 1,054.

Couleur

La rate présente une coloration fondamentale rouge, variant du gris rougeâtre à la teinte lie devin. Examinée sur le vivant, elle est ordinairement d'un rouge foncé. Après la mort, elle revêt une teinte plus sombre avec un reflet bleuâtre ou violacé. Si la mort date de plusieurs jours, la couleur de la rate, par suite de l'altération cadavérique, n'est plus uniforme et, à côté des points qui ont conservé leur coloration rouge, il en est d'autres qui présentent une teinte li-side ou franchement noirâtre.

La coloration rouge, qui caractérise la rate est due à la grande quantité de sang qui circule dans sa masse. Si, en effet, on vient à l'hydrotomiser, c'est-à-dire si on la soumet à un lavage intérieur qui entraine peu à peu tous les éléments du sang, on voit la coloration rouge de l'organe s'atténuer peu à peu pour faire place à une coloration grise, qui s'éclaircit graduellement et aboutit en définitive, lorsque le lavage est complet, à une teinte absolument blanchâtre.

Consistance

Un des traits les plus caractéristiques de la rate est son extrême friabilité : c'est certainement le plus mou et le moins résistant de tous les organes glandulaires. Chacun sait qu'elle se laisse facilement écraser entre les doigts ; facilement aussi elle se rupture sous l'action des chocs violents, que ces chocs soient appliqués directement sur la région qu'elle occupe ou qu'ils lui soient transmis à distance, comme cela arrive dans les chutes d'un lieu élevé. D'autre part, la rate se décompose, après la mort, avec la plus grande rapidité : même en hiver, deux ou trois jours suffisent, comme le fait remarquer Huschke, pour l'altérer au point qu'il n'est plus possible de reconnaître les divers éléments qui la constituent.

Conformation extérieure et rapports

La forme de la rate est, tout aussi irrégulière que celle du foie et du pancréas. La plupart des auteurs la comparent, s avec Haller, à un segment d'ellipsoïde coupé suivant son grand axe. Allongée de bas en haut, aplatie de gauche à droite, la rate nous présente à considérer :

  1. deux faces, que l'on distingue en interne et externe ;
  2. deux bords, qui sont l'un antérieur, l'autre postérieur ;
  3. deux extrémités, l'une supérieure, l'autre inférieure.

Face externe

La face externe, convexe et lisse, répond au diaphragme qui la sépare de la partie inférieure du poumon gauche et, sur un plan plus éloigné, à la face interne des neuvième, dixième et onzième côtes.

Suivant certains auteurs, cette face serait souvent en rapport avec l'extrémité gauche du foie, qui non seulement, arriverait à son contact, mais se prolongerait sur elle et la recouvrirait d'une façon à peu près complète. Je crois devoir considérer cette disposition comme exceptionnelle. Je ne l'ai observée, en effet, que très rarement : encore était-ce sur des sujets où le foie était plus volumineux que d'habitude et l'estomac entièrement vide. L'estomac, à l'état de réplétion ou de demi réplétion, s'interpose toujours entre le lobe gauche du foie et l'extrémité supérieure de la rate.

Face interne

La face interne, plane ou légèrement concave, nous présente 

tout d'abord, à l’union de son tiers postérieur avec ses deux tiers antérieurs, un certain nombre de petites fossettes irrégulières, six ou huit en moyenne, disposées les unes au-dessus des autres suivant une ligne plus ou moins verticale. Ces fossettes, qui livrent passage aux vaisseaux et aux nerfs, constituent par leur ensemble ce qu'on appelle le hile de la rate.

La rate, vue par sa face interne.

1, bord antérieur. — 1', incisures de ce bord. — 2, 2, bord postérieur. — 2’, incisures de ce bord, — 3, extrémité supérieure. — 4, extrémité inférieure. — 5, hile. — 6, artère splénique, avec 6', sa branche de bifurcation supérieure ; 6", sa branche de bifurcation inférieure. — 7, veine splénique. — 8, vaisseaux gastro-épiploïques gauches. — 9, vaisseaux courts. — 10, branche de l'artère splénique, se détachant de celle-ci avant sa bifurcation et se perdant dans l'extrémité supérieure de l'organe après avoir donné naissance à un vaisseau court 10'.

La face interne de la rate présente les rapports suivants. — La partie qui est située en avant du hile répond à la grosse tubérosité de l'estomac et se moule exactement sur elle. — La partie qui est en arrière du hile est en rapport :

  1. avec l'arrière-cavité des épiploons, dont elle forme l'extrême limite ;
  2. avec le rein, la capsule surrénale et le pilier gauche du diaphragme, qui la séparent de la colonne vertébrale ;
  3. avec la queue du pancréas, qui lui est unie par un repli du péritoine, l'épiploon pancréatico-splénique (10).

Bord antérieur

Le bord antérieur, plus ou moins convexe, ordinairement mince, presque tranchant, s'applique contre l'estomac. Sur ce bord, se voient assez souvent des incisures plus ou moins profondes, tantôt transversales, tantôt obliques, vestiges probables d'une division primitive de l'organe en segments multiples et indépendants.

Bord postérieur

Le bord postérieur, beaucoup plus épais, rectiligne et dirigé verticalement plutôt que convexe, est en rapport, suivant la situation variable qu'occupe la rate, soit avec le rein et la capsule surrénale, soit avec le diaphragme. Comme le bord antérieur, mais plus rarement que ce dernier, le bord postérieur présente lui aussi des incisures, qui ont la même variabilité et la même signification.

Extrémité supérieure

L'extrémité supérieure ou tête de la rate, relativement volumineuse, répond à la voussure diaphragmatique. Dans certains cas, comme nous l'avons dit plus haut, elle est séparée du muscle par l'extrémité gauche du foie, qui s'avance sur elle sous la forme d'une languette aplatie de haut en bas : nous avons déjà dit plusieurs fois que cette disposition, qui est la règle chez le fœtus et que l'on rencontre encore assez souvent chez l'enfant, est tout à fait exceptionnelle chez l'adulte.

Bord inférieur

L'extrémité inférieure ou queue de la rate, beaucoup plus petite que la précédente, parfois même plus ou moins effilée en pointe, répond au coude que fait le côlon transverse en se continuant avec le côlon descendant. Elle repose là sur un petit repli péritonéal, de forme triangulaire, qui s'étend horizontalement de l'extrémité gauche du mésocôlon transverse à la paroi latérale de l'abdomen.

Commentaires (0)

Il n'y a pas encore de commentaire posté.

Ajouter vos commentaires

  1. Poster un commentaire en tant qu'invité. S'inscrire ou se connecter à votre compte.
Pièces jointes (0 / 3)
Partager votre localisation

Ce site internet met des documents à votre disposition seulement et uniquement à titre d'information. Ils ne peuvent en aucun cas remplacer la consultation d'un médecin ou les soins prodigués par un praticien qualifié et ne doivent par conséquent jamais être interprétés comme pouvant le faire.

Connexion