La région antérieure comprend quatre muscles, qui sont : le jambier antérieur, l'extenseur commun des orteils, l'extenseur propre du gros orteil, le péronier antérieur. Ces quatre muscles reposent sur la face antérieure du ligament interosseux, dans le vaste espace qui se trouve compris entre le bord antérieur du tibia et le bord antérieur du péroné.
Le plus interne de la région [4], le jambier ou tibial antérieur est un muscle [5] volumineux prismatique et triangulaire s'étendant de l'extrémité supérieure du tibia au bord interne du pied.
Il prend naissance, en haut : sur la tubérosité antérieure et sur la tubérosité externe du tibia, principalement sur le tubercule, souvent très volumineux, qui est situé entre l'une et l'autre et qui, pour cette raison, porte le nom de tubercule du jambier antérieur ; sur la face externe du tibia, dans ses deux tiers supérieurs; sur la partie interne du ligament interosseux; a la face profonde de l'aponévrose jambière qui le recouvre ; sur ta cloison fibreuse qui le sépare de l'extenseur commun des orteils.
De ces nombreuses surfaces d'implantation [6], les faisceaux constitutifs du muscle se portent verticalement en bas et se jettent, à la partie inférieure de la jambe, sur un fort tendon [7], lequel passe sous le ligament annulaire antérieur du tarse [8] et vient s'attacher à la fois sur le premier cunéiforme et sur l'extrémité postérieure du premier métatarsien.
Les rapports du jambier antérieur varient suivant la région où on le considère :
Il est innervé par le nerf tibial antérieur, l'une des deux branches terminales du sciatique [12] poplité externe, il reçoit, en outre, à sa partie toute supérieure, un petit rameau qui lui vient directement du sciatique poplité externe avant sa bifurcation.
Le jambier antérieur, prenant son point fixe sur le tibia, agit sur le pied, auquel il imprime trois ordres de mouvements : il le fléchit sur la jambe; il le rapproche de la ligne médiane; il lui fait exécuter un mouvement de rotation en dedans. Il est donc à la fois fléchisseur, adducteur et rotateur en dedans.
Le tendon inférieur peut être divisé en deux faisceaux, un faisceau pour le métatarsien, un faisceau pour le cunéiforme. Cette division, fort variable en étendue, peut remonter jusqu'au corps musculaire et intéresser même ce dernier. C'est la une disposition simienne des plus intéressantes le jambier antérieur est en effet [13] la réunion des deux muscles, fusionnes chez l'homme, distincts chez les singes, dont l'un (le tibial antérieur proprement dit) s'insère au premier cunéiforme et l'autre le long abducteur du gros orteil se fixe au premier métatarsien. On a vu le jambier antérieur présenter des faisceaux d'attaches surnuméraires : sur la première phalange du gros orteil ; sur le ligament antérieur du tarse et les aponévroses dorsales du pied (muscle tibio-aponévrotique) ; sur l'astragale et le calcanéum [14] ; sur le col de l'astragale et sur la partie antérieur de la synoviale tibio-tarsienne ; sur l'aponévrose plantaire. On a pu observer un faisceau surnuméraire fort singulier, qui se rendait de l'extrémité supérieure du tibia, a l’extrémité inférieure du même os.
Situé en dehors du précédent, l'extenseur commun des orteils est un muscle aplati de dehors en dedans, s'étendant de l'extrémité supérieure de la jambe aux quatre derniers orteils.
Il s'insère, en haut : sur la tubérosité externe du tibia ; sur les deux tiers supérieurs de la face interne du péroné ; sur la partie externe du ligament interosseux ; a la face profonde de l'aponévrose jambière ; sur les cloisons fibreuses qui le séparent du jambier antérieur en dedans et du long péronier latéral [15] en arrière.
De ces nombreuses surfaces d'attache les divers faisceaux constitutifs de l'extenseur commun se portent en bas et se jettent sur un fort tendon, qui apparait tout d'abord sur le bord antérieur du muscle. Ce tendon glisse au-dessous du ligament annulaire antérieur du tarse et se divise bientôt après en quatre branches ou tendons secondaires, lesquels se dirigent, en divergeant, vers les quatre derniers doigts.
Chacun d'eux, arrivé au niveau de l'articulation métatarso-phalangienne correspondante, se divise en trois languettes, une médiane et deux latérales. La languette médiane, glissant sur la face dorsale de la première phalange, vient se fixer sur l'extrémité postérieure de la deuxième phalange ou phalangine. Quant aux deux languettes latérales, elles se fusionnent ensemble sur la face dorsale de cette deuxième phalange, pour venir se terminer sur la face postérieure de la troisième ou phalangette.
On les examine, comme pour le muscle précédent, à la jambe et au pied :
Le mode d'innervation de l'extenseur commun des orteils est exactement le même que celui du jambier antérieur. Il est innervé à la fois : par des rameaux issus du sciatique poplité externe avant sa bifurcation ; par des rameaux issus du tibial antérieur.
L'extenseur commun des orteils exerce tout d'abord son action sur les quatre derniers orteils qu'il incline (extension [16]) sur le dos du pied. Agissant secondairement sur le pied : il le fléchit sur la jambe ; il le porte un peu en dehors; il lui imprime un léger mouvement de rotation en dehors. Auxiliaire du jambier antérieur au point de vue de la flexion [17], il lui est antagoniste [18] au point de vue des mouvements latéraux.
Il n'est pas rare de voir un ou plusieurs tendons se dédoubler. On a note la présence d'un tendon surnuméraire pour le gros orteil (muscle extenseur des cinq doigts). Sur le métatarse, les tendons peuvent être réunis par des languettes fibreuses. On a noté l'union de l'extenseur commun, soit avec l'extenseur propre, soit avec le pédieux. On a signalé des tendons surnuméraires pour le premier métatarsien, pour le cinquième, pour le quatrième. On a observé, comme muscle distinct un extenseur propre du deuxième orteil, homologue de l'extenseur propre de l'index. On a vu la masse de l'extenseur commun divisée en deux portions distinctes, l'une interne pour les deuxième et troisième orteils, l'autre externe pour les, troisième et quatrième. On a vu le faisceau extenseur du petit orteil se séparer complètement du reste du muscle.
L'extenseur propre du gros orteil est profondément situé entre les deux muscles que nous venons de décrire. Recouvert par eux à son origine, il ne s'en dégage qu'à la partie inférieure de la jambe.
Il s'attache, en haut : sur la face interne du péroné, dans son tiers moyen; sur la portion attenante du ligament interosseux. Il reçoit, en outre, dans le voisinage du tarse, un petit faisceau de la face interne du tibia.
En bas, son tendon terminal passe tout d'abord, comme celui de l'extenseur commun, sous te ligament annulaire et arrive ainsi a la face dorsale du pied.
Obliquant alors un peu en dedans, il longe le bord interne du pied et, finalement, vient se fixer à la fois sur la phalange métatarsienne et sur la phalange unguéale du gros orteil. Cette insertion terminale se fait, soit par un tendon, soit par une expansion fibreuse, sur la partie supérieure et postérieure de la phalange.
C'est a tort que nos traites classiques font, insérer le tendon de l'extenseur propre exclusivement sur la deuxième phalange du gros orteil il se termine le plus souvent (54 fois sur 100) sur les deux phalanges; l'insertion exclusive a la deuxième phalange constitue l'exception. Les cas où le tendon de l'extenseur du gros orteil ne présente aucune connexion avec la première phalange sont rares.
Ils sont différents a la jambe et au pied :
L'extenseur propre du gros orteil est innerve par le tibial antérieur, branche de bifurcation du sciatique poplité externe.
Ce muscle étend, tout d'abord, les phalanges du gros orteil sur le métatarse. Agissant, ensuite sur le pied : il le fléchit ; il le porte en dedans; il lui imprime un léger mouvement de rotation en dedans. L'extenseur propre du gros orteil devient ainsi l'auxiliaire du jambier antérieur.
Le tendon terminal est souvent double la division du tendon peut remonter jusqu'au corps musculaire et isoler même de véritables muscles surnuméraires. Ces muscles ou tendons surnuméraires s'insèrent, suivant les cas : sur la première phalange du gros orteil ; sur le premier métatarsien ; sur le deuxième orteil. Ces divers tendons surnuméraires peuvent apparaitre simultanément sur le même sujet constituant [19] ainsi de nombreuses variétés tel est l'extenseur tricaudalus de Gruber.
Le péronier antérieur est un muscle aplati transversalement et généralement fort mince, occupant la partie inférieure et externe de la région.
Il est situé immédiatement en dehors de l'extenseur commun des orteils, avec lequel il est intimement confondu a son origine.
Il prend naissance, en haut, sur la face antérieure du péroné, dans sa moitié inférieure. De la, ses fibres, se portant en bas et en avant se, jettent a la manière des barbes d'une plume sur le bord postérieur d'un tendon, lequel glisse sous le ligament annulaire antérieur du tarse et vient se fixer, par une extrémité élargie, sur la base du cinquième métatarsien.
Ils diffèrent, comme pour l'extenseur propre du gros orteil, a la jambe et au pied
.a la jambe, le péronier antérieur est en rapport en avant, avec l'aponévrose et la peau; en arrière, avec le péroné; en dedans, avec l'extenseur commun des orteils en dehors, avec les péroniers latéraux.
.au pied le muscle, recouvert par l'aponévrose et la peau, recouvre à son tour le pédieux, dont il croise très obliquement la face superficielle.
Le péronier antérieur est innervé comme l'extenseur commun des orteils, par le nerf tibial antérieur.
Auxiliaire puissant de l'extenseur commun des orteils, dont il n'est pour ainsi dire qu'un simple faisceau, il agit sur le pied, qu'il porte à la fois dans ta flexion, l'abduction et la rotation en dehors.
Le péronier antérieur peut être réduit a un simple tendon. Il peut disparaître entièrement. Il peut être double, cette duplicité portant, soit sur le tendon seulement soit à la fois sur te tendon et le corps musculaire. L'insertion du tendon surnuméraire se fait alors, suivant les cas ; sur le cinquième métatarsien ; sur le quatrième métatarsien ; sur le quatrième espace interosseux ; sur l'une des phalanges du cinquième orteil ou bien sur le tendon que l'extenseur commun envoie à cet orteil.
D’après Traité d’anatomie humaine L. Testut.