Loge antérieure de l'orbite

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La loge antérieure de l'orbite représente la forme d'une capsule et est exclusivement occupée par le globe de l'œil.

Le globe de l’œil est un sphéroïde suspendu dans la cavité de l'orbite, ou il est maintenu par deux forces qui, tendant à le porter l'une en arrière, l'autre en avant, se font équilibre et l'empêchent d'exécuter d'autres mouvements que ceux de rotation sur place. Il repose en arrière sur un plan fibreux, lequel est lui-même doublé d'une couche épaisse de graisse qui lui forme un point d'appui moelleux. Il glisse avec la plus grande facilité sur cette toile fibreuse, qui présente à cet effet une surface lisse et unie dont quelques auteurs ont fait une séreuse. En avant, il est en contact avec la face postérieure des paupières, sur- tout de la supérieure, qui se moule sur lui.

Le globe de l'œil affecte une position très-variable par rapport à la base de l'orbite : parfois il affleure cette base, d'autres fois il la déborde, et peut enfin être plus ou moins débordé par elle. Ce fait n'est pas sans avoir une certaine importance dans l'opération de la cataracte un œil saillant, en effet, expose davantage à l'issue du corps vitré un œil enfoncé offre de sérieuses difficultés pour bien exécuter le temps de la ponction et de la contre-ponction. Bien qu'il y ait des variétés dans le volume du globe, il ne faudrait pas croire cependant que sa saillie en avant traduise une augmentation réelle de volume. Ces différences tiennent surtout a. ce que l'œil est plus ou moins porté en avant. Quelles sont les dimensions respectives du globe de l'œil et de la cavité orbitaire ? La cavité de l'orbite présente des dimensions très-variables, puisque nous avons donné comme longueur à l'axe antéro-postérieur de cette cavité 4 à 5 centimètres. J'admets les chiffres suivants comme suffisamment exacts pour le chirurgien

Il résulte du rapprochement, de ces dimensions que le globe occupe environ la moitié antérieure de la cavité orbitaire, ce qui varie du reste suivant la saillie plus ou moins grande qu'il fait en avant. Il n'est éloigné des parois supérieure et inférieure que de quelques millimètres la distance qui le sépare des parois latérales est un peu plus considérable. Si l'on ajoute que l'œil n'est pas symétriquement placé dans l’orbite, mais qu'il est plus rapproché de la paroi interne que de l'externe, on arrivera à cette conclusion déjà formulée précédemment que c'est par le côté externe qu'il faut pénétrer de préférence dans l'orbite pour pratiquer l'énucléation du globe de l'œil.

Voici d'ailleurs comment je conseille de procéder à cette opération: Diviser la conjonctive et le fascia sous-conjonctival avec des ciseaux courbes, au niveau de l'attache à la sclérotique du muscle droit externe diviser le tendon de ce muscle; au lieu de continuer la section des tendons tout autour dela cornée, porter immédiatement les ciseaux par la boutonnière conjonctivale jusque sur le nerf optique diviser ce nerf à son entrée dans le globe de l'œil saisir le pôle postérieur du globe avec une pince à griffes et l'attirer au dehors à travers la boutonnière conjonctivale achever ensuite l'opération en rasant la sclérotique.

Cette énucléation d'arrière en avant se fait avec une grande rapidité et met, plus que les autres procédés, à l'abri de l'ouverture de la loge postérieure de l'orbite.

Le poids du globe de l'œil est de 7 à 8 grammes.

A la naissance, l'œil présente des dimensions relativement très-considérables ; elles diffèrent de 3 ou 4 millimètres seulement de celles qui précèdent. Nous avons signalé une disposition analogue pour l'appareil de l'ouïe, ce qui d'ail- leurs est en rapport avec le développement considérable du système nerveux à cette époque de la vie. Le globe de l'œil peut être, au contraire, frappé à la naissance d'un arrêt de développement portant sur sa totalité, ce que l'on désigne sous le nom de microphtalmie.

L'axe antéro-postérieur du globe est normalement en rapport avec la puissance de l'appareil dioptrique ou réfringent de l'œil. C'est ce qui a lieu chez l'emmétrope. Mais il n'en est pas toujours ainsi.

Cet axe, qui est de 24 millimètres, je suppose, chez un sujet emmétrope, peut-être ou plus long ou plus court avec un même appareil dioptrique. Il en résulte des maladies de la réfraction qui sont la myopie et l'hypermétropie.

A l'état normal, l'appareil dioptrique de l'œil est disposé de façon que le foyer se fasse sur la rétine mais supposons un même appareil dioptrique avec un axe antéro-postérieur trop long qu'arrivera-t-il ? Le foyer se fera, non plus sur la rétine, mais en avant de cette membrane sur laquelle se produisent des cercles de diffusion. Cet état constitue la myopie.

Supposons, au contraire, un diamètre antéro-postérieur trop court : l'appareil dioptrique est disposé pour faire converger les rayons lumineux à 24 millimètres en arrière de la cornée si l'écran rétinien se trouve seulement à 22 millimètres, il est évident que le foyer se fera à 2 millimètres en arrière de l'écran, qui ne recevra, lui, qu'une image très-diffuse. Cet état, dont nous devons la con- naissance à l'illustre Donders, constitue l'hypermétropie.

La myopie et l'hypermétropie sont donc deux affections dépendant d'un vice de conformation du globe de l'œil. Le diamètre antéro-postérieur est trop long dans le premier cas, il est trop court dans le second, eu égard, bien entendu, à l'appareil dioptrique, c'est-à-dire aux milieux le myope a besoin de divergence, ce que lui donnent des verres concaves l'hypermétrope n'a pas assez de convergence, il l'obtient par des verres convexes.

La myopie et l'hypermétropie, étant le résultat d'un vice de conformation, sont par là même congénitales, et la myopie ne tarde pas en effet à se manifester chez l'enfant. Mais comment se fait-il que l'hypermétrope ne s'aperçoive de son infirmité qu'à un âge quelquefois avancé, 25, 30 ans, par exemple ? Cela tient à ce que l'agent actif de l'accommodation (muscle ciliaire) vient en aide à l'appareil de la réfraction pour forcer la convergence à se faire sur la rétine. L'équilibre entre les deux appareils, qui est physiologique chez l'emmétrope, n'est obtenu chez l'hypermétrope que grâce à un effort du pouvoir accommodatif, et, cet effort étant instinctif, le sujet n'en a pas conscience. Mais il arrive un moment où le muscle de l'accommodation se fatigue et devient impuissant à fournir ce qui manquait de réfraction. L'hypermétropie devient alors manifeste, de latente qu'elle était. Voici comment elle se manifeste en général le sujet commence un travail de lecture, d'écriture ou de couture ; pendant 10 minutes, un quart d'heure, la vision est nette, mais bientôt les lettres deviennent confuses un instant de repos suffit à ramener la netteté des images. Le sujet recommence son travail, et les mûmes phénomènes se reproduisent. Surviennent ensuite des douleurs circum-orbitaires très-vives et du larmoiement. Le repos de l'organe ra- mène encore tout dans l'ordre, et ainsi de suite.

Ce qui manque à l'hypermétrope, ai-je dit, c'est de la réfraction : il faut donc lui en fournir à l'aide de verres convexes. Il est un préjugé du monde et qui règne encore parmi bon nombre de médecins : il ne faut pas, dit-on, s'accoutumer à porter des lunettes : erreur grave qui peut faire succéder à une lésion purement dynamique au début des altérations organiques. Aussitôt que l'hypermétropie deviendra manifeste, on fera porter (pour la vision rapprochée seulement, puisque l'hypermétrope voit très-bien A distance) des verres convexes en rapport avec le degré de la maladie.

Eu égard à la forme que présente le globe de l'œil, et en le comparant a une sphère, on lui a reconnu un pôle antérieur correspondant au centre de la cornée, et un pôle postérieur, au point diamétralement opposé. Les deux pôles sont situés aux deux extrémités de l'axe antéro-postérieur du globe ou axe optique. Le pôle postérieur correspond, non pas à l'entrée du nerf optique -dans l'œil, mais à 3,50 mm environ plus en dehors, au niveau de la tache jaune, ou macula lutea : aussi, quand on veut examiner la tache jaune à l'ophtalmoscope, faut-il faire regarder le malade directement en face.

Ces données générales étant connues, abordons l'étude des parties constituantes de l'œil.

Mon but étant de m'attacher seulement aux détails d'anatomie nécessaires pour comprendre la pathologie et la médecine opératoire, c'est uniquement à ce point de vue que j'envisagerai l'appareil de la vision. Le globe de l'œil est composé de membranes et de milieux.

1. Membranes de l'œil

Les membranes de l’œil sont, en procédant de dehors en dedans la sclérotique et la cornée ; la choroïde et l'iris ; la rétine ; la membrane hyaloïde.


1.1. Sclérotique

La sclérotique est une membrane fibreuse résistante, complétement inextensible, constituant pour les milieux de F œil leur principal agent de protection et (tonnant insertion par sa surface extérieure aux divers muscles qui meuvent le globe.

Sa couleur est généralement d'un blanc mat. Son aspect brillant en avant est dû au revêtement épithélial qui la recouvre. La coloration de la sclérotique présente d’ailleurs des nuances nombreuses, qui impriment à la physionomie un caractère particulier. Une malade de mon service présentait des sclérotiques presque bleues ; ces nuances, oscillant entre le blanc et le bleu, tiennent au plus ou moins d'épaisseur de la membrane, ce qui permet d'apercevoir par transparence la couche pigmentaire sous-jacente. L'abus des collyres au nitrate d'argent peut aussi altérer la couleur normale de la sclérotique, qui prend alors une teinte noire.

L'épaisseur de la sclérotique augmente légèrement d'avant en arrière elle est en général à ce niveau de 1 millimètre. Sa partie la plus mince siège en avant, au niveau des insertions des muscles droits. Si résistante qu'elle soit, la sclérotique peut céder sous l'influence d'une pression intérieure continue, s'amincir peu à peu, et donner naissance à une tumeur arrondie, siégeant en ayant sur les côtés de la cornée, ou bien en arrière sur les côtés du nerf optique, tumeur à laquelle on donne le nom de staphylome de la sclérotique.

La sclérotique présente deux ouvertures l'une postérieure, plus petite, pour laisser pénétrer dans l'œil le nerf optique, située à 1 millimètre au-dessous et a 3 millimètres en dedans de l'axe optique l'autre antérieure, plus grande, dans laquelle est enchâssée la cornée ; nous avons déjà vu que la gaine fibreuse du nerf optique se continue avec la sclérotique au niveau de l'orifice postérieur. Composée presque exclusivement de faisceaux de fibres de tissu lamineux entrecroisés dans tous les sens, comme ceux qui entrent dans la texture du derme, la sclérotique n'est pas élastique, ainsi que le disent à tort certains auteurs. Elle peut sans doute se laisser distendre à la longue, dans l'hydrophtalmie, par exemple, mais cette distension est le résultat d'une modification nutritive. La sclérotique se tend, mais ne se distend nullement sur le cadavre, sous l'influence d'une pression, si énergique qu'elle soit, exercée à l'aide d'une injection.

Ce défaut d’élasticité nous explique les atroces douleurs qu'éprouvent les malades dont l'œil se trouve soumis à une pression intérieure brusque et intense, comme dans le glaucome aigu, par exemple; la sclérotique ne pouvant céder, les nerfs ciliaires qui la traversent et cheminent entre elle et la choroïde pour se rendre à l'iris et à la cornée sont fortement comprimés par le liquide aussi est-il très-urgent de diminuer le plus tôt possible la pression intraoculaire, cause de tout le mal dans le glaucome aigu, par une simple ponction ou mieux par une iridectomie.

La sclérotique peut être blessée par des corps étrangers de toute nature. Rien de singulier à cet égard, si ce n'est qu'ils ont un peu plus de gravité lorsqu'ils siègent au niveau du cercle ciliaire, à cause du voisinage de l'iris. Mais une blessure curieuse de la sclérotique et qui résulte encore de son défaut d'élasticité, c'est-sa rupture indirecte, produite non plus de dehors en dedans, mais de dedans en dehors, à la suite d'une violente pression exercée sur le gobe par un corps arrondi. Exempte un homme fortement alcoolisé rentre le soir dans sa

Fig. 74 Schéma général du globe de l’œil et des paupières, sur une coupe verticale antéro-postérieure

chambre sans lumière, il tombe, et la partie externe de l'œil porte violemment, sur l'encoignure d'un bois de lit je constate le lendemain une rupture de la sclérotique à sa partie interne (côté opposé à celui où a porté le choc), et comme conséquence une luxation sous-conjonctivale du cristallin.


1.1.1. Cornée.

La cornée est une membrane transparente enchâssée dans l'ouverture antérieure de la sclérotique, à la manière d'un verre de montre elle appartient au segment d'une sphère plus petite que la sphère scléroticale.

Vue par sa face postérieure, la cornée est circulaire ; vue en avant, elle est légèrement ovalaire, à grand diamètre horizontal, ce qui est dû au biseau de sa face externe, biseau un peu plus prononcé en haut et en bas que sur les côtés. L'épaisseur de la cornée, moindre au centre qu'à la circonférence, est d'environ 1 millimètre. Cette épaisseur est la source d'un accident opératoire assez fréquent entre les mains des débutants. Le couteau à cataracte pénètre dans l'épaisseur des lames de la cornée, au lieu de cheminer dans la chambre antérieure, et taille ainsi un lambeau aux dépens des couches antérieures. La cause de cet accident est la ponction faite parallèlement à l'iris on l'évitera en ponctionnant perpendiculairement à la surface de la cornée et en ramenant ensuite l'instrument au parallélisme avec l'iris quand on verra la pointe dans la chambre antérieure.

La cornée est composée des couches suivantes en procédant de dehors en dedans

1° Couche épithéliale; 2° lame élastique antérieure ou membrane de Bowman; 3° substance propre de la cornée 4° lame élastique postérieure (membrane de Descemet ou de Demours), 5° couche épithéliale postérieure.

La partie essentielle de la cornée est la substance propre, ou tissu cornéen. Elle est composée de fibres de tissu conjonctif qui paraissent se continuer directement avec celles de la sclérotique, en sorte que ces deux membranes n'en formeraient qu'une seule mais si cette proposition est histologiquement vraie, la pathologie ne vient pas à l'appui. Quelle ressemblance, eu effet, y a-t-il entre les aptitudes pathologiques de la cornée et de la sclérotique ? Comment reconnaître une nature identique à deux membranes qui n'ont pas une seule lésion commune ?

La courbure de la cornée est normalement régulière, mais parfois tous ses méridiens n'ont pas la même courbure. Elle est alors presque toujours plus con- vexe dans son méridien vertical que dans son méridien horizontal. Il en résulte une qui est la cause presque exclusive de l'anomalie de la réfraction caractérisée par la différence dans la puissance réfringente des méridiens de l'œil.

La cornée ne reçoit ni artères ni veines. Les vaisseaux de la conjonctive arrivent jusqu'à sa circonférence sous forme d'anses. Recklinghausen, à l'aide de son procédé d'imprégnation au nitrate d'argent, a décrit des lymphatiques dans la cornée, mais M. Sappey, dont la compétence à cet égard ne saurait être mise en doute, persiste à en nier l'existence.

En revanche, la cornée reçoit un grand nombre de nerfs qui proviennent soit de ceux de la conjonctive, soit des nerfs ciliaires, et ont été découverts par Schlemm au centre de la membrane, les tubes nerveux ont perdu leur gaine et ne présentent plus que le cylindre axe.

Le mode de nutrition de la cornée est absolument spécial à cette membrane et encore fort obscur. On ne saurait le comparer à celui des dents, des poils ou des cartilages, car, bien qu'il n'y ait aucun apport de sang artériel dans la cor- née, quelle est donc la membrane de l'économie dont les plaies se cicatrisent plus rapidement que celles de la cornée ? Une section linéaire pratiquée le matin peut n'être plus appréciable le soir même. C'est là le témoignage d'une nutrition très-active, et, d'un autre côté, nous voyons tous les jours avec quelle lenteur désespérante se réparent certains ulcères de la cornée, ce qui prouverait une nutrition très-languissante.

La preuve de l'activité nutritive se trouve encore dans la kératite ou inflammation de la cornée, maladie d'une extrême fréquence et qui revêt des formes nombreuses, dont la cause nous échappe le plus souvent comme le mode de nutrition lui-même. Peu de membranes sont aussi sujettes à s'ulcérer que la cornée transparente.

La kératite peut être liée à l'affection décrite dans ces dernières années sous le nom de zona frontal, zona ophtalmique, et signalée pour la première fois en 1866 par Hutchinson.

Le zona ophtalmique est une éruption herpétique développée sur le territoire innervé par la première branche du trijumeau (1). Il est l'expression cutanée de l'irritation et de l'inflammation de cette branche nerveuse dont les filets peuvent être simultanément ou isolément atteints.

L'éruption cutanée et les lésions oculaires qui l'accompagnent sont des troubles trophiques, c'est-à-dire doivent être attribués à une influence directe du système nerveux sur la nutrition.

Les ulcères de la cornée s'accompagnent ou non de développement de nouveaux vaisseaux et occupent des sièges divers. Tantôt c'est la première couche ou couche épithéliale seulement qui est comme dépolie, ulcérée, et à l'éclairage latéral on voit à la surface de la cornée une multitude de petits points très-rapprochés les uns des autres, ou bien on observe un petit ulcère dont le point de départ est souvent une phlyctène; l'ulcère détruit successivement la lame élastique antérieure, gagne le tissu propre, peut traverser la lame élastique postérieure et produire une perforation dans laquelle s'engage de suite l'iris. Ces ulcères ont une marche très-lente, et restent longtemps limités à la couche moyenne aussi voit on parfois la membrane élastique postérieure, repoussée en avant par l'humeur aqueuse à travers l'ulcération, former à l'extérieur une petite hernie transparente. Ces ulcères déterminent une photophobie et un larmoiement des plus intenses, ce qui tient à l'action de la lumière sur l'extrémité terminale des nerfs de la cornée mis à nu.

Je rappellerai que l'indication principale à remplir dans les cas d'ulcère, et surtout d'ulcère central de la cornée, est de maintenir toujours l'iris dilaté à l'aide de l'atropine, pour faire obstacle à la production des adhérences de cette membrane avec la cornée, c'est-à-dire des synéchies antérieures. La kératite interstitielle ou plastique peut être rapidement suppurative, comme dans les ophtalmies purulentes, par exemple, et déterminer la perte rapide de l'œil. Le plus souvent la suppuration est localisée et donne lieu à un abcès intra-cornéen il faut alors pratiquer immédiatement la paracentèse avec un couteau lancéolaire pour donner issue au pus, qui sans cela perforera la cornée.

(1) Voir la thèse du Dr Albert Hybord, Du zona ophtalmique et des lésions oculaires qui s’y rattachent, 1872.

Mais la forme la plus fréquente de la kératite est celle qui s'accompagne d'épanchements plastiques plus ou moins abondants dans l'épaisseur du tissu propre de la cornée avec production de vaisseaux. Tous les chirurgiens con- naissent l'extrême difficulté de la guérison de ces kératites, surtout quand elles sont anciennes, quand la cornée ne représente plus qu'une membrane rouge, charnue(pannus).

Il n'est pas douteux que l'obstacle à la guérison ne provienne de la présence dans l'épaisseur de la cornée des nombreux vaisseaux artériels de nouvelle formation aussi le meilleur mode de traitement consiste-t-il à les détruire. Un bon moyen pour cela est de toucher chacun des troncs principaux sur la conjonctive avec un crayon de nitrate d'argent. Un moyen plus radical est la tonsure de la conjonctive, proposée par Furnari, c'est-à-dire l'ablation avec des ciseaux courbes de la conjonctive, tout autour de la cornée-

La tonsure de la conjonctive réussit parfois merveilleusement à rendre à la cornée sa transparence et par là même un certain degré de vision mais elle peut aussi échouer, et je pense que la maladie est alors au-dessus des ressources de l'art. Voici ce qui se passe, selon moi, dans ce dernier cas les vaisseaux qui se développent dans la cornée lui viennent, au début de la maladie, de la conjonctive seule ; ils sont superficiels et situés dans la couche élastique antérieure la couche de tissu propre n'est pas encore vascularisée. Si on intervient à cette période, les moyens ordinaires de traitement, et, en cas d'échec de ces moyens, la cautérisation et la tonsure conjonctivale ont ordinairement raison de la maladie. Mais avec le temps les vaisseaux gagnent les couches profondes de la cornée ; il s'établit des connexions nouvelles entre eux et ceux de la sclérotique, et ils finissent également par communiquer avec le système vasculaire irido-choroïdien. Des lors, la cornée, la sclérotique, la choroïde et l'iris, ont une circulation commune sous l'influence de laquelle des modifications de texture surviennent dans la cornée et restent permanentes, quoi qu'on fasse.

La guérison des kératites interstitielles laisse à sa suite des taches indélébiles plus ou moins apparentes et plus ou moins opaques (néphélion, leucome, albugo), contre lesquelles ont été proposés beaucoup de moyens, dont quelques-uns ridicules, que je n'ai pas à rappeler ici. L'abrasion de ces taches n'a pas donné de résultats, et dans ces derniers temps M. de Wecker, ne se préoccupant que du côté cosmétique, en a fait le tatouage avec succès à l'aide de l'encre de Chine. M. Panas a toutefois observé que cette petite opération pouvait être suivie d'accidents inflammatoires sérieux et en particulier de l'irido-cyclite.

Les kératites interstitielles, vasculaires ou non, sont presque toujours d'origine scrofuleuse et constituent un triste apanage de la jeunesse. Un chirurgien anglais de grand mérite, Hutchinson, a pensé qu'un certain nombre de ces kératites étaient le résultat d'une diathèse syphilitique héréditaire, et, d'après cet auteur, elles s'accompagneraient constamment d'une déformation caractéristique des dents incisives. Le bord libre de ces dents présente d'abord au centre une saillie conique qui s'use avec l'âge et laisse à sa place une dépression, en sorte que ce bord est concave au lieu d'être droit.

Bien que la manière de voir d'Hutchinson ne paraisse pas absolument démontrée, on devra néanmoins donner à ces malades un traitement spécifique, si les moyens ordinaires n'amènent pas de résultat favorable.

L'absence de vaisseaux dans la cornée nous permet de comprendre cette singulière et grave affection désignée sous le nom de gangrène, nécrose de la cornée, caractérisée parle ramollissement progressif et la destruction de cette membrane, qui paraît être infiltrée de pus, mais dont les éléments subissent en réalité une dégénérescence graisseuse. Sans nous dissimuler ce que cette explication a de vague, nous dirons avec les auteurs que la nécrose de la cornée est le résultat d'un trouble nerveux qui a déterminé une lésion de la nutrition. La cornée est très-résistante ; sa résistance normale est calculée pour réagir contre la pression intraoculaire des milieux de l'œil. Mais, soit que cette membrane ait perdu de sa résistance à la suite d'un traumatisme, soit qu'elle présente une épaisseur moindre qu'a l'état normal, elle est susceptible de se laisser distendre et de former une tumeur plus ou moins volumineuse entre les paupières, tumeur à laquelle on donne le nom de staphylome de la cornée. Lorsque le staphylome succède à un traumatisme, il est presque toujours, sinon toujours, opaque, s'il est consécutif à un amincissement de la cornée, il est transparent ou pellucide.

Ce n'est pas ici le lieu d'indiquer les nombreux procédés opératoires qui ont été imaginés pour traiter le staphylome. Celui qui me paraît le meilleur est en même temps le plus simple. Il consiste à saisir le staphylome avec un ténaculum, et à retrancher avec les ciseaux courbes tout ce qui fait saillie. Je préfère ce pro- cédé à celui de Critchett, dans lequel on passe préalablement les fils destinés à suturer ensuite les lèvres de la plaie.

Le traitement du staphylome pellucide offre un plus grand intérêt, puisque la vision peut être rétablie, tandis que, dans le cas précédent, elle est toujours perdue d'avance. Par des destructions successives du cône cornéen à son centre, de Graeffe a réussi à rendre à la cornée sa courbure normale, mais la meilleure indication a été saisie et exécutée par Bowman, qui a eu l'idée de transformer la pupille en une fente sténopéique de la manière suivante une petite incision est pratiquée sur le bord sclérotical à l'extrémité du diamètre vertical de la cornée, par exemple, et le bord correspondant de la pupille est attiré dans cette plaie où elle adhère; quelques jours après, une opération semblable est faite en bas, en sorte que la pupille se trouve transformée en une fente verticale étroite.

M. Abadie a modifié le procédé. Après avoir enlevé avec un trépan une petite rondelle de la cornée au centre du cône, il introduit par cette plaie des ciseaux construits ad hoc et pratique une iridotomie verticale dans le segment inférieur de l'iris. M. Abadie a obtenu ainsi un résultat favorable, mais, ainsi que je l'ai dit devant la Société de chirurgie, il est à craindre que les lèvres de la plaie irienne ne se rapprochent, et aussi que la lame des ciseaux qui passe derrière l'iris ne contusionne le cristallin et ne détermine la production d'une cataracte traumatique.

La situation superficielle de la cornée rend compte de la fréquence de ses blessures, qui sont produites surtout par des corps étrangers et des brûlures. D'une manière générale, les blessures de la cornée sont d'une innocuité à peu près complète, ainsi que le démontrent journellement les incisions et les ponctions faites par le chirurgien dans cette membrane, mais elles sont aggravées souvent par la contusion ou la déchirure de l'iris, du cristallin, l'issue du vitré, etc.

Il faut cependant faire une exception pour les brûlures, qui offrent une extrême gravité :elles sont, en effet, presque toujours suivies immédiatement de l'opacité de la membrane, qui se perfore ou devient leucomateuse.

Quant aux corps étrangers, ce sont ordinairement des paillettes de fer, d'acier, de silex, des grains de poudre, etc. Quand ils sont implantés dans la lame élastique de Bowman, ce qui est la règle, on les enlève facilement avec une plume d'oie taillée en pointe, en imprimant une petite secousse a la partie libre du corps étranger. Mais, s'ils sont situés dans l'épaisseur du tissu propre et complétement recouverts, le bistouri devient nécessaire pour détruire parle grattage les couches de la cornée placées au-devant. Il faudra enfin pratiquer une véritable incision, si le corps étranger occupe la lame de Descemet, et faire en sorte qu'il ne tombe pas dans la chambre antérieure. Desmares a conseillé dans ces cas d'introduire de la main gauche par la cornée une aiguille à paracentèse derrière le corps étranger, pour lui donner un point d'appui et s'opposer à sa chute dans la chambre antérieure, après quoi on pratique une incision de la main droite directement sur le corps étranger, qui sort spontanément ou que l'on retire avec une pince.

A côté des plaies accidentelles qui intéressent le tissu cornéen, je dois signaler les plaies pratiquées par le chirurgien dans un but thérapeutique. Le mode d'incision de la cornée domine l'histoire de l'opération de la cataracte. Ce n'est pas ici le lieu d'entrer dans la discussion des divers procédés de l'extraction. Je dirai seulement, eu égard aux plaies de la cornée, que celles-ci se divisent en plaies à lambeau et en plaies linéaires. Les premières passent par un des petits cercles de la sphère que représente le globe de l’œil, tandis que les secondes passent toujours par l'un des grands cercles. Il en résulte que les bords de la plaie sont larges, taillés en biseau dans le premier cas, qu'ils sont au contraire étroits et taillés à pic dans le second aussi la réunion est-elle beaucoup plus rapide dans les plaies linéaires, à cause dela coaptation exacte et naturelle des bords, que dans les plaies à lambeau, où il y a chevauchement d'une lèvre sur l'autre. C'est donc aux plaies linéaires de la cornée qu'il convient d'avoir recours dans l'extraction de la cataracte.

Il me reste, pour compléter l'histoire de la cornée, à parler d'un point très- important dans la chirurgie oculaire, du mode d'union de la cornée avec la sclérotique.

Nous avons dit plus haut que la cornée, enchâssée dans l'ouverture antérieure de la sclérotique à la manière d'un verre de montre, est recouverte sur toute sa circonférence par la sclérotique- Le biseau cornéen C (fig. 75), un peu plus large en haut et en bas que sur les côtés, mesure un millimètre de hauteur. Il présente un bord antérieur superficiel et un bord postérieur profond. L'iris (H) s'attache à l'union de la sclérotique et de la cornée, mais cette insertion se fait au bord postérieur du biseau cornéen. U en résulte ce fait important, c'est que la grande circonférence de l'iris ne correspond pas extérieurement à la ligne d'union de la sclérotique et de la cornée, mais qu'elle en est éloignée d'environ 1 millimètre.

En conséquence, dans l’opération de la cataracte, la ponction et la contre-ponction pourront porter sur la sclérotique sans que l'iris soit intéressé, sans que le couteau abandonne la chambre antérieure.

L'existence du biseau cornéen permet de comprendre un symptôme important de l'iritis, je veux parler du cercle grisâtre qui entoure la cornée. En effet, les vaisseaux qui se rendent, à l'iris traversent la sclérotique au niveau du bord supé- rieur de ce biseau quand ces vaisseaux sont phlogosés, ils forment dans ce point un cercle rouge, mais ce cercle est éloigné du rebord cornéen de toute la hauteur du biseau, c'est-à-dire de 1 millimètre; c'est précisément cette portion de sclérotique correspondant à la hauteur du biseau, dont la couleur grise normale est conservée, qui forme le cercle de l'iritis.

A l'union de la sclérotique, de la cornée et de l'iris, existe un canal veineux (G, fig. 75) connu sous le nom de canal de Fontana ou de Schlemm nous y reviendrons plus loin.


1.1.2. Lamina fusca

La sclérotique est séparée de la membrane sous-jacente, c'est-à-dire de la choroïde, par une couche de tissu cellulaire très-lâche qui permet de détacher facilement ces deux membranes l'une de l'autre. Quelques auteurs en font une membrane spéciale à laquelle ils donnent le nom de lamina fusca, à cause de sa couleur brunâtre, mais ce n'est pas en réalité une membrane continue. Dans cette couche lamelleuse cheminent les nerfs ciliaires, qui, nés du ganglion ophtalmique, traversent la sclérotique au pourtour du nerf optique pour se porter d'arrière en avant jusqu'au voisinage du grand cercle de l'iris. Ces nerfs se trouvent donc compris entre la sclérotique, membrane fibreuse inextensible, et la choroïde. Supposons la pression intraoculaire subitement augmentée, ces nerfs seront comprimés d'où les douleurs atroces du glaucome aigu et, comme ils fournissent les nerfs de la cornée, on comprend aisément l'un des symptômes importants de cette maladie, l’insensibilité de la cornée.

On trouve également dans cette couche les deux artères ciliaires longues. Nous rappellerons que M. Le Fort a proposé une théorie du glaucome aigu d'après laquelle la sécrétion produite par une irido-choroïdite s'épancherait entre la sclérotique et la choroïde, ce qui explique, en effet, les phénomènes du glaucome tout aussi bien que l'épanchement intraoculaire admis par de Graefe.


1.1.3. Choroïde.

Membrane éminemment vasculaire, la choroïde est étendue de l'entrée du nerf optique à l'iris, avec lequel elle offre les connexions les plus intimes. Très-mince en arrière, où elle mesure 1/6 de millimètre, elle s'épaissit en avant et atteint 1 millimètre en D (fig. 75) au niveau du point désigné sous le nom de zone choroïdienne.

La choroïde est formée de trois couches une couche extérieure, lamelleuse une couche intérieure, pigmentaire, et une couche intermédiaire, vasculaire. La couche vasculaire est elle-même composée d'artères, de veines et de capillaires. La couche des capillaires, désignée encore sous le nom de membrane chorio-capillaire, est la plus rapprochée du centre de l'œil, et c'est elle qui donne au fond de l'œil cet aspect rouge uniforme que les débutants en ophtalmoscopie voient tout d'abord avant de distinguer la papille et les divers autres détails. La partie antérieure de la choroïde ou zone choroïdienne se continue directe- ment avec la choroïde en arrière dans un point désigné sous le nom d'ora serrata expression dont se servent encore parfois les ophtalmologistes. L'ora serrata est placée en avant de l’équateur de l'œil à 5 ou 6 millimètres environ en arrière de la circonférence de la cornée. La zone choroïdienne est donc cette portion de la choroïde située entre l'ora serrata en arrière et la circonférence de la cornée en avant.

Elle présente à considérer une face externe, en rapport avec la sclérotique une face interne, continue a la membrane sous-jacente, la rétine, qui dans ce point porte le nom de zone de Zinn une extrémité postérieure, simple, se continuant directement avec la choroïde, et une extrémité antérieure qui se divise en deux parties l'une externe E (fig. 75) ou muscle ciliaire, et l'autre interne F (fig. 75) ou procès ciliaires.

Deux couches de fibres musculaires lisses constituent le muscle ciliaire (ancien

Fig. 75 Schéma montrant le biseau cornéen et la terminaison de la choroïde en avant.

ligament ciliaire) une couche; externe radiée (muscle de Brücke) s'étendant du canal de Schlemm en avant a la zone choroïdienne en arrière, qu'il contribue a former, et une couche interne circulaire (muscle de Rouget et H. Müller). Cc muscle, appelé encore muscle tenseur de la choroïde, joue un rôle absolument déterminé aujourd'hui c'est le muscle de l'accommodation. II exerce une com- pression circulaire sur le cristallin, dont il modifie la courbure de façon à diminuer ou à augmenter la convergence des rayons lumineux. J'ai déjà parlé de l'action de ce muscle dans l'hypermétropie.

Hancock a voulu faire jouer au muscle ciliaire un rôle important dans la production du glaucome aigu, qui pour lui ne serait autre chose qu'une contracture de ce muscle. Il proposa en conséquence de traiter cette affection par la section en travers des fibres musculaires, et il obtint des résultats heureux. Mais je ferai remarquer qu'une ponction faite sur un point quelconque du globe diminue la pression intraoculaire, aussi bien que l'iridectomie proposée par de Graeffe, et qu'il est impossible d'affirmer qu'une ponction au niveau du muscle ciliaire agit seulement en brisant l'anneau musculaire contracture.

Les procès ciliaires (f, fig. 74) forment autour du cristallin une couronne com- posée d'une soixantaine de plis rayonnes. Ils présentent une face externe en rapport avec le ligament ciliaire une face interne en rapport avec la zone de Zinn et la grande circonférence du cristallin; une extrémité postérieure et supérieure se continuant avec la zone choroïdienne une extrémité antérieure et inférieure libre, flottante dans la chambre postérieure, contiguë à la face postérieure de l'iris.

Placés entre le muscle ciliaire et le cristallin, les procès ciliaires sont manifestement destinés à contribuer, comme agents passifs, à la production du phénomène si important de l'accommodation de l'œil aux différentes distances ils répartissent uniformément la pression sur la lentille en même temps qu'ils la protègent contre une action trop énergique du muscle.

La choroïde est susceptible d'être envahie par des tumeurs sarcomateuses, tantôt blanches, le plus souvent chargées de pigment (1).

La marche de ce sarcome est très-insidieuse il débute par une petite tumeur qui, appréciable seulement à l'ophtalmoscope, décolle d'abord la rétine et modifie à peine le champ visuel. Il progresse peu à peu, finit par abolir complétement la vision et provoque les violentes douleurs de la compression intraoculaire. Il détruit la coque de l'œil, fait irruption à l'extérieur et peut franchir les limites de l'orbite pour gagner la joue, le sinus maxillaire, la tempe et la cavité crânienne, ainsi que j'en ai observé dernièrement un triste exemple. Il faut exiger impérieusement du malade le sacrifice complet de l'œil aussitôt que le diagnostic aura été établi, avant surtout que le produit morbide ait gagné les parois de l'orbite.


1.1.4. Iris.

L'iris représente un diaphragme tendu verticalement en arrière de la cornée, au-devant du cristallin, et percé, à son centre, d'un trou qui forme la pupille.

Cette membrane est, comme la choroïde, essentiellement vasculaire, et des vaisseaux communs établissent entre elles de si intimes relations, que ces deux membranes ne constituent en réalité qu'un seul système aussi l'inflammation les envahit-elle très-rarement d'une manière isolée et constitue-t-elle une véritable irido-choroïdite.

L'iris, par sa grande circonférence, répond au bord postérieur du biseau cornéen, au point de jonction de la cornée, de la sclérotique, du muscle ciliaire et du canal de Schlemm.

Il est fixé en ce point par la réflexion de la lame élastique postérieure ou membrane de Descemet, qui constitue une sorte de ligament auquel on a donné le nom de ligament ~ee il est encore fixé par quelques fibres du muscle ciliaire, et aussi par les nombreux vaisseaux et nerfs qui de la sclérotique et de li choroïde se rendent à l'iris.

Malgré ces divers moyens d'union, les attaches de l'iris sont loin d'être résistantes, et elles cèdent à une légère traction, comme aussi à une contusion du globe de l'œil.

Tendu verticalement en avant du cristallin, sur lequel il semble se mouler, l'iris circonscrit entre cet organe et la cornée deux espaces auxquels on donne

(1) Étude clinique et anatomique sur le sarcome de la choroïde et sur la mélanose intraoculaire par le Dr Léon Brière. (Thèse de Paris, 1873.) le nom de chambre de l’œil  et que nous retrouverons plus loin à propos des milieux.

L'iris est mobile, comme flottant dans les chambres de l'œil, sur les parois desquelles il peut contracter adhérence dans certains cas d'iritis ou de kératite (synéchies).

La couleur de l'iris présente des nuances infinies. Elle est en général en harmonie avec celle des cheveux bleue chez les sujets blonds, brune chez les sujets noirs. Sa surface est lisse et présente un reflet brillant. Elle devient terne et change de couleur sous l'influence du processus inflammatoire. L'iris peut manquer complétement ou n'être représenté que par un anneau très-étroit, ce que nous expliquera plus loin l'étude du développement de l'appareil de la vision. Cette aniridie est congénitale et ordinairement héréditaire. On remédiera facilement à ce vice de conformation par des lunettes appropriées.

Quelquefois l'iris est fendu du bord pupillaire à sa grande circonférence, comme s'il existait une pupille artificielle c'est une division congénitale coïncidant souvent avec une division semblable de la choroïde et qui est désignée sous le nom de Coloboma.

La pupille peut n'être pas centrale (corectopie). Elle peut être complètement oblitérée par la persistance de la membrane capsulo-pupillaire, qui existe chez le fœtus (acorie). Enfin, au lieu d'un seul orifice, l'iris peut en présenter plusieurs (polycorie).

La structure de l'iris comprend f une couche épithéliale en avant ; 2° une couche épaisse de pigment en arrière 3° une couche intermédiaire musculo- vasculaire.

Les fibres musculaires sont lisses les unes, circulaires, entourent la pupille les autres, radiées, se portent de celles-ci à la grande circonférence de l'iris, ou elles se continuent avec les fibres de la couche profonde du muscle ciliaire. Ce sont ces fibres qui donnent à l'iris la propriété si remarquable de resserrer la pupille (myosis) ou de la dilater (mydriase) sous l'influence de la lumière ou de certains agents thérapeutiques, tels que la fève de Calabar ou la belladone.

Les vaisseaux qui s'y distribuent sont très-nombreux : les artères proviennent des deux ciliaires longues et des ciliaires courtes antérieures (branches des musculaires~. Elles constituent deux cercles artériels, le grand et le petit cercle, au niveau de la grande et de la petite circonférence de l'iris.

Les veines suivent un trajet analogue à celui des artères. Se réunissant au niveau de la grande circonférence en une sorte de plexus veineux, elles forment le canal veineux, canal de Fontana ou de Schlemm.

Ce canal veineux (G, fig. 75), aboutissant du système veineux de l'iris, est exactement situé au point d'union de la cornée, de la sclérotique, du muscle ciliaire et de l'iris. On conçoit donc que, si l'incision cornéenne dans la cataracte empiète trop sur la sclérotique, si elle dépasse la lèvre postérieure du biseau cornéen, ce canal sera ouvert et fournira un écoulement de sang assez abondant. C'est là un des reproches les plus sérieux à faire à la méthode primitive de de Graeffe.

Les nerfs de l'iris émanent du ganglion ophtalmique, à la composition du- quel concourent le moteur oculaire commun, la branche ophtalmique de Willis et un rameau carotidien du grand sympathique. Le moteur oculaire commun se distribue aux fibres circulaires et préside par conséquent a. la contraction de la pupille ; le grand sympathique anime les fibres radiées et préside à la dilatation de la pupille de là le rôle important que joue l'examen de cet orifice dans la paralysie des différentes branches nerveuses qui se distribuent dans l'iris.

Par suite de sa grande vascularité, l'iris s'enflamme fréquemment, et sous l'in- fluence de causes très-diverses. L'inflammation est aiguë ou chronique une iritis aiguë peut survenir à la suite d'une plaie, d'une contusion de l'œil elle accompagne ordinairement les ophtalmies purulentes, mais en général l'iritis a plutôt une marche chronique. Elle est parfois sous la dépendance de l'affection rhumatismale, mais la cause par excellence de l'iritis est la syphilis. Bien que l'iritis syphilitique n'ait pas en réalité de caractère pathognomonique, on peut cependant dire qu'elle a une physionomie particulière qui trompera peu un observateur exercé. Je rappellerai que la déformation de la pupille, le change- ment de couleur de l'iris, la perte de son aspect brillant, les irrégularités de sa surface, qui parfois forment de véritables petites tumeurs, le cercle gris péri-kératique et de violentes douleurs circum-orbitaires, sont les principaux symptômes auxquels on reconnaîtra l'iritis. Souvent des exsudats se déposent dans le champ pupillaire, obscurcissent plus ou moins complétement la vision, déterminent la production de synéchies, et, si un traitement énergique et spécifique n'intervient pas, la vision peut être à jamais perdue. L'iritis est une maladie très-insidieuse, l'iritis syphilitique surtout, en ce que, à un examen superficiel, l'œil paraît à peine malade, à cause du peu de réaction produit sur la conjonctive et sur la cornée.

L'iris est depuis quelques années le siège d'une opération qui a fortement agité le monde chirurgical, nous voulons parler de l'iridectomie.

L'iridectomie consiste retrancher une portion plus ou moins grande d'iris que l'on a attirée à l'extérieur à travers une incision faite à la cornée. Jusqu'en 1852, l'incision, le décollement, l'excision ou l'arrachement de l'iris, désignés dans les traités spéciaux par des noms plus difficiles à retenir que le manuel opératoire lui-même, n'avaient qu'un seul but, ne répondaient qu'à une seule indication ouvrir une porte aux rayons lumineux à travers un iris oblitéré en un mot, pratiquer une pupille artificielle, ce qu'avait fait pour la première fois, en 1728, le chirurgien anglais Cheselden.

Le champ des indications opératoires a été singulièrement agrandi par de Graeffe. Ce chirurgien, ayant rattaché la production du glaucome à une irido-choroïdite, eut la pensée logique de combattre cette terrible affection en s'attaquant directement à la cause immédiate. Il fit l'iridectomie et réussit. Appliquée au traitement du glaucome aigu, l'iridectomie est une conquête précieuse, quel que soit d'ailleurs son mode d'action. Pour bien fixer le but qu'il se proposait, de Graeffe la désigna sous le nom d'iridectomie antiphlogistique, en opposition à l'iridectomie pratiquée pour rétablir la pupille obstruée par une cause quel- conque, qu'il appela :)' optique.

On a appliqué l'iridectomie au traitement du glaucome chronique, mais sans succès, à cause des désordres irréparables qui succèdent dans les milieux de l'œil à la pression intraoculaire longtemps prolongée. L'iridectomie antiphlogistique a été souvent tentée également contre divers états inflammatoires chroniques de l'œil les kératites vasculaires, par exemple, dont je parlais plus haut. J'ai plusieurs fois combiné ce traitement avec la tonsure conjonctivale, mais sans résultat sérieux.

L'iridectomie optique et l'iridectomie antiphlogistique sont donc deux opérations ou plutôt deux indications dont la valeur est indiscutable.

Il n'en est pas de même d'une troisième application.

De Graefe, à la recherche du 100 pour 100 de succès dans les opérations de cataracte, fut amené à modifier profondément notre méthode française de Daviel, la kératotomie à lambeau. Il imagina un couteau spécial, diminua de moitié la largeur de l'incision, la fit linéaire au lieu de la faire a lambeau et la recula en arrière de la cornée sur la sclérotique au niveau même de l'insertion de l'iris. L'opération devenait ainsi beaucoup plus difficile. L'un des obstacles les plus puissants à la sortie du cristallin était l'étroitesse de la plaie scléroticale, et aussi la présence de l'iris, contre lequel venait butter la lentille. L'iris gênant la sortie du cristallin, on le coupa. Telle est l'origine de l'iridectomie appliquée à l'opération de la cataracte. Elle a donc un but purement mécanique, celui de favoriser la sortie du cristallin. On a ajouté plus tard que l'iridectomie dans ce cas était encore une mesure prophylactique contre l'iritis consécutive. Cela est vrai, mais le but prophylactique est néanmoins secondaire dans la méthode de de Graefe.

L'iridectomie dans l'extraction de la cataracte n'a jamais été franchement acceptée par tous les chirurgiens, et elle perd de plus en plus de terrain. On la considère comme un auxiliaire dangereux dont on voudrait pouvoir se passer. Aussi plusieurs chirurgiens Küchler, Notta, Liebreich, ont-ils peu à peu rapproché leur incision du centre de la cornée pour pouvoir se dispenser de cou- per l'iris. Je dois dire cependant que la plupart restent fidèles à la méthode de de Graefe, modifiée par l'auteur lui-même, et qu'ils pratiquent la section linéaire de la cornée avec iridectomie. D'ailleurs, il n'y a pas actuellement de méthode classique pour l'extraction de la cataracte c'est une question à l'étude et en voie d'enfantement.

Des corps étrangers, tels que paillettes métalliques, éclats de capsule, fragments de verre, grains de plomb, etc., peuvent, après avoir traversé la cornée, s'implanter dans l'iris et y produire de très-graves accidents. Si on ne peut les dégager avec une pince, il faut exciser le morceau d'iris où ils sont implantés.


1.1.5. Rétine.

La rétine, située entre ta choroïde, à laquelle elle est juxtaposée, et la membrane hyaloïde, qui lui est sous-jacente, peut être considérée comme l'épanouissement du nerf optique à son entrée dans l'intérieur du globe de l'œil. Très-mince (0,1 à 0,2 mm), de couleur blanc grisâtre, très-légèrement opaline, elle est très-fragile et rappelle par sa structure délicate celle de la substance cérébrale, avec laquelle elle offre d'ailleurs la plus grande analogie.

Vue par sa face interne, la rétine nous présente tout d'abord à étudier la papille du nerfs optique, c'est-à-dire l'orifice de la sclérotique, par lequel pénètre le nerf optique, et au pourtour duquel s'attache la gaine de ce nerf. La papille est située p à millimètre au-dessous et a 3 millimètres en dedans de l'axe optique aussi, quand on veut la voir à l'ophtalmoscope, faut-il que le malade dirige l'œil vers l'oreille opposée du chirurgien elle se présente sous la forme d'un disque généralement ovalaire, plus rarement circulaire, de couleur rosée, limité à sa circonférence par une zone blanche, et présentant au centre une légère excavation du fond de laquelle se dégage l'artère centrale de la rétine. La zone blanche périphérique appartient à la sclérotique, et elle est due à ce que la choroïde ne vient pas s'insérer exactement sur les bords de l'orifice sclérotical. La couleur rosée de la papille peut subir d'importantes modifications elle peut devenir noirâtre lorsqu'elle renferme, par exemple, un foyer hémorragique. Elle peut être simplement rouge, très-vascularisée, comme dans la névrite optique, que cette névrite soit primitive ou consécutive à une lésion cérébrale (1). D'autres fois la teinte rosée disparait pour faire place à une teinte blanche la papille apparaît alors sous la forme d'un disque blanc, brillant, nacré, tirant quelquefois sur le bleu, dont les contours se détachent nette- ment du fond de l'œil. Cet état correspond à une atrophie des éléments nerveux du nerf optique et de la rétine. Ces éléments, ainsi que les capillaires qui s'y distribuent, ayant disparu, on n'aperçoit plus que la sclérotique, dont la colo- ration est précisément celle que nous venons de décrire.

L'excavation papillaire se présente normalement sous la forme d'une tache blanche, ronde, plus ou moins large, située au point d'émergence des vais- seaux mais elle est susceptible de prendre des proportions considérables c'est ce qu'on observe en particulier dans le glaucome. L'œil étant soumis dans cette affection à une forte pression intérieure, on conçoit que la coque oculaire cède dans les points les moins résistants et déjà naturellement déprimés. Il en résulte que l'artère centrale forme un coude très-marqué sur les bords de l'excavation, et c'est sans doute à cette coudure brusque que sont dus les battements spontanés de cette artère, signe pathognomonique du glaucome. A l'extrémité de l'axe optique correspond la tache jaune ou macula lutea. Elle est constituée par deux replis de la rétine entre lesquels se voit une dépression désignée sous le nom de foramen centrale, au fond duquel la rétine amincie est réduite à la seule couche des bâtonnets. Pour éclairer et voir cette tâche, il faut que le malade regarde directement devant lui, mais l'examen en est difficile, à cause du reflet du miroir. Le rôle de la tache jaune est fort important aussi les hémorragies, les exsudats qu'on y rencontre, sont-ils suivis de la perte de la vision.

Par sa face externe la rétine n'adhère pas à la choroïde elle ne lui est que juxtaposée aussi peut-elle en être plus ou moins écartée lorsqu'un épanche- ment se produit entre elles, que le liquide épanché soit du sang, ou, ce qui est beaucoup plus fréquent, qu'il soit séreux. Cet accident, désigné sous le nom de décollement de la rétine, compromet singulièrement la vision par suite de l'altération qu'il détermine dans les éléments de la membrane. Aussi, bien qu'elles n'aient pas donné jusqu'ici de grands résultats, doit-on encourager les tentatives faites par Sichel, de Graefe, Bowman, pour ponctionner la rétine, évacuer dans l'humeur vitrée le contenu de la poche et en obtenir le retrait vers la choroïde.

(1) Le diagnostic de certaines lésions cérébrales fait à l’aide de l’examen de la rétine a donné naissance à la cérébroscopie, sur la valeur clinique de laquelle je ne suis pas en mesure de me prononcer.

Le liquide épanché entre les deux membranes peut ne pas être réuni en collection, mais répandu uniformément à leur surface c'est ce qu'on observe dans certains cas de rétinite syphilitique, où se produit un exsudat sous-rétinien. Au lieu d'être rouge, le fond de l'œil est alors uniformément grisâtre, ce qui tient a ce que le liquide forme une couche opaque au-devant de la membrane chorio-papillaire quoique curable, cette affection est très-rebelle au traitement.

La face externe de la rétine répond immédiatement à la couche la plus interne de la choroïde, c'est-à-dire à la couche pigmentaire normalement, le pigment ne se dépose jamais sur la rétine, mais a l'état pathologique cette membrane peut en être infiltrée. Tantôt on aperçoit à sa surface des plaques noires disséminées sans ordre ces plaques affectent parfois au contraire une disposition régulière, suivent le trajet des vaisseaux qu'elles finissent par atrophier, et rappellent la forme des corpuscules osseux. Le nom de rétine pigmentaire sous lequel on désigne cette affection ne doit pas impliquer le point de départ exact de la maladie, car il est plus vraisemblable qu'elle a son origine dans la choroïde. La rétinite pigmentaire s'observe chez les héméralopes (malades qui sont dans l'impossibilité de voir après le coucher du soleil) et, chose très singulière, se rencontrerait, au dire de Liebreich, 40 à 50 fois sur 100, chez les sujets issus de parents consanguins, ce qui d'ailleurs n'est pas démontré. La rétine reçoit ses vaisseaux d'un tronc unique, l'artère centrale de la rétine, provenant de l'ophtalmique. Cette artère plonge dans l'épaisseur du nerf optique et apparaît dans l'œil au centre de la papille, où elle se divise aussitôt en deux branches, l'une supérieure, l'autre inférieure. Elle occupe la couche la plus interne de la rétine, c'est-à-dire qu'elle est placée en avant de la membrane de Jacob aussi est-elle très-facile à découvrir à l'ophtalmoscope et peut-on se guider sur l'une de ses branches pour arriver à la papille. La situation des vaisseaux rétiniens rend compte de l'expérience curieuse de Listing et de Purkinje, qui consiste à voir ses propres vaisseaux rétiniens, ce qui prouve que les éléments essentiels de la rétine sont situés sur un plan postérieur a celui des vaisseaux.

L'artère centrale de la rétine est susceptible d'éprouver les mêmes lésions que les autres artères c'est ainsi qu'elle peut présenter des embolies, des anévrysmes. Elle peut encore se rompre et donner naissance à une hémorragie, à une apoplexie de la rétine. Ces diverses altérations amènent des troubles pro- fonds dans la vision, surtout lorsqu'elles siègent au niveau de la macula.

Comment la rétine se termine-t-elle en avant ?

Etendue, ainsi qu'on peut le voir sur la figure ci-jointe, de G en D, c'est-à-dire du nerf optique au cristallin, sur la grande circonférence duquel elle se perd, la rétine présente dans ce trajet deux portions bien distinctes l'une postérieure (A), l'autre antérieure (B). La postérieure se compose des diverses couches dont est formée la rétine la portion antérieure ne renferme plus aucun élément nerveux, mais seulement de la substance conjonctive. En conséquence, bien que ces deux portions forment une même membrane continue, elles sont aussi différentes l'une de l'autre qu'un muscle l'est de son tendon. On réserve à la portion postérieure le nom de rétine et on désigne la partie antérieure par le nom de l'anatomiste qui l'a décrite le premier, on l'appelle Zone de Zinn. La rétine proprement dite naît donc au pourtour du nerf optique pour se terminer au bord postérieur de la zone de Zinn. Les éléments nerveux de la rétine commencent à diminuer à partir de l'équateur de l'œil ils n'ont toutefois complètement disparu qu'au point où commence la zone de Zinn, c'est-à-dire à 6 millimètres environ en arrière du rebord cornéal, ainsi que l'a démontré le professeur Gosselin à l'époque où l'on pratiquait encore l'abaissement de la cataracte. L'union de la rétine à la zone de Zinn se fait suivant une ligne légèrement festonnée à laquelle certains auteurs donnent le nom d'ora serrata, mais cette dernière expression s'applique ordinairement à la ligne d'union de la choroïde et de la zone choroïdienne.

Fig. 76. Schéma destiné à montrer la terminaison en de la rétine de la membrane hyaloïde dur le cristallin.

A, rétine.

BB, zone de Zinn.

C, membrane hyaloïde.

D, cristalloïde antérieure.

E, cristalloïde postérieure.

F, canal godronné.

G, Nerf optique.

H, feuillet antérieur de la membrane hyaloïde.

I, feuillet postérieur de la membrane hyaloïde.

La zone de Zinn commence donc à 6 millimètres environ en arrière du rebord sclérotical et se termine en avant à la grande circonférence du cristallin. Par son bord postérieur, elle se continue directement avec la rétine par son bord antérieur, elle s'unit à la membrane hyaloïde (C), qui lui est sous-jacente, pour aller se terminer sur la face antérieure du cristallin et se confondre avec la cristalloïde antérieure (D). Sa face interne répond à la grande circonférence du cristallin et a une portion du corps vitré. Sa face externe est en rapport immédiat avec la zone choroïdienne. Les deux faces respectives de la zone choroïdienne et de la zone de Zinn s'engrènent l'une dans l'autre en avant, c'est-à-dire au niveau des procès ciliaires il n'y a toutefois que contiguïté entre elles, et c'est une erreur grave de dire avec certains auteurs classiques que les procès ciliaires adhèrent intimement à la zone de Zinn.

La partie antérieure de cette zone, celle qui correspond aux procès ciliaires, est légèrement recouverte du pigment qu'y ont déposé ces derniers on désigne encore parfois les plis qu'elle forme sous le nom de procès ciliaires de la rétine, mauvaise expression qui ne peut qu'ajouter un peu plus de confusion à une description déjà complexe par elle-même.

La rétine jouit d'une sensibilité spéciale elle réagit sous l'influence de la plus légère pression, et la réaction consiste en une impression lumineuse dont l'intensité est en rapport avec celle de la pression. La rétine ne réagit, bien entendu, de cette façon, que si elle est capable de percevoir les rayons lumineux aussi doit-on toujours, avant de pratiquer une opération de cataracte, rechercher le degré d'impressionnabilité de la rétine. M. Serres d'Allais a donné le nom de phosphène à cette sensation lumineuse éprouvée sous l'influence d'une légère pression. Il y a les phosphènes frontal, jugal, nasal, temporal. Pour en constater l'existence, il faut presser légèrement sur le globe de l'œil du côté opposé à celui vers lequel on fait regarder le malade. Ce dernier aperçoit alors des cercles lumineux. Très-important en théorie, ce signe perd de sa valeur pratique par la difficulté qu'on éprouve souvent à se faire bien comprendre des malades.

En terminant, je dirai que la rétine présente une aptitude singulière à la production des tumeurs malignes désignées sous les noms d'encéphaloïdes, de gliomes, gliosarcômes. Primitivement développées au milieu des éléments de la membrane, ces tumeurs restent un certain temps, contenues dans l'intérieur du globe et ne sont alors appréciables qu'à l'ophtalmoscope. Elles repoussent peu à peu en avant le corps vitré, le cristallin, l'iris, la cornée, ulcèrent la coque de l'œil et finissent par former une sorte de champignon en dehors de l'orbite, absolument comme les sarcomes de la choroïde, dont j'ai dit un mot plus haut. On y observe assez souvent le cancer mélanique. En même temps qu'elles marchent vers l'extérieur, ces tumeurs peuvent pénétrer dans la cavité crânienne.

Beaucoup plus fréquent chez les enfants qu'aux autres âges de la vie, le cancer de l'œil est d'une extrême gravité et comporte, pour tout traitement, l'extirpation totale du globe, pratiquée d'aussi bonne heure que possible.


1.1.6. Membrane hyaloïde et corps vitré.

Le corps vitré est constitué par une masse fluide ressemblant à du verre fondu, absolument transparente il occupe les quatre cinquièmes de la coque oculaire, répond en avant à la face postérieure du cristallin, et dans le reste de sa surface à la rétine, qui prend sur lui ses points d'appui. La consistance normale du corps vitre ressemble à celle du blanc d'œuf et présente une certaine cohésion, mais il est susceptible de se ramollir, de devenir tout fait liquide. Il subit alors dans les divers mouvements de la tête des oscillations qui sont trans- mises à l'iris d'où le tremblement de cette membrane, le tremulus iridis comme symptôme du ramollissement du corps vitré.

De même que la consistance diminue, la transparence du vitré peut égale- ment s'altérer. On y trouve souvent des flocons de forme très-variable qui voyagent dans son intérieur, se déplacent à chaque instant et donnent lieu au phénomène dit mouches volantes. Il n'est pas rare de trouver au milieu du corps vitré ramolli, au lieu de ces flocons, des cristaux de cholestérine qui produisent à l'ophtalmoscope l'effet de paillettes d'or douées d'un mouvement incessant; phénomène désigné en pathologie sous le nom de synchysis étincelant.

L'humeur vitrée est revêtue par une membrane spéciale la membrane hyaloïde dont quelques auteurs ont, à tort selon moi, contesté l'existence, prétendant qu'elle n'est autre que la couche la plus interne de la rétine, dite membrane limitante.

Ce qu'il est permis d'affirmer, car il suffit pour cela d'y regarder à l'œil nu, c'est que l'humeur vitrée est emprisonnée de toutes parts dans une enveloppe d'une transparence parfaite, de la face profonde de laquelle se détachent des cloisons qui la divisent en plusieurs loges. Quoiqu’extrêmement mince, cette membrane suffit pour maintenir l'humeur vitrée en une masse unique tant qu'on ne l'a pas divisée. Quand on vide un œil frais, ne voit-on pas le corps vitré sortir en bloc et rester ainsi un certain temps à l'état de masse bien limitée, ce qui implique nécessairement l'existence d'une enveloppe périphérique ?

Le chirurgien n'est-il pas souvent obligé de couper avec des ciseaux la portion du corps vitré qui vient parfois s'engager entre les lèvres de la plaie dans une opération de cataracte, ce qui ne s'explique que par des cloisonnements intérieurs ?

Voici comment je comprends la membrane hyaloïde, dont les connexions en avant offrent un intérêt chirurgical de premier ordre.

Contiguë à la face interne de la rétine, à laquelle elle n'adhère en aucune façon, l'hyaloïde enveloppe de toute part l'humeur vitrée, dont elle est inséparable. Arrivée au voisinage de la grande circonférence du cristallin, la membrane hyaloïde se divise en deux feuillets l'un, antérieur (H, fig. 76), s'applique à la face interne de cette zone et se confond avec elle pour aller ensuite s'unir ensemble à la cristalloïde antérieure l'autre, postérieur (I, fig. 76), passe derrière le cristallin, tapisse la niche dans laquelle est reçue cette lentille et se confond avec la cristalloïde postérieure E.

L'écartement des deux lames de l'hyaloïde limite au pourtour du cristallin un canal triangulaire F désigné sous le nom de canal godronné ou de Petit, à cause de la forme régulièrement bosselée qu'il revêt quand il est distendu. Je n'ignore pas que cette description est quelque peu schématique et qu'il se- rait aussi exact de dire la membrane hyaloïde se termine en avant en se con- fondant avec la face interne de la zone de Zinn, qui se divise elle-même en deux feuillets, l'un antérieur, l'autre postérieur. Quoi qu'il en soit, le fait indiscutable, c'est que la zone de Zinn et la membrane hyaloïde ne forment en avant qu'une seule et même membrane, et que cette membrane s'unit de la manière la plus intime avec l'enveloppe du cristallin et, pour dégager encore davantage de la question anatomique ce qu'il importe à un haut degré que sache le chirurgien, nous dirons : Le corps vitré présente avec l’appareil cristallinien des connexions si intimes que, si l’on tente, dans l’opération de la cataracte, de faire sortir le cristallin sans avoir préalablement détruit ces connexions, le corps vitré s'échappe en bloc à l’extérieur.

Le corps vitré, débordant légèrement le cristallin sur sa circonférence, est en rapport à la périphérie du globe de l'œil avec les procès ciliaires et se trouve très-peu éloigné de la grande circonférence de l'iris. Une conséquence importante résulte de ce rapport. Nous avons vu plus haut que, grâce au biseau cornéen, l'incision dans l'opération de la cataracte peut porter sur la sclérotique sans que pour cela le couteau cesse de cheminer dans la chambre antérieure en avant de l'iris. Mais on conçoit qu'il suffise d'un bien faible écart en arrière pour ouvrir la membrane hyaloïde et donner issue au corps vitré. Aussi est-ce là un accident presque inséparable de la méthode primitive de de Graefe c'est la raison principale qui a engagé l'auteur et ses élèves à rapprocher de plus en plus l'incision du limbe sclérotical.

L'issue du corps vitré doit, en effet, toujours être considérée comme un accident qu'il faut chercher à éviter, sans toutefois s'en préoccuper outre mesure lorsqu'il n'en est sorti qu'une faible quantité car, ainsi que le docteur Piermé l'a démontré, le corps vitré se reproduit assez rapidement.


1.1.7. Chambres de l'œil.

On désigne sous le nom de chambre de l’œil l'espace compris entre la face antérieure du cristallin et la face postérieure de la cornée. L'iris tendu verticalement au-devant du cristallin divise cet espace en deux parties, communiquant entre elles à travers la pupille, l'une antérieure, chambre antérieure, l'autre postérieure, chambre postérieure.

Il est aisé de voir sur nos diverses coupes antéro-postérieures combien ces deux chambres différent l'une de l'autre la chambre antérieure, étendue de la cornée à la face antérieure de l'iris, mesure environ deux millimètres de pro- fondeur au centre de la cornée; la chambre postérieure, limitée par la face postérieure de l'iris et la face antérieure du cristallin, est au contraire une chambre virtuelle, c'est-à-dire que normalement 1 iris touche la face antérieure du cristallin, et par suite bombe très-légèrement; ce rapport intime rend bien compte de la fréquence des synéchies postérieures. Par suite de sa courbure, le cristallin s'écarte légèrement en haut de la face postérieure de l'iris, mais cet espace est comblé par les procès ciliaires.

Les chambres de l'œil sont baignées par un liquide clair et limpide désigné sous le nom d'humeur aqueuse. Ce liquide a pour usage de maintenir la cornée sous un certain degré de tension, et la preuve en est que cette membrane s'affaisse aussitôt après la sortie de l'humeur. Elle maintient également l'iris à sa place : en effet, à peine la chambre antérieure est-elle vidée, que l’iris vient se précipiter en avant et toucher la face postérieure de la cornée. Il résulte de là que dans l'opération de la cataracte la ponction et la contre-ponction doivent être pratiquées assez vite pour que l'humeur aqueuse ne puisse sortir dans l'intervalle des deux temps opératoires ; sinon, l'iris viendra s'appliquer sur le couteau et forcera quelquefois à interrompre l'opération.

L'humeur aqueuse à la propriété de se reproduire très-rapidement elle jouit également d'une action résorbante suffisamment active pour qu'on ait fondé sur elle une méthode d'opération de la cataracte, la discision de la capsule. Lors- que la cataracte est tout à fait molle, que sa couleur est d'un blanc laiteux, qu'il n'existe pas de noyau, on divise la cristalloïde antérieure de façon à mettre la substance du cristallin en contact immédiat avec l'humeur aqueuse qui en détermine la résorption plus ou moins rapide.

La chambre antérieure est souvent remplie par du pus, par du sang ; elle contient parfois des corps étrangers, et le cristallin lui-même peut s'y loger après luxation. Ces diverses lésions pourront être observées par un examen direct, mais on s'en rendra un compte bien plus satisfaisant au moyen de l'éclairage latéral.


1.1.8. Cristallin.

On donne le nom de cristallin à une lentille biconvexe, offrant la transparence du cristal, située entre le corps vitré, qui est en arrière, et l'iris, qui est en avant.

Le cristallin est reçu dans une sorte de cupule que lui présente la face antérieure du corps vitré. Par sa circonférence, le cristallin répond, de l'intérieur à l'extérieur du globe : 1° à la zone de Zinn, qui y adhère intimement 2° à la zone choroïdienne 3° au muscle ciliaire 4° à la sclérotique, immédiatement en arrière du biseau cornéen et du canal de Fontana.

Les deux faces de la lentille cristallinienne n'offrent pas la même courbure la face postérieure est légèrement plus courbe que l'antérieure. Le diamètre transversal du cristallin mesure de 9 à 10 millimètres, et son épaisseur est de 4 1/2 à 5 millimètres son poids varie de 20 à 28 centigrammes.

Le cristallin se compose de deux parties absolument distinctes une enveloppe ou capsule, et un contenu, ou substance propre du cristallin. Ces deux parties du même organe présentent des aptitudes physiologiques et pathologiques très-différentes.

1.1.8.1. Capsule cristalline

La capsule entoure le cristallin de toutes parts, et on lui donne généralement, à cause de sa transparence absolue, le nom de cristalloïde, que l'on divise en antérieure et postérieure.

Quoique très-mince, la capsule est résistante les chirurgiens savent quelle difficulté parfois insurmontable elle oppose à la sortie du cristallin, malgré des pressions assez fortes, tant qu'elle n'a pas été ouverte.

Elle est, de plus, très-élastique. On le constate en l'insufflant elle se laisse distendre par l'air et revient aussitôt sur elle-même. On le constate également en la déchirant en effet, dès qu'une simple déchirure linéaire a été pratiquée à sa surface, les deux lèvres de l'incision s'écartent aussitôt l'une de l'autre et laissent à nu la substance propre du cristallin, qui s'échappe par cette ouverture sous l'influence de la plus légère pression, et même spontanément. Les deux moitiés de la capsule se replient, s'enroulent sur elles-mêmes, et s'il reste* encore des couches corticales du cristallin non opacifiées (ce qui a lieu dans les cataractes incomplètes), les débris de la capsule entraînent avec elles ces couches, que le chirurgien n'aperçoit pas dans le champ de la pupille, à cause de leur transparence, et qui deviennent bientôt le point de départ d'une cataracte secondaire.

La capsule du cristallin est donc une pierre d'achoppement dans l'opération de la cataracte ; c'est elle qui offre le seul obstacle à la sortie du cristallin (quand l'incision cornéenne est convenable), et c'est elle qui est à peu près toujours la cause ou le point de départ des cataractes secondaires aussi les chirurgiens ont-ils dirigé avec ardeur leur attention de ce côté. C'est dans le but de prévenir l'emprisonnement des couches corticales dans les débris de la capsule que M. le docteur Perrin a modifié le kystitome. Au lieu d'une seule dent, son kystitome en présente plusieurs, ce qui lui donne la forme d'un petit râteau qui divise la cristalloïde en languettes isolées et impuissantes à faire une poche fermée de toutes parts.

Le problème serait encore bien mieux résolu, si dans l'opération de la cataracte on pouvait enlever le cristallin avec sa capsule. Mais cela est-il possible ? C'est ici le lieu de rappeler que la zone de Zinn, portion antérieure de la ré- tine, vient s'attacher et se confondre, au niveau de la grande circonférence du cristallin, avec la cristalloïde antérieure; que dans ce même point la membrane hyaloïde ou enveloppe du corps vitré est tellement confondue avec cette zone, qu'elle ne paraît faire avec elle qu'une seule membrane et nous avons vu du reste que pour certains auteurs modernes la membrane hyaloïde n'est autre chose que la couche la plus interne de la rétine. Le cristallin et le corps vitré sont donc unis de la manière la plus intime par leurs enveloppes, celles-ci étant continues l'une à l'autre.

Pour démontrer cette intimité, je fais dans mes cours l'expérience suivante : le corps vitré et le cristallin étant extraits du globe, je tourne et retourne cette masse en tous sens : l'humeur vitrée s'échappe peu à peu des cloisons qui la retiennent, le corps vitré s'affaisse, mais le cristallin reste toujours en place tant que la cristalloïde n'a pas été ouverte mais, à peine fait-on à cette dernière la moindre déchirure, que le cristallin s'échappe aussitôt. J'en conclus ceci : Il est matériellement impossible, à l’état normal, d’enlever le cristallin avec sa capsule, sans faire sortir en même temps le corps vitré, c’est-à-dire sans vider l'œil. On ne saurait, par conséquent, édifier une méthode opératoire qui ait pour but l'extraction du cristallin avec sa capsule, et cependant il est incontestable que le fait peut se produire, mais à l’état pathologique et malgré le chirurgien. Le docteur Notta, de Lisieux, m'adressa un cristallin à gros noyau qu'il venait d'extraire l'examen histologique fait par M. le docteur Grancher, chef de laboratoire à Clamart, démontra l'existence d'une couche de cellules épithéliales à la surface du cristallin et, par conséquent, l'existence de la capsule elle-même. Ainsi donc, sous l'influence de certaines conditions pathologiques, absolu- ment inconnues et qu'il y aurait grand intérêt à déterminer, les adhérences de la cristalloïde avec le corps vitré ont assez diminué pour que l'appareil cristallinien puisse être extrait en entier.

La cristalloïde est d'une transparence presque inaltérable, et il est très-rare qu'elle participe à l'opacité dans la cataracte. Malgaigne avait dit jamais, afin de frapper l'esprit des chirurgiens et d'y faire regarder de plus près. Ces opacités de la capsule coïncident avec les cataractes molles, et elles se présentent sous la forme de petites taches blanches, isolées à la surface du cristallin, situées sur un plan superficiel, ce qu'on peut apprécier aisément avec un bon éclairage latéral.

1.1.8.2. Substances propres du cristallin

La substance propre du cristallin se compose de deux couches distinctes l'une superficielle, molle, l'autre profonde ou centrale, plus ferme.

La couche superficielle présente sur le vivant une consistance gommeuse et se résout après la mort en un liquide appelé liquide de Morgagni. Elle est, en général, la dernière à s'opacifier dans la cataracte, et c'est précisément cette substance molle qu'entraîne avec elle la capsule en se rétractant après la kystotomie, et qui plus tard produit à son tour les cataractes secondaires.

La couche profonde est composée de fibres qui forment deux plans superposés le premier plan, de beaucoup le plus mince, renferme des fibres creuses à noyaux, appelées encore tubes. Cette couche, dans la cataracte, constitue l'enveloppe blanche et molle qui entoure à peu près constamment le noyau d'où le nom de demi-molle donné à cette variété de cataracte, parce qu'elle est molle à sa périphérie et dure au centre. Elle est la plus fréquente de toutes. Le second plan constitue la partie centrale et la presque totalité du cristallin. Il est plus ferme, plus dense, et a reçu le nom de noyau ; c'est à peu près constamment par l'opacité de ce noyau que débutent les cataractes l'opacité rayonne ensuite pour gagner la périphérie. Aussi les malades, au début de la cataracte, voient-ils beaucoup mieux quand la pupille est dilatée, circonstance qu'exploitent certains individus en instillant dans l'œil un collyre à l'atropine. Ce plan est constitué par des fibres dites fibres dentelées ou fibres propres du cristallin. Ces fibres présentent sur leurs bords des dentelures par lesquelles elles s'engrènent les unes avec les autres de façon à former une mince lamelle. Toutes les lamelles sont superposées et emboîtées les unes dans les autres, comme les lames d'un oignon.

Le plan des cellules et des tubes s'enfonce profondément dans l'épaisseur de la couche des fibres suivant trois lignes qui se rendent en divergeant du centre à la circonférence du cristallin sous forme de rayons. Si les cellules qui forment ces méridiens deviennent granuleuses, tandis que les parties voisines restent transparentes, elles se présentent alors sous l'aspect de trois lignes blanchâtres rayonnant du centre à la circonférence du cristallin ce qu'on a désigné du nom de cataracte à trois branches. Le cristallin prend dans la vieillesse une teinte jaunâtre.

Si la cristalloïde devient très-rarement opaque, il n'en est pas de même de la substance propre celle-ci s'altère très-facilement, et la plus légère blessure du cristallin détermine la production d'une cataracte traumatique. Le cristallin cataracte présente une coloration très-variable. Il peut être d'un blanc laiteux (cataracte liquide), d'un blanc nacré (cataracte demi-molle), de couleur jaune ambrée (cataracte dure); il peut même être noir. La consistance de la lentille oscille à l'état pathologique entre la consistance liquide et une dureté presque pierreuse.

Des expériences faites sur les animaux ont démontré que la capsule était susceptible de pouvoir reproduire le cristallin après son extraction.

Quant à son développement, le cristallin naît aux dépens d'un prolongement digitiforme de l'épiderme de l'embryon (voir Développement).